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  • il y a 12 ans

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00:00:00Sous-titrage Société Radio-Canada
00:00:30...is real, it is powerful, and to simply wish it away.
00:00:34...what we intend to bring into existence by any means necessary.
00:00:40I feel that killing is a very tragic way to deal with any social problem.
00:01:03...
00:01:04Aout 2014.
00:01:07Dans la chaleur de la nuit, la ville de Ferguson, dans le Missouri, est prise d'assaut.
00:01:11Ce pays est en paix, et pourtant, on dirait une zone de guerre.
00:01:18Ce pays, c'est les Etats-Unis.
00:01:20Face à face, des Blancs et des Noirs.
00:01:22Des policiers Blancs contre des citoyens Noirs.
00:01:26C'est la mort de ce jeune homme, Michael Brown, qui a mis le feu aux poudres.
00:01:31Il avait 18 ans, il est mort les bras en l'air, tué par ce policier blanc.
00:01:36Un policier qui ne sera pas poursuivi par un jury populaire, faute d'éléments à charge.
00:01:41C'est peut-être la couleur de peau de Michael Brown qui lui a coûté la vie.
00:01:45C'est ce que crient en tout cas tous les gens dans la rue.
00:01:53Impressionnant ou révoltant, c'est comme on veut.
00:01:55Mais pour moi, c'est du déjà vu.
00:01:58Il y a 50 ans, bien avant mon assassinat, je dénonçais déjà ces mêmes abus.
00:02:03Qui m'a écouté ?
00:02:18Je m'appelle Malcolm, Malcolm X.
00:02:21Je suis mort à l'âge de 39 ans et ce que j'avais à dire n'a pas forcément
00:02:24beaucoup vieilli.
00:02:27Quelle est la place des Noirs dans l'Amérique des années 50, comme dans celle d'aujourd'hui ?
00:02:56Certains se sont aspirés de mes paroles.
00:02:57D'autres ont mené des combats, avec des mots que je leur ai soufflés.
00:03:02De moi, on ne retient pourtant que ce discours.
00:03:27Certains diront que j'étais tout simplement raciste, quand d'autres rendent encore hommage à mon intransigeance.
00:03:34Si aujourd'hui nous vivons dans une société comme elle est aujourd'hui, c'est parce que Malcolm X a
00:03:39existé à un moment donné dans l'histoire.
00:03:41Malcolm, c'est le héros noir. Malcolm, c'est le Superman noir, Malcolm.
00:03:52Malcolm X est celui qui a été capable de faire de ses fragilités, de faire de ses errements identitaires, politiques,
00:04:01religieux, des forces.
00:04:03Malcolm X, c'est une conviction, c'est une voix et c'est une capacité de changement.
00:04:10C'est quelqu'un qui a lutté, qui a milité, qui a donné sa vie pour les droits de l
00:04:16'homme.
00:04:18Les gens se posent toujours des questions. Pourquoi suis-je devenu ce que je suis ?
00:04:23Pour me comprendre, il faut que je retrace toute ma vie. Il faut que j'explique mes doutes, les évolutions
00:04:28de ma pensée, mes identités successives.
00:04:32Tout ce que je disais au fond, chaque noir pouvait le ressentir au plus profond de lui.
00:04:39Je brandissais une vérité, la mienne, mais c'était aussi celle de tout un peuple.
00:04:44En pleine ségrégation, j'ai tendu un miroir peu flatteur à ces blancs, un peu trop sûrs de leurs acquis.
00:04:51Pour moi, ce qu'on considère comme le rêve américain pour les blancs a longtemps été un cauchemar pour les
00:04:56noirs.
00:05:15Comment les médias américains présentent-ils les faits divers lorsqu'un noir est impliqué ?
00:05:20Regardez Michael Brown, un jeune diplômé, sérieux a priori.
00:05:24Mais une deuxième photo de lui dans les médias, et voilà que l'image du genre idéal s'écroule pour
00:05:28laisser place aux délinquants.
00:05:30Sur les réseaux sociaux, les jeunes ont décidé d'imiter les médias pour mieux dénoncer ce qu'ils désignent comme
00:05:35une manipulation.
00:05:38Ils ont lancé une campagne sur le net qui s'intitule « If they gun me down, s'ils m
00:05:45'abattaient »,
00:05:46en mettant une photo d'eux avec un uniforme, soit de sortie de diplôme ou même de soldat,
00:05:54et une photo d'eux avec un jugging et dans une tenue qui peut les faire passer pour des délinquants.
00:06:01Et en disant « Quelle photo choisiraient les médias pour illustrer ma mort ? »
00:06:09Ce que disent ces jeunes, c'est ce que j'ai dit en 1962 à Los Angeles.
00:06:14J'allais même plus loin, accusant la police de tirer les ficelles.
00:06:31Les préjugés sur les Noirs, c'est une vieille rengaine que je connais bien.
00:06:36Enfant, j'ai été accueilli par des Blancs.
00:06:38J'ai pu observer de quelle façon ils nous voyaient, nous, les Noirs.
00:06:42Il est dans une famille blanche qui l'accueille, qui le soigne bien.
00:06:46Il en garde un souvenir mitigé puisqu'il dit « Mes parents adoptifs m'aimaient comme un petit animal domestique
00:06:53».
00:06:53Donc il y a quand même là quelque chose de douloureux.
00:06:58« Me voici à l'école, le seul Noir au milieu des Blancs.
00:07:02À 13 ans, je suis même l'un des meilleurs élèves du lycée.
00:07:07Nous sommes alors en 1938, à Mason, une petite ville du nord des États-Unis, presque entièrement blanche.
00:07:14Et un Noir qui réussit dans les études, c'est un phénomène unique, quelque chose comme un caniche rose.
00:07:21À quoi vont me servir tous ces efforts pour être le premier ? À presque rien.
00:07:25Mes ambitions d'être avocat sont stoppées net par un professeur d'anglais.
00:07:32Malcom X est quelqu'un de très intelligent.
00:07:35C'est quelque chose qui n'a jamais été remis en cause.
00:07:37Donc enfant, il a un intellect brillant et c'est un très bon élève.
00:07:40Il aime les études.
00:07:42Et donc il confie à un de ses professeurs son souhait de devenir avocat.
00:07:46Et le professeur lui dit « Mais sois réaliste, tu n'es qu'un nègre ».
00:07:53Dans le Nebraska, ce n'est pas New York, ce n'est pas Chicago, ce n'est pas Philadelphie.
00:07:59Donc ce n'est pas des grosses communautés afro-américaines.
00:08:02Donc devenir avocat dans cet espace-là, ça voudrait dire être un avocat d'affaires de blanc.
00:08:08Et ça, effectivement, ce n'est pas envisageable, ce n'est pas imaginable.
00:08:12Ça n'aurait pas été impossible pour Malcom X de devenir avocat.
00:08:17Mais c'était un chemin très difficile et ce professeur, au lieu de le soutenir, l'a réellement condamné.
00:08:24Apparemment, je n'étais toujours pas assez intelligent à leurs yeux pour faire ce que j'avais envie de faire.
00:08:30C'est alors qu'au fond de moi-même, je commençais à changer.
00:08:33J'évitais les blancs.
00:08:34« Il prend conscience de ce qu'il est véritablement un noir, limité, qui ne peut pas en tout cas
00:08:41accéder à une formation, en tout cas comme celle qu'il prétend vouloir faire, devenir avocat.
00:08:49Et il se rend compte qu'il a des catégories, en tout cas, laissées aux noirs.
00:08:53On lui propose d'être menuisier ou quelque chose de ce genre.
00:08:57Il l'intègre comme étant en tout cas une incapacité à aller plus loin.
00:09:03« Nègre », ce mot s'inscrit comme une marque indélébile, que rien ne peut effacer.
00:09:08Dans les années 40, à mon époque, il ne fait pas bon être noir.
00:09:13Il y a l'oncle Sam d'un côté, l'oncle Tom de l'autre, le maître et puis l
00:09:18'esclave.
00:09:19Devant le blanc, le noir doit toujours s'effacer.
00:09:24« La ségrégation, quand on parle du contexte américain, c'est vraiment la séparation raciale dans l'espace public.
00:09:31C'est-à-dire des écoles différentes, des restaurants différents, des toilettes publiques différentes,
00:09:37dont le bus, il va y avoir une section plus confortable, plus large pour les blancs, et l'arrière du
00:09:43bus pour les noirs.
00:09:46Tous les aspects de la vie quotidienne étaient séparés. »
00:09:50« Être nègre », c'est être résumé à cette image de sauvage, de cannibale.
00:09:55Des mots qui font mal, mais ce ne sont que des mots.
00:09:59Les actes sont encore plus terribles.
00:10:02« La lumière vient de la cross, elle revient à la cross. »
00:10:07En 1924, quand ma mère me portait dans son ventre, une bande de cavaliers du Ku Klux Klan fit irruption
00:10:14chez nous.
00:10:16Ils faisaient nuit.
00:10:17Brandissant leurs fusils et leurs carabines, ils encerclarent la maison et criaient à mon père de sortir.
00:10:23« Nous avions intérêt, disait-il, à quitter Omar, parce que le bon peuple chrétien blanc ne supporterait pas la
00:10:30façon dont mon père
00:10:31fomontait des troubles chez les bons noirs d'Omarin.
00:10:34Mon père, Earl Little, était un fidèle de Marcus Garvey, un militant de la cause noire. »
00:10:42Le chef de Malcom X est un conducteur de tramway et il est militant, disciple de Marcus Garvey,
00:10:54qui est un leader noir de cette époque-là, très flamboyant, portant souvent un peu des costumes plus ou moins
00:11:02de rois africains,
00:11:03essayant de diffuser en tout cas la fierté d'être noir pour sortir de la situation d'humiliation, d'amoindrissement
00:11:13qui a été évidemment traditionnelle dans ce pays issu de l'esclavage.
00:11:19« Pour Garvey, l'Afrique appartenait de droit aux Africains.
00:11:22L'Afrique avait été pillée par l'Occident et elle devait revenir de manière légitime à cette diaspora. »
00:11:31Après les menaces, les intimidations, nous le savions.
00:11:35Le Ku Klux Klan ne nous lâcherait plus.
00:11:39Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, ce groupuscule faisait trembler tous les Noirs.
00:11:44« Le Ku Klux Klan, c'est une organisation de terreur qui date du lendemain de la guerre de sécession,
00:11:51qui a joué un rôle très important dans le Sud et qui, dans les autres États,
00:11:56a connu vraiment une grande poussée après la Première Guerre mondiale.
00:12:01Après la Première Guerre mondiale, beaucoup d'Américains blancs étaient inquiets
00:12:06de voir rentrer des vétérans noirs qui avaient fait la guerre en Europe
00:12:11et qui avaient porté des armes et qui, peut-être, allaient revendiquer une égalité
00:12:16ou même vouloir se venger. Il y a toujours eu un petit peu ce fantasme-là.
00:12:23En 1929, ils sont passés aux actes.
00:12:36Les Ku Klux Klan, des années 20, ce sont des méthodes de terreur,
00:12:42des menaces, d'abord avec les croix enflammées devant la résidence des personnes qui sont visées,
00:12:51et puis des tabassages, des meurtres, des viols.
00:12:56On est dans quelque chose de vraiment extrêmement violent.
00:13:00Et le père de Malcolm X, donc Earl Little, sera victime, d'abord de passage à tabac,
00:13:06mais aussi, finalement, certainement d'un meurtre.
00:13:09En tout cas, c'est la thèse que la famille a toujours crue.
00:13:15Encore aujourd'hui, ma fille, elle aussi, croit en cette thèse.
00:13:20Il a été été blessé par le Black Legion, qui était un huit, raciste organisation.
00:13:26Il a été mis, il a été mis, il a été mis, il a été mis, il a été mis.
00:13:29Ils ont mis, ils ont mis, ils ont mis, ils ont mis, ils ont mis.
00:13:34Il n'est pas mort, donc ils ont mis.
00:13:37Quand ma mère a essayé de claimer l'insurance,
00:13:40ils ne pouvaient pas la résidence, parce qu'ils ont dit qu'il a été mis,
00:13:42et qu'ils ont mis, elle a été mis,
00:13:58Donc il va être séparé de sa maman, toute la famille va exploser,
00:14:02il va être placé en foyer d'accueil.
00:14:05Et donc, finalement, pour Malcolm, ce sont les Blancs qui ont déstructuré sa famille,
00:14:12qui lui ont fait perdre les deux personnes qui étaient le plus chères à ses yeux.
00:14:16Il ne cesse de dire à quel point les services sociaux,
00:14:20ce sont des personnes extrêmement malveillantes,
00:14:25qui séparent les familles, qui vont humilier sa mère.
00:14:28Pour lui, l'Amérique de cette époque, c'est une menace, ce n'est pas une patrie.
00:14:35Être noir, c'est dangereux.
00:14:37Je l'ai vu avec mon père, mais aussi pour ma mère.
00:14:42Louise était une antillaise.
00:14:43Elle avait le teint très clair en raison du viol de sa mère par un blanc.
00:14:47J'héritais donc de cette couleur de peau.
00:14:50Au départ, je pensais que c'était une chance d'être un peu moins noir que les autres.
00:14:54Mais des années après, j'ai appris à haïr chaque goutte de sang
00:14:58que je tenais de l'homme blanc qui avait violé ma grand-mère.
00:15:02Les Noirs de la génération de Malcolm X, donc il est né en 1925,
00:15:06ce sont à un moment ou à un autre forcément tous des descendants d'esclaves.
00:15:10Et dans le passé esclavagiste,
00:15:14le concept de viol d'une femme esclave n'existait même pas.
00:15:18C'était normal.
00:15:21Et donc, de supposer qu'une grand-mère esclave ait été violée par un blanc,
00:15:27ça fait partie malheureusement de la version la plus probable.
00:15:31Malcolm X en parle dans son autobiographie.
00:15:33Pour lui, il est convaincu que sa grand-mère a été violée
00:15:35et qu'il est le fruit d'un viol.
00:15:37Que ce qu'il a de blanc en lui, ça doit être rejeté.
00:15:42Parce que c'est quelque chose qui est le fruit d'un rapport de domination.
00:15:48Avant de haïr les blancs, j'ai pourtant cherché à leur ressembler,
00:15:52à m'intégrer à eux.
00:15:54J'ai esquissé un portrait de moi qui n'était pas encore le bon.
00:15:58Un Noir qui avait encore honte de ce qu'il était.
00:16:10Presque tous les commerces de ce quartier appartiennent à des blancs.
00:16:13Qu'un employeur ait le choix entre un Noir et un Blanc,
00:16:16il prend rarement le Noir.
00:16:18Il y a 20 millions de Noirs aux Etats-Unis.
00:16:24Et leurs voix commencent à compter,
00:16:26même si pour la plupart, ils acceptent de se taire.
00:16:33Dans une société encore dominée par les rêves des blancs,
00:16:36j'ai abandonné le mien.
00:16:38Je ne serai pas avocat.
00:16:39J'ai arrêté les études pour commencer une nouvelle vie,
00:16:42ici, à 18 ans, à Harlem.
00:16:45Ce que l'on appelle à l'époque la Mec Noir.
00:16:50Ici, je ne suis plus Malcolm Little.
00:16:53Je suis connu sous un autre nom,
00:16:55comme un nouveau départ.
00:16:58Malcolm X, ce jeune homme, c'est quelqu'un de très grand, très mince.
00:17:02Il est resté d'ailleurs toute sa vie, avec le teint clair.
00:17:05Et les cheveux, non pas noirs, mais avec un reflet roux.
00:17:09Et donc, il était surnommé Red, Rouge.
00:17:13L'intégration avec les blancs, tout le monde en parle ici.
00:17:16Et la souhaiterait.
00:17:18Mais dans les faits, à mon époque,
00:17:20ça n'est encore qu'une vaste hypocrisie.
00:17:23C'est nous qui vivons ici.
00:17:25Et ce sont les blancs qui tiennent tous les commerces.
00:17:28L'intégration, je suis bien placé pour en parler.
00:17:31Car Dieu sait si je m'y suis essayé.
00:17:34Je suis sorti avec des femmes blanches.
00:17:36Je me suis même défrisé les cheveux.
00:17:38C'était à la mode à l'époque.
00:17:40Une mode dictée par le modèle blanc.
00:17:43C'est tout à fait compréhensible pour un jeune garçon qui vit dans une société où les personnes de couleur
00:17:49noire sont stigmatisées négativement,
00:17:52de ne pas vouloir ressembler aux populations noires et de vouloir justement ressembler aux personnes qui sont considérées comme les
00:17:58personnes les plus positives dans une société.
00:18:00Le noir et le blanc ont été, à travers l'histoire, construits comme en opposition.
00:18:06C'est-à-dire que le blanc d'un côté, le noir de l'autre.
00:18:08Le blanc est supérieur, le noir est inférieur.
00:18:11Le blanc est beau, le noir est laid.
00:18:13Et donc, quand on parle des cheveux, on parle de l'extension de ce corps noir qui a été construit
00:18:17comme inférieur et comme laid.
00:18:21Donc, se défriser les cheveux, oui, ça peut faire un écho à cette hiérarchisation des deux groupes ratios.
00:18:28La seule façon aussi d'accepter sa couleur noire, c'est de faire en sorte de ressembler le maximum au
00:18:35blanc.
00:18:35Ça, c'est un effet assez violent de ce qu'est le racisme sur la personne qui le vit,
00:18:41puisqu'il y a une modification interne et externe de ce qu'est le noir qui veut en tout cas
00:18:48changer,
00:18:49qui veut ne plus être dans cette position humiliante de honte.
00:18:52Et donc, se métamorphose pour ressembler et être au plus près du blanc.
00:18:57Malcom va le vivre également.
00:19:00Je trouvais un boulot de sireur dans un dansigne.
00:19:03J'ai ciré les chaussures de Duke Ellington, Yonel Hampton.
00:19:07Je maniais alors mon chiffon comme l'éclair, au rythme de tous les disques qui tournaient dans ma tête.
00:19:15Mais quelque chose me manquait.
00:19:17Un sens.
00:19:19Et quand on erre sans but dans Harlem, la loi du ghetto vous rattrape toujours.
00:19:24Il va être attiré par d'autres repères.
00:19:28Ça va être les ghettos noirs, ça va être ensuite le jeu, ça va être ensuite la drogue,
00:19:34ça va être ensuite tout ce qui est clinquant, etc.
00:19:37Deviennent des repères en l'absence de repères maternels et bien évidemment paternels.
00:19:44C'est une frustration nihiliste.
00:19:46C'est un état d'esprit un peu punk.
00:19:47Il n'y a pas de... c'est no future.
00:19:50Il n'y a rien.
00:19:51Donc pourquoi ne pas se faire de l'argent ?
00:19:53Pourquoi ne pas se faire de l'argent rapidement, illégalement ?
00:19:56Les lois ne marchent jamais en notre faveur de toute façon.
00:20:00Et si on est arrêté parce qu'on est criminel, au moins on donne un sens.
00:20:04Au moins là ça sera justifié.
00:20:07Je devenais accro à la cocaïne et j'enchaînais les cambriolages, les raquettes, les trafics.
00:20:13J'y étais même plutôt doué.
00:20:15Mais le 12 janvier 1946, je suis arrêté à Boston pour cambriolage.
00:20:20Le 16 janvier, je suis condamné à 10 ans de prison.
00:20:40De cette période à Harlem, j'en tire une leçon précieuse.
00:20:44L'intégration avec les Blancs semble impossible.
00:20:47Mes illusions perdues, j'étais prêt à entendre un discours beaucoup plus radical.
00:20:52Je ne savais pas encore qui j'allais devenir, mais je savais déjà qui je ne voulais plus être.
00:21:09Abdelmalik, un rappeur français, a écrit un chapitre sur ma vie.
00:21:13Il parle presque avec mes mots.
00:21:20Ils haïssaient leur nez, leurs cheveux, la couleur de leur propre peau,
00:21:24alors qu'ils n'avaient même plus une seule cicatrice sur le dos.
00:21:30C'est vrai que tout s'était encore enchaîné dans leur tête.
00:21:38Que se passe-t-il dans le cœur d'homme qui voudrait se voir autrement ?
00:21:47Et toute colère, même de travers, n'est pas moins sincère.
00:21:51Surtout légitime quand la violence est le pain blanc du tortionnaire.
00:21:55Qui se passe-t-il dans le cœur d'être le pain blanc du tortionnaire ?
00:21:58Oui, monsieur. Vous avez raison, monsieur.
00:22:01D'accord, patron. Merci, patron.
00:22:03A 50 ans d'écart, ces deux discours, parlant de révolte, de colère,
00:22:09semblent universels, traversant les époques et les continents.
00:22:13Ma colère, je dois désormais la contenir derrière les barreaux d'une prison.
00:22:18Je dois purger une peine de 10 ans.
00:22:20J'ai 21 ans.
00:22:22Ici, à la prison d'état de Charleston, tout le monde m'appelle Satan.
00:22:27Satan, ça veut dire celui qui est totalement imperméable à toute religiosité.
00:22:31Celui qui est athée, ni dieu ni maître.
00:22:35Il ne reconnaît aucune religion.
00:22:38Je purge ma peine, sans me douter que la prison va me transformer.
00:22:43Les addictions à la cocaïne, à l'alcool, le jeu, en fait, cette dépravation qu'il nous montre,
00:22:52dans laquelle il s'est retrouvé les années précédentes, son incarcération.
00:22:57Malcom a le sentiment, déjà à cette époque, qu'il est arrivé à une limite, en fait,
00:23:03que si ça continuait, il risquait de mourir.
00:23:06La prison se trouve être, dans cet élément carcéral contraignant, un monde protecteur.
00:23:15C'est en prison, et par mon frère, que j'entends parler de la Nation of Islam,
00:23:20une vision de l'islam faite pour les Noirs.
00:23:23La Nation of Islam, c'est à la fois une association musulmane,
00:23:27et c'est une association musulmane politique qui prône le nationalisme noir.
00:23:32Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:23:33Ça veut dire que la Nation of Islam estime que les Noirs et les Blancs ne peuvent pas vivre ensemble,
00:23:38que les Blancs sont nécessairement mauvais, qu'ils cherchent la suprématie sur les Noirs,
00:23:46et que donc, pour protéger les Noirs, il faut une nation noire, c'est-à-dire qu'il faut un
00:23:51territoire noir.
00:23:53Ce que mon frère me dit sur les théories de la Nation of Islam me laisse sans dessus-dessous.
00:23:58Pour la première fois de ma vie, je commençais à réfléchir à des choses sérieuses.
00:24:03Pour la Nation of Islam, le pouvoir de l'homme blanc est en déclin.
00:24:07Bientôt, il ne pourra plus opprimer, exploiter ceux qui avaient la peau sombre.
00:24:12Et les peaux sombres allaient prendre leur revanche.
00:24:16La Nation of Islam, c'est aussi un groupe très discipliné qui prend en main, en quelque sorte,
00:24:22notamment les jeunes un peu paumés, en leur donnant une éducation à la fois formelle,
00:24:29religieuse, un mode de vie strict, pas d'alcool, pas de sexualité avant le mariage, etc.
00:24:37Et Malcolm X, qui est en prison, il est finalement avide, au fond, il recherche un but dans sa vie,
00:24:47il est attiré aussi par le fait d'étudier, et il est une très bonne recrue pour ces musulmans noirs,
00:24:52qui recrutent d'ailleurs beaucoup en prison.
00:25:07Le prisonnier noir est le symbole du crime de la société blanche qui opprime le noir
00:25:11et le laisse croupir dans la dégradation et l'ignorance.
00:25:14Il est fasciné par quelqu'un d'autre que quelqu'un de la pègre, on va dire.
00:25:18Et donc il va s'intéresser, il va vouloir dans un premier temps lui ressembler,
00:25:23avoir effectivement des références aussi importantes que les siennes.
00:25:27Elijah Mohamed, c'est un homme qui est petit, plutôt sympathique d'aspect,
00:25:34qui tient tout ça d'une main de fer, et qui va reconnaître dans Malcolm X,
00:25:40quand celui-ci sortira de prison, il va reconnaître très très vite,
00:25:43un disciple qui a un gros potentiel.
00:25:46Elijah Mohamed a fait un bien fou psychologiquement à Malcolm X.
00:25:52Donc oui, c'est son père de substitution, c'est la personne à laquelle il pourrait tout donner,
00:26:00qu'il suit au doigt et à la lettre.
00:26:04J'étais entré en prison totalement inculte et athée.
00:26:07J'allais en ressortir instruit et musulman.
00:26:10Pendant deux jours, je parcourus le dictionnaire dans tous les sens.
00:26:13Sans but.
00:26:15Jamais je n'aurais cru qu'il existât tant de mots.
00:26:18Je ne savais pas lesquels apprendre.
00:26:20À mesure que mon vocabulaire augmentait, je comprenais mieux les livres.
00:26:24Je dévorais alors tous les ouvrages traitant de l'histoire des Noirs,
00:26:28de l'esclavagisme.
00:26:29Je découvrais les souffrances infligées par les Blancs.
00:26:34Lorsque vous avez accès à l'éducation, vous pouvez comprendre la situation dans laquelle vous vivez
00:26:39et vous pouvez avoir, je dirais, une vraie emprise sur votre vie.
00:26:44C'est-à-dire ne pas la subir, mais au contraire, prendre les bonnes directions.
00:26:48Et tout au long de sa vie, c'est ce qu'il a essayé de faire.
00:26:51Au moment où il rencontre Nation of Islam, l'idée de séparatisme le séduit.
00:26:56Pour une raison simple, c'est qu'il a tenté, lui, de s'intégrer en relation avec sa couleur de
00:27:01peau.
00:27:02Il a pensé qu'il était suffisamment clair pour pouvoir être blanc parmi les Blancs.
00:27:08Devenir avocat, c'était son rêve d'enfant.
00:27:10On sait qu'on ne renonce jamais à ses rêves d'enfance.
00:27:13Et donc, cette déception va constituer le socle de cet engagement séparatiste.
00:27:21L'idée de Nation Noire, c'est l'idée de se dire, puisque je n'ai pas pu être avocat
00:27:25dans cette société
00:27:27qui serait une société de Noirs et de Blancs, je vais pouvoir dire aux Noirs,
00:27:33notre réussite, elle passe par nous-mêmes.
00:27:37La religion donnait un nouveau sens à ma vie, un nouveau souffle.
00:27:40Je passais des mois à m'imprégner des doctrines d'Elaja Mohamed,
00:27:44à écrire des lettres, à recevoir des visites.
00:27:47J'en oubliais que j'étais prisonnier.
00:27:49A vrai dire, je n'avais jamais été aussi libre.
00:27:54A ma sortie de prison, je suis un nouvel homme.
00:27:57Et comme pour mieux marquer cette nouvelle naissance, je décide de changer de nom.
00:28:02Je ne serai plus Malcolm Little, mais Malcolm X.
00:28:14Ce Malcolm X va en fait être un symbole d'un nouveau départ, de se dire, je suis Malcolm,
00:28:23je suis Malcolm et je puise mon identité précisément dans cet inconnu de l'origine.
00:28:29Donc c'est une manière d'enraciner son histoire dans l'histoire de son peuple,
00:28:34d'en dire, voilà ce que sont les Afro-Américains.
00:28:37Les Afro-Américains, ce sont des gens qui ont été privés de leur identité,
00:28:40qui doivent combattre pour retrouver leur identité.
00:29:03Je me donnais pour mission de dire aux Blancs ce qu'il était vraiment,
00:29:07et d'y consacrer ma vie, ou de mourir.
00:29:11Il pressentait déjà certaines choses en prison,
00:29:14sa capacité de convaincre, qu'il avait visiblement une capacité à maîtriser,
00:29:21en tout cas à maîtriser ce qu'il avait lu et à rendre compte.
00:29:25Il a été en prison, il y est resté 7 ans, il n'y a pas perdu son temps.
00:29:29Il s'est transformé, il s'est réinventé.
00:29:33Et ensuite, quand il est sorti de prison, il était prêt à faire le travail.
00:29:39Il était prêt à mener, à devenir véritablement un leader.
00:30:03Ce que Malcolm X représente à sa sortie de prison pour Nation of Islam,
00:30:08c'est vraiment un jeune homme brillant, spectaculaire, électrique,
00:30:15disait son biographe, qui a un talent pour le débat considérable,
00:30:21un talent pour la provocation, qui est très charismatique.
00:30:26Prendre la parole en public, ce fut là pour moi une découverte aussi extraordinaire que celle des livres.
00:30:32Je commençais à prêcher pour Nation of Islam en mars 1954,
00:30:37d'abord à Philadelphie, puis à Boston.
00:30:40On me demanda alors de diriger le temple numéro 7 à New York.
00:30:44Nous arrivions à attirer chaque jour de nouveaux fidèles,
00:30:47mais pour moi, ils n'étaient jamais assez nombreux.
00:30:50Lorsqu'il entre dans l'organisation en 1954, Nation of Islam, c'est 500 personnes.
00:30:55Lorsqu'il sort de l'organisation en mars 1964, c'est 30 000 sympathisants pour Nation of Islam.
00:31:02De 500 à 30 000, on peut dire que Malcolm X y est pour beaucoup,
00:31:07puisque c'est celui, dès 1959, qui fait sa première émission de télévision,
00:31:12qui va donner une audience nationale et même internationale à Nation of Islam.
00:31:18Il essaie de passer un message, oui, nous sommes un peuple,
00:31:21oui, nous avons un passé, oui, nous avons une histoire, oui, nous avons un avenir.
00:31:25Je deviens très vite le visage de Nation of Islam, le chouchou des médias.
00:31:29Et ils étaient rarement déçus.
00:31:31Dès que l'on me tendait un micro, je n'hésitais pas à dire ma vérité, quitte à choquer.
00:31:48C'est une deségégation décision, 9 ans, qui n'hésitais pas à dire, n'hésitais pas à dire.
00:31:53C'est pas, c'est la vérité.
00:31:54Vous êtes dit, quand un avion n'aérelière a crashé avec un nombre de personnes en train de déçus,
00:31:57avec un nombre de personnes en train de déçus,
00:31:58mais vous êtes glad que ça s'est passé.
00:32:00Le chouchou des personnes en ce pays, collectively,
00:32:03sont guilty de ces crimes que nos personnes sont souffrées,
00:32:06de l'esprit, et donc, ils souffrent de l'esprit,
00:32:10des déçus, des déçus, des déçus, des déçus, des déçus.
00:32:35On est loin du rêve prôné par un autre Noir,
00:32:38aussi célèbre que moi désormais, Martin Luther King.
00:32:42C'est un militant non-violent, c'est un pasteur,
00:32:45qui a étudié très profondément la vie de Gandhi,
00:32:49la vie de Jésus, qui s'inspire de ces grandes figures
00:32:53pour construire un mouvement non-violent aux États-Unis.
00:32:57C'est très loin, évidemment, de la vision de Malcolm X,
00:33:01qui pense qu'il faut combattre.
00:33:02Les deux personnes qui ont marqué l'évolution des droits civiques aux États-Unis,
00:33:07c'est les deux frères ennemies, entre guillemets.
00:33:09C'est Martin Luther King, pasteur, non-violent, et Malcolm X.
00:33:15gamin de banlieue, violent, et qui, tous les deux, à la fin, se retrouvent.
00:33:19Et le destin les réunit d'une manière tout à fait, je veux dire,
00:33:23iconoclase, d'une manière presque provocatrice.
00:33:26Les deux sont assassinés.
00:33:32Nous sommes en 1963, le jour de la marche sur Washington.
00:33:37Elle se situe dans le lobbying, en quelque sorte,
00:33:41pour la grande loi sur les droits civiques qui est en préparation.
00:33:46Une loi dont le but est d'affirmer, comme l'avait dit John Kennedy,
00:33:51que la ségrégation n'a pas sa place dans la loi américaine.
00:33:55C'est donc pour soutenir le vote prochain de la loi
00:33:59que la marche sur Washington est organisée.
00:34:04Selon moi, ce n'est pas une marche, mais bien une farce.
00:34:14Près de 200 000 personnes sont réunies.
00:34:16Presque tous sont afro-américains.
00:34:18Et ils viennent se laisser bercer par un rêve.
00:34:21Celui d'une Amérique fraternelle,
00:34:23où les Blancs et les Noirs se retrouveraient main dans la main.
00:34:51Pour moi, ce choix de Martin Luther King,
00:34:54c'est le choix de la soumission,
00:34:56le choix de l'oncle Tom,
00:34:58du noir qui a honte quand, moi, je propose la révolution.
00:35:24Je dirais que l'oncle Martin est mon ami.
00:35:26L'oncle Martin est ton ami,
00:35:28mais vous n'allez pas avec son approche
00:35:30pour ce qu'il veut accomplir ?
00:35:32Définement.
00:35:33Si son approche
00:35:33pour ce que l'oncle en Amérique a besoin
00:35:37pour complètement éliminer le problème que nous avons,
00:35:40je dirais bien et bien.
00:35:56Quand Martin Luther King parle de la Bible,
00:35:59j'invoque la balle du pistolet
00:36:01comme seul moyen de se défendre.
00:36:27Je préfère l'autodéfense à l'autoflagellation.
00:36:31Tendre la joue gauche, très peu pour moi.
00:36:50On avait besoin, de mon point de vue,
00:36:54ils avaient besoin d'une virilité.
00:36:56Ils avaient besoin d'une...
00:36:57Et quand je dis virilité, c'est asexué,
00:36:59c'est-à-dire même femme ou homme, qu'importe,
00:37:01mais quelque chose où on est debout et on n'a pas peur.
00:37:04Et Malcolm a donné ça.
00:37:05Donc, à mon avis, ça a donné une force
00:37:08aux droits civiques.
00:37:10Et même, à mon avis,
00:37:11ça a obligé Martin Luther King
00:37:14à être beaucoup plus...
00:37:16rentre-dedans.
00:37:18La marche sur Washington aura donné raison
00:37:20un temps à Martin Luther King.
00:37:23Mais la réalité va rattraper le joli rêve.
00:37:26Le discours de Martin Luther King,
00:37:28c'est comme un sommet.
00:37:29Mais c'est un sommet qui se révèle finalement
00:37:33lointain et encore très difficile à atteindre
00:37:36puisque très peu de temps après,
00:37:39une bombe explose dans le sous-sol,
00:37:42dans le basement d'une église à Birmingham,
00:37:44en Alabama, le dimanche,
00:37:46pendant l'école du dimanche.
00:37:47Donc, on sait que l'église est pleine,
00:37:49ça n'est pas par hasard.
00:37:50Et quatre petites filles noires sont tuées.
00:37:52Donc, le rêve est encore bien loin d'être réalisé.
00:37:57Rien ne peut entraver ma détermination.
00:38:00J'arrive même à convertir les plus coriaces.
00:38:03L'une de mes plus belles victoires
00:38:04fut le poids lourd Cassius Clay.
00:38:07J'étais un homme du verbe,
00:38:09lui un homme de parole.
00:38:10Il suivra la même voie que la mienne
00:38:12et deviendra Cassius X,
00:38:14puis Mohamed Ali.
00:38:33Mais au sein de la Nation of Islam,
00:38:36des voix commencent à se plaindre de mes réussites,
00:38:39un peu trop voyantes.
00:38:41C'est la star montante du mouvement.
00:38:44Il est très charismatique,
00:38:45donc il est très suivi par les médias.
00:38:47Et là, les médias jouent un rôle important.
00:38:49Donc, ne fait-il pas de l'ombre à Elijah Mohamed ?
00:38:52Est-ce qu'il défend vraiment les intérêts
00:38:54de la Nation d'Islam ?
00:38:56Ou est-ce que ce sont ses intérêts à lui ?
00:38:57Donc, tout l'entourage d'Elaïd Jam Mohamed,
00:39:01tous les hauts cadres,
00:39:02parce que c'est un système très hiérarchisé
00:39:04de la Nation d'Islam,
00:39:07vont conspirer à le mettre un peu de côté,
00:39:11le faire taire.
00:39:12Il est trop visible,
00:39:13il est trop là,
00:39:14il est trop présent.
00:39:16J'ai appris qu'Elaïd Jam Mohamed
00:39:17disait que j'étais son meilleur pasteur,
00:39:19mais qu'un jour,
00:39:20j'allais le quitter
00:39:21et me retourner contre lui,
00:39:23que j'étais donc dangereux.
00:39:25J'ai appris qu'il me démolissait par derrière,
00:39:27tout en me disant tout le bien
00:39:28qu'il pensait de moi.
00:39:30Cela me fit mal,
00:39:31très mal.
00:39:33La rupture était imminente.
00:39:35Ce fut l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy
00:39:37qui en fut le déclencheur.
00:39:39Je comparais la mort du président Kennedy
00:39:41à un juste retour de bâton.
00:39:43Mais mes propos furent mal interprétés.
00:39:58Ces propos qu'on lui prête,
00:40:01c'est de s'être réjoui
00:40:02de la mort du président américain.
00:40:04Ce n'est pas exactement ce qu'il dit.
00:40:06Ce qu'il dit,
00:40:06si on le lit de près,
00:40:08c'est finalement que la violence
00:40:11se retourne contre ceux
00:40:13qui ont participé au système.
00:40:15Elijah Mohamed
00:40:17se désolidarise lui aussi
00:40:18de mes propos.
00:40:20Je suis condamné à me taire
00:40:21pendant 90 jours.
00:40:23Je dois disparaître
00:40:24de la scène publique.
00:40:25Je ne pouvais plus m'exprimer
00:40:27au nom de Nation of Islam.
00:40:29Ce qu'il a pu dire
00:40:30de l'assassinat de Kennedy
00:40:32ou autre chose, etc.,
00:40:34a été utilisé en particulier
00:40:35pour l'éloigner,
00:40:38ce n'est en fait qu'un prétexte.
00:40:40Je pense que ce qui s'est joué avant tout,
00:40:41c'est ce qu'il était en train de devenir,
00:40:43un véritable leader.
00:40:45Et que Elijah Mohamed
00:40:48en était conscient,
00:40:49il a vu aussi naître,
00:40:50ce leader.
00:40:52Bien sûr, mes propos étaient parfois racistes,
00:40:54haineux,
00:40:55mais je racontais juste
00:40:56ce que je voyais à ma manière.
00:40:58Et pour Kennedy,
00:40:59c'était la même chose.
00:41:00La déclaration de Malcolm X
00:41:02sur l'assassinat de John Kennedy
00:41:04reflète exactement sa pensée.
00:41:06Il est extrêmement hostile
00:41:08à tout ce qui est
00:41:10l'Amérique blanche.
00:41:12Ce n'est pas son problème
00:41:13et ce sont des Blancs
00:41:14qui s'entretuent entre eux.
00:41:16Il va évoluer,
00:41:17mais en 1963,
00:41:18c'est ce qu'il pense.
00:41:21Après ces 90 jours sans parler,
00:41:23je reprenais la parole
00:41:24et contre-attaquaient.
00:41:26J'étais intransigeant,
00:41:27mais intègre.
00:41:28Et tout le monde
00:41:29ne pouvait pas en dire autant.
00:41:31Elijah Mohamed
00:41:32était loin d'être
00:41:33un modèle de vertu.
00:41:34Je ne voulais plus rien cacher.
00:41:37Sa vision de l'islam
00:41:38et sa notion
00:41:38de la fidélité en amour,
00:41:39comme en amitié,
00:41:41étaient bien trop éloignées
00:41:42de la mienne.
00:42:08entre Nation of Islam et moi,
00:42:10c'était donc la fin,
00:42:11la rupture.
00:42:13J'avais dépassé le maître,
00:42:14mais j'avais perdu en route
00:42:16mon mentor
00:42:16et aussi mon ami,
00:42:18Mohamed Ali,
00:42:19resté avec la Nation of Islam.
00:42:21Il me fallait désormais
00:42:23me réinventer seul.
00:42:24Le visage de mon combat
00:42:25allait prendre une autre forme.
00:42:27J'allais quitter l'image
00:42:28du raciste haineux
00:42:29pour devenir un Malcolm
00:42:31plus apaisé,
00:42:32mais pas moins engagé.
00:42:42Thank you.
00:42:44Thank you.
00:42:45The answer to the slavery question
00:42:48was already embedded
00:42:49within our Constitution.
00:42:51The Constitution that had
00:42:53at its very core
00:42:55the ideal of equal citizenship
00:42:58under the law.
00:42:59What would be needed
00:43:00were Americans
00:43:01in successive generations
00:43:03who were willing
00:43:03to do their part
00:43:04through protests
00:43:06and struggles.
00:43:08C'est un rêve
00:43:08que j'aurais pu faire,
00:43:10un président noir
00:43:11à la tête des Etats-Unis.
00:43:14De la maison des esclaves
00:43:15à la maison blanche.
00:43:18La maison blanche,
00:43:19ce qui est intéressant,
00:43:20c'est qu'elle a été construite
00:43:21par des esclaves
00:43:23qui ont énormément participé
00:43:24en tant que main d'oeuvre
00:43:25à son édification.
00:43:28et aujourd'hui,
00:43:31c'est l'un des héritiers
00:43:33des esclaves
00:43:34qui est dans le bureau Oval.
00:43:36Barack Obama existe aujourd'hui
00:43:38parce qu'il y a eu
00:43:39des gens comme Malcolm X.
00:43:41Ça, c'est une évidence.
00:43:45Nous sommes en 1964.
00:43:47C'est l'année de l'adoption
00:43:49d'une loi interdisant
00:43:50toute forme de ségrégation
00:43:51dans les lieux publics
00:43:52aux Etats-Unis.
00:43:53C'est aussi l'année
00:43:54d'une nouvelle transformation
00:43:55pour moi.
00:43:56Je comprends
00:43:57que je me suis égaré
00:43:58sur le chemin de la haine
00:43:59et du racisme anti-blanc.
00:44:02C'est quelqu'un
00:44:03qui s'est trompé
00:44:04et qui a reconnu
00:44:05s'être trompé.
00:44:06Il a dit
00:44:06« je me suis trompé ».
00:44:07J'ai dit des choses
00:44:07aberrantes,
00:44:08notamment sur les blancs.
00:44:10Ça n'existe pas.
00:44:11Citez-moi un politique
00:44:12ou quelqu'un
00:44:13qui dit
00:44:14« je me suis trompé ».
00:44:15Ça n'existe quasiment pas.
00:44:17Il a montré
00:44:18qu'on pouvait se trompé
00:44:19et que ça le rendait
00:44:21d'autant plus digne.
00:44:23Je devais maintenant
00:44:24me demander
00:44:25en toute sincérité
00:44:26ce que je pouvais offrir
00:44:27au peuple noir
00:44:28si j'étais réellement qualifié
00:44:30pour l'aider
00:44:30dans sa lutte
00:44:31pour les droits de l'homme.
00:44:32Un voyage
00:44:33allait m'aider
00:44:34à y voir plus clair.
00:44:47Pour la première fois,
00:44:50Malcolm n'est pas
00:44:51confronté au racisme.
00:44:53Et il dare
00:44:54le pèlerinage en lui-même,
00:44:55cette rencontre
00:44:56effectivement,
00:44:58j'ai envie de dire
00:44:59spirituelle
00:44:59extrêmement forte.
00:45:01On peut imaginer
00:45:03que les ingrédients
00:45:04de ce pèlerinage
00:45:06sont des ingrédients
00:45:08effectivement
00:45:09pour une métamorphose.
00:45:12Le pèlerinage à la Mecque,
00:45:13c'est un tournant
00:45:13dans les émotions
00:45:16et dans les analyses
00:45:18de Malcolm X.
00:45:20De se retrouver
00:45:21à la Mecque
00:45:22habillé de blanc
00:45:23au milieu
00:45:23de tous ces pèlerins
00:45:24qui viennent
00:45:25de tous les coins du monde.
00:45:27Il y a évidemment
00:45:27des Africains,
00:45:29il y a des Arabes,
00:45:32il y a des Blancs,
00:45:33il y a des Arabes Blancs,
00:45:35il y a des...
00:45:35Voilà,
00:45:36c'est très, très, très
00:45:38métissé.
00:45:38Et il réalise concrètement
00:45:42que ça n'est pas
00:45:43qu'une affaire
00:45:43de couleur de peau.
00:45:45Il est dans une logique
00:45:46d'affrontement
00:45:46et de racisme
00:45:48à rebours
00:45:49avant
00:45:50et qu'après,
00:45:51il ne l'est plus du tout.
00:45:52Et qu'il dit
00:45:52que ce n'est pas comme ça
00:45:53qu'on va pouvoir
00:45:53résoudre le problème.
00:45:54Et c'est justement
00:45:54cette transmutation
00:45:56du plomb en or
00:45:57qui est extrêmement importante.
00:45:59À mon retour,
00:46:01je change d'identité.
00:46:02Encore une fois,
00:46:03je quitte Malcolm X
00:46:05pour devenir
00:46:06El-Hajj Malik El-Shabaz.
00:46:08Je me sens plus apaisé,
00:46:09moins en colère.
00:46:21C'est quelqu'un
00:46:22d'extrêmement intelligent
00:46:24parce qu'il a su
00:46:25échapper
00:46:28à peut-être
00:46:29une colère
00:46:30qui aurait pu le détruire.
00:46:32Il nous faut
00:46:33un nouveau pouvoir politique.
00:46:34Mais aussi,
00:46:35il nous faut en poser
00:46:36encore et toujours
00:46:37le respect.
00:46:38Le noir est un être humain
00:46:40comme les autres.
00:46:41Voilà le nouveau message
00:46:42que je souhaite faire passer
00:46:43au plus grand nombre.
00:47:16Il ne faut pas s'attarder
00:47:18sur la couleur
00:47:20de Malcolm X
00:47:21parce que très souvent,
00:47:23on parle de quelqu'un
00:47:25qui aurait lutté
00:47:26pour les droits civiques
00:47:27des personnes noires.
00:47:28Mais je pense
00:47:28qu'il faut dépasser ça.
00:47:30Je pense que c'est une personne
00:47:31qui a lutté
00:47:32pour l'égalité
00:47:32entre les personnes.
00:47:33Je crois que ça,
00:47:34c'est très important.
00:47:35J'ai compris que la voix
00:47:36de la violence
00:47:37était une impasse.
00:47:38Je préfère désormais
00:47:39le bulletin de vote
00:47:40à la place de la balle
00:47:42du pistolet.
00:47:45Lui veut une vraie réalisation
00:47:48et il a évidemment
00:47:50prêché la riposte violente
00:47:52quand il pensait
00:47:53que c'était nécessaire,
00:47:54mais il ne méprise plus
00:47:56l'action politique classique
00:47:58et il pense qu'il faut voter.
00:48:01Les musulmans noirs
00:48:01ne votaient pas du tout
00:48:02comme s'ils ne vivaient pas
00:48:03en Amérique.
00:48:05Malcolm X, d'ailleurs,
00:48:06soutient la campagne
00:48:07de Martin Luther King
00:48:08pour le droit de vote.
00:48:10Je me rapproche
00:48:11de mon ancien ennemi,
00:48:12Martin Luther King.
00:48:14Ma voix n'est qu'une voix
00:48:15parmi d'autres,
00:48:15mais notre but
00:48:16a toujours été le même.
00:48:18Je me demande
00:48:18lequel de ces deux extrémistes,
00:48:20le violent Malcolm X
00:48:22ou le non-violent,
00:48:23sera mort le premier.
00:48:25Il recevait des appels,
00:48:27il était harcelé.
00:48:28À un moment,
00:48:29il se demande même,
00:48:30il ne sait plus très bien
00:48:31qui va le tuer.
00:48:32Est-ce que c'est la nation
00:48:32d'Islam ?
00:48:33Est-ce que ce sont
00:48:34les rivalités internes ?
00:48:36Ou est-ce que c'est
00:48:38le gouvernement américain ?
00:48:39Est-ce que c'est le FBI
00:48:40qui nous infiltre ?
00:48:42Qui va me tuer ?
00:48:42Je ne sais pas.
00:48:43Mais en tout cas,
00:48:44ça ne peut que mal se finir.
00:48:46Il y a eu énormément
00:48:47de menaces
00:48:48sur la vie de Malcolm X.
00:48:50Et le magazine Ebony,
00:48:53qui est le Paris Match
00:48:54de l'Amérique noire
00:48:55depuis la fin de la guerre,
00:48:57avait publié un reportage
00:48:58sur lui.
00:48:58Il y a une photo très célèbre
00:48:59où on le voit
00:49:00à la fenêtre,
00:49:02il écarte les voilages
00:49:04et il a un fusil
00:49:06d'assaut à la main.
00:49:07Ça veut dire
00:49:08que c'est le danger,
00:49:09ça veut dire que c'est
00:49:10le fait que face au danger
00:49:11on se défend,
00:49:13ça veut dire
00:49:14qu'on est sur le qui-vive.
00:49:16Je suis devenu
00:49:17moins radical
00:49:17et donc plus dangereux.
00:49:19On ne peut plus me ranger
00:49:20dans la catégorie
00:49:21du militant haineux
00:49:22et agressif.
00:49:23Je parle de politique,
00:49:25je rencontre
00:49:26des personnalités
00:49:26d'envergure,
00:49:27je deviens gênant,
00:49:29je le sais,
00:49:30je le pressens.
00:49:31Le 14 février 1965,
00:49:34Malcolm X avait fait
00:49:35un discours
00:49:36suite à un premier attentat.
00:49:40Sa maison a été plastiquée,
00:49:42il arrive le 14 février
00:49:44devant un auditoire
00:49:45en expliquant
00:49:46que ses vêtements
00:49:47sont noircis
00:49:48et il s'excuse
00:49:49de ne pas avoir
00:49:50de cravate.
00:49:50C'est la première fois
00:49:51de toute sa vie
00:49:52qu'on verra Malcolm X
00:49:53sans cravate.
00:49:54Il s'en excuse,
00:49:55il dit c'est très important
00:49:55d'avoir une tenue correcte
00:49:57pour s'exprimer devant les gens,
00:49:58c'est une question de respect
00:49:59et là je suis désolé,
00:50:00j'étais en pyjama
00:50:01il y a encore une heure,
00:50:02ma maison a été plastiquée.
00:50:04Évidemment,
00:50:04c'est l'effroi du public
00:50:06qui se rend compte
00:50:07que Malcolm X
00:50:08est menacé de mort
00:50:10et de manière très directe.
00:50:23Je me réveille tous les matins
00:50:25sachant que j'ai gagné
00:50:26un jour de plus.
00:50:27Je vis comme un mort en sursis.
00:50:29Avant que l'ombre
00:50:30ne s'abatte sur moi,
00:50:31j'ai quand même réussi
00:50:33à savoir enfin
00:50:33qui j'étais vraiment.
00:50:35Mais il est déjà trop tard.
00:50:46Qu'auront-ils gardé
00:50:47de mes combats,
00:50:48de mes discours,
00:50:52des leçons que j'ai pu tirer
00:50:53de mes erreurs ?
00:50:55Quelle image va-t-on conserver
00:50:57de moi ?
00:51:04Le matin du 21 février 1965,
00:51:07je me prépare sans le savoir
00:51:08à donner mon dernier discours.
00:51:11Je sais que je prends des risques
00:51:12à chaque fois que je me montre
00:51:13en public,
00:51:14mais il est inconcevable pour moi
00:51:16de céder à la peur.
00:51:17Je me rends donc
00:51:18dans cette salle des fêtes
00:51:19en plein cœur de Harlem.
00:51:23Il est en train de parler
00:51:24devant un auditoire
00:51:26de 400 personnes
00:51:28et il y a un mouvement
00:51:30dans l'auditoire.
00:51:32Des gens sont en train
00:51:32de se disputer.
00:51:34Malcom X s'interrompt
00:51:35et leur demande
00:51:36de se respecter
00:51:37et d'écouter
00:51:38ce qu'il a à dire.
00:51:44Et là,
00:51:46un homme s'approche de lui
00:51:47avec un fusillier
00:51:49et lui tire
00:51:50une balle dans le ventre.
00:51:56Deux hommes s'approchent
00:51:57de moi.
00:51:58Je suis à terre.
00:51:59Ils vont tirer 21 balles.
00:52:01Ma femme Betty
00:52:02et mes enfants
00:52:03sont à côté de moi.
00:52:27Il est conduit
00:52:29dans un premier hôpital,
00:52:30transporté dans un second,
00:52:31il va décéder
00:52:32très rapidement.
00:52:35Les circonstances
00:52:36de sa mort,
00:52:37on les connaît
00:52:38encore mal,
00:52:39on sait factuellement
00:52:40ce qui s'est passé.
00:52:40Trois hommes
00:52:41vont être arrêtés.
00:52:42Des hommes qui sont
00:52:43dans l'entourage
00:52:44de Louis Farrakhan,
00:52:45l'aile radicale
00:52:46de Nation of Islam.
00:52:47On sait aussi
00:52:48que le FBI
00:52:49était probablement
00:52:51au courant.
00:52:52Alors,
00:52:53est-ce qu'il a été
00:52:53complice
00:52:54de cette tentative
00:52:55d'assassinat ?
00:52:55On a dit que le FBI
00:52:57avait voulu l'éliminer.
00:53:00On a dit
00:53:01que certains anciens
00:53:02de la mafia
00:53:02avaient voulu se venger.
00:53:03Il avait beaucoup d'ennemis.
00:53:05Il a été assassiné
00:53:06en plein jour
00:53:07à bout portant
00:53:08par des gens
00:53:09qui n'ont jamais été
00:53:10vraiment inquiétés.
00:53:17Cette mort
00:53:18était nécessaire.
00:53:21Et je pense
00:53:22qu'il a été jusqu'au bout
00:53:23de son combat
00:53:24et que la mort
00:53:25faisait partie
00:53:25en fait du combat,
00:53:26de la lutte.
00:53:28Je sais que bien
00:53:29des sociétés
00:53:30assassinent les hommes
00:53:31qui les ont aidés
00:53:32à se muer.
00:53:32ce qui est intéressant
00:53:34dans cette comparaison
00:53:36vraiment
00:53:37en opposition
00:53:38qui a été construite
00:53:40entre Malcolm X
00:53:41et Martin Luther King,
00:53:42c'est que les deux
00:53:43ont été tués.
00:53:44donc quel était
00:53:45le mode
00:53:45de lutte
00:53:46qui était acceptable ?
00:53:48En mourant,
00:53:50mes idées
00:53:50n'ont pourtant pas
00:53:51disparu avec moi.
00:53:52De mon vivant,
00:53:53j'ai provoqué.
00:53:55Après ma mort,
00:53:56j'ai inspiré.
00:53:57Au niveau politique d'abord.
00:53:58Ce qui reste aujourd'hui,
00:54:00je pense que déjà
00:54:01il y a eu tout son impact
00:54:04sur la génération suivante,
00:54:05la génération suivante
00:54:06de Black Power.
00:54:07Parce que ce sont
00:54:08des gens plus jeunes,
00:54:09c'est notre génération,
00:54:10des gens plus jeunes,
00:54:11des gens qui ont tiré
00:54:12des conclusions
00:54:12de la disparition
00:54:13de Malcolm X,
00:54:14de la disparition
00:54:15de Martin Luther King,
00:54:17qui étaient souvent
00:54:18des étudiants
00:54:18ou des jeunes activistes,
00:54:21qui voulaient autre chose.
00:54:22Le discours de Malcolm X
00:54:25dans 100 ans
00:54:26sera valable encore.
00:54:27parce que dans 100 ans,
00:54:29il faudra nous questionner
00:54:30sur les inégalités
00:54:32qui traversent notre société.
00:54:34À la fin de ma vie,
00:54:35je voulais prendre le pouvoir
00:54:37par le droit
00:54:37et non plus par la force.
00:54:39C'est encore une idée
00:54:40qui survit à ma mort.
00:54:41Aux Etats-Unis
00:54:42et même en France.
00:54:44Ici,
00:54:44le président est toujours blanc,
00:54:46mais les élites
00:54:46se colorent peu à peu.
00:54:48Regardez ce dîner à Paris.
00:54:50Toute l'élite noire française
00:54:51y est réunie.
00:54:52Des chefs d'entreprise,
00:54:53des intellectuels.
00:54:54Ces gens-là
00:54:55ne tirent pas leur pouvoir
00:54:56de la rue,
00:54:56des médias,
00:54:57mais du CAC 40.
00:54:58Ils se désignent
00:54:59comme le Gotha noir
00:55:00et me désignent
00:55:01comme un modèle.
00:55:04Les gens ont envie
00:55:07de suivre des modèles.
00:55:09Et les modèles
00:55:10que la télévision
00:55:10nous réflexe aujourd'hui
00:55:11à nos jeunes,
00:55:12c'est plutôt des sportifs
00:55:13ou des gens du showbiz.
00:55:14Et nous,
00:55:16représentant cette élite
00:55:17afro-française,
00:55:18on se disait
00:55:18mais dans cette communauté,
00:55:19il y a bien d'autres références
00:55:21qu'on aimerait
00:55:21que ce soit des modèles
00:55:22pour nos jeunes.
00:55:23Marcom X fait partie
00:55:24des leaders noirs
00:55:26qui restent aujourd'hui
00:55:27des modèles
00:55:28pour cette communauté.
00:55:29Pour nous,
00:55:30c'est un modèle
00:55:31à suivre
00:55:31dans sa façon,
00:55:33dans sa vision,
00:55:34dans sa façon
00:55:35de lutter
00:55:36contre
00:55:37les ségrégations
00:55:38et de ramener
00:55:40les noirs
00:55:40à dépasser,
00:55:42dépasser un certain nombre
00:55:43de plafonds de verre
00:55:44qui se mettaient
00:55:45sur leur propre tête.
00:55:59On n'est pas dans les années 60
00:56:05aux Etats-Unis,
00:56:06mais j'ai rencontré
00:56:08des jeunes
00:56:08qui avaient ce même sentiment.
00:56:11Ce que Malcolm X
00:56:12décrivait dans les années 60
00:56:14aux Etats-Unis,
00:56:15je rencontre des jeunes
00:56:17qui ressentent
00:56:17la même chose,
00:56:19la même haine,
00:56:20la même souffrance,
00:56:22la même violence
00:56:23contre le blanc,
00:56:24le même malaise.
00:56:26Quand Malcolm X dit
00:56:27que les noirs
00:56:29ne se sentent pas à l'aise
00:56:30avec les blancs,
00:56:30etc.,
00:56:31j'en rencontre encore.
00:56:34Mon image a également
00:56:35servi de modèle,
00:56:37cette photo en particulier.
00:56:38Régulièrement utilisée,
00:56:40voire détournée
00:56:40par des rappeurs,
00:56:41un micro remplace
00:56:42le fusil.
00:56:44Elle montre bien
00:56:46comment
00:56:47la véritable arme
00:56:48de l'Amérique noire,
00:56:51ce n'est pas les fusils,
00:56:52c'est le verbe.
00:56:54Ça a été l'arme principale
00:56:55de Malcolm X,
00:56:56et c'est ce qu'ont très bien
00:56:58compris
00:56:58les rappeurs.
00:57:10C'est un des premiers rappeurs,
00:57:15ça n'a pas été le premier,
00:57:16mais c'est un des premiers rappeurs
00:57:17d'une certaine manière
00:57:18quand on entend ses discours.
00:57:19Ce qu'il utilise,
00:57:21c'est un rythme
00:57:24de parole,
00:57:25c'est une façon de scander
00:57:27qui est très particulière,
00:57:29une façon de rimer
00:57:30qui est très particulière,
00:57:31et c'est aussi pour ça
00:57:32que les rappeurs
00:57:33se sont très facilement
00:57:35identifiés à lui.
00:57:51Tout est extrêmement rimé,
00:57:53c'est très spontané,
00:57:54et ça c'est une caractéristique
00:57:56vraiment du langage
00:57:58de la rue dans l'Amérique noire.
00:58:02Il ne me reste que quelques pages
00:58:04avant de finir
00:58:05mon autobiographie.
00:58:07Quelle image conservera-t-on ?
00:58:09L'image de la balle
00:58:10ou celle du bulletin de vote ?
00:58:12Celle du raciste
00:58:13ou du musulman humaniste ?
00:58:16Être noir aux Etats-Unis,
00:58:17c'était être considéré
00:58:18comme moins bien que blanc.
00:58:20Malcolm X,
00:58:21il dit le contraire.
00:58:22Il dit
00:58:22c'est beaucoup mieux
00:58:23d'être noir.
00:58:24C'est beaucoup plus...
00:58:25On est beaucoup plus beau.
00:58:26Regardez tous ces blancs
00:58:27qui essayent de se faire bronzer.
00:58:29pour nous ressembler.
00:58:30On est beaucoup plus beau.
00:58:31On est beaucoup plus doué.
00:58:33On est beaucoup plus brillant.
00:58:34On est supérieur.
00:58:36C'était révolutionnaire.
00:58:39J'ai payé de ma vie
00:58:40cette liberté de pensée.
00:58:44La lumière la plus pure
00:58:45ne brille souvent
00:58:46qu'après la nuit la plus profonde.
00:58:49Peut-être aurais-je gagné
00:58:50le jour où mes discours
00:58:51auront le goût
00:58:52d'un passé lointain,
00:58:53à jamais révolu,
00:58:54le jour où la justice
00:58:55n'aura plus de couleur de peau.
00:59:28fédéral.
00:59:29Merci.
00:59:59Merci.
01:00:36Merci.
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