il y a 7 ans

Michel Rocard toute honte bue : de l'autogestion au Medef

Serge ULESKI
Décédé le 2 juillet 2016, Michel Rocard faisait l'unanimité.
Son plus grand défaut, impardonnable pour un Rocard qui se disait à gauche et de gauche, c'est bien de n'avoir jamais déplu à qui que ce soit : les syndicats, les patrons, le "camp opposé" appréciaient sa compagnie ; tous ne s'y sont pas trompés : faut dire que Michel Rocard leur est très vite apparu comme un homme de consensus qui, comme de juste, a commencé sa carrière à gauche – anticolonialisme et pouvoir aux ouvriers ! -, et l'a finie au Medef, sûr de lui et tranquille en conseiller des Princes, petits et moyens, hexagonaux de surcroît.

A Matignon, quatre années durant, à l'heure où le PS avait tourné casaque en remerciant Pierre Mauroy et en accueillant Fabius, Michel Rocard aura été sans imagination, recherchant sans cesse le consensus... mou en l'occurrence ; hors Matignon, il aura été bavard, et pour un peu, on se serait laissé prendre à rêver d'un grand soir réformateur, radical et futuriste.
Un temps ministre de l'agriculture, il ne fera rien pour sauver l'agriculture paysanne d'un productivisme encadré d'une main de fer par un syndicat agricole nommé FN-SEA.

Les chômeurs en fin de droits lui doivent, non pas un emploi, mais le RMI, aujourd'hui le RSA... revenu minimum etc... etc... pour un homme politique du minimum garanti, un temps inspecteur des finances. Les salariés eux, lui doivent une ponction supplémentaire sur leur salaire - la CSG ; ponction étendue aux revenus financiers pour toute consolation ; une CSG non déductible, s'il vous plaît !

Et c'est alors que les salariés seront imposés sur des revenus non perçus. On pourra toujours penser que tous ont évité le pire : en effet, Rocard aurait pu taxer les charges salariales car dès son arrivée à Matignon, notre Premier ministre avait tout simplement compris ceci : il n'y a pas d'avenir pour un gouvernement qui souhaite re-prendre et l'argent et le pouvoir là où ils se trouvent. Il ne sera pas le dernier à le comprendre. Loin s'en faut.

Démocrate mais pas trop - il était opposé à la proportionnelle -, partisan de la décentralisation qui consacrera le règne des barons, initiateur de la "deuxième gauche" au congrès socialiste de Nantes en 1977, qui sonnera le glas de la première six ans avant son enterrement définitif en 1983, une gauche seulement à l'aise à droite, une gauche du renoncement et de l'adaptation à la loi du plus fort, le néo-libéralisme, Rocard aimait se payer de mots ; il n'en était pas avare, c'est sûr ! Sans doute a-t-il rêvé sa vie politique plus qu'il ne l'a vécue ; quant à l’action, Rocard accordait manifestement plus d'importance à la pensée, une pensée le plus souvent abstraite, sommaire ou générique, une non-pensée finalement qui n’encourage pas à l’action, de ces actions qui marquent un homme, une carrière, un parcours et toute une époque... peut-être même l'Histoire.

Rocard ne fera donc pas date.

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