- il y a 12 ans
La Méditerranée est un des hauts lieux de la biodiversité marine, 28 % des espèces qu'elle abrite ne vit nulle part ailleurs. Mais cette richesse est en danger... Sabine et Fred sont partis enquêter dans le bassin oriental, au Liban et au large des côtes françaises.
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00:02Eh dis donc Jamy, je me demande bien où sont passés Fred et Sabine ?
00:05Bah ils sont en Méditerranée, il paraît qu'il s'y passe des choses étranges.
00:10Eh, venez voir ce que j'ai trouvé !
00:12Ça, vous savez ce que c'est ?
00:15Ça ressemble à un barracuda. Normalement on trouve ça dans les mers chaudes.
00:21Exactement, des barracudas sur les côtes françaises de la Méditerranée.
00:25Il y a quelques années on n'en trouvait pas du tout.
00:27C'est quand même bizarre, non ?
00:29T'as raison Fred, ça mérite une enquête.
00:32C'est ça, enquêtons, enquêtons. Allez Marcel, à la pêche aux infos.
00:53Sous-titrage Société Radio-Canada
01:17Bon alors Fred, Sabine, vous êtes où ?
01:19Moi Jamy, je suis à l'est du bassin méditerranéen.
01:23Plus précisément, juste en face des côtes du Liban.
01:27Et toi Fred !
01:28Moi je suis à l'ouest !
01:32Ouais, bah ça on le savait déjà Fred.
01:36Mais non, je veux dire que je suis dans la partie occidentale de la Méditerranée, au large des côtes françaises,
01:41entre Marseille et les îles du parc national de Porcro.
01:45Alors tu sais Jamy que la Méditerranée fait partie de la trentaine de hotspots que l'on compte aujourd'hui
01:50sur la planète.
01:51Un hotspot, c'est un lieu où la diversité des espèces animales et végétales est exceptionnellement riche, mais aussi menacée.
01:58Et pour mieux comprendre les menaces qui pèsent aujourd'hui sur la Méditerranée, j'ai embarqué avec une équipe de
02:03scientifiques.
02:06Résentation !
02:07Thierry, chercheur en biologie marine au CNRS.
02:10Pierre, chercheur au CNRS, biologie et écologie marine.
02:13Sandrine, enseignant-chercheur en biologie marine.
02:16Jo, chercheur CNRS, retraité, toujours prêt à remplir.
02:19Philippe, capitaine du Don du Vent.
02:24Venez ! Moi aussi ! J'y rejoins une équipe de scientifiques !
02:29Moi, c'est Gévi Kalaf, je suis hydrobiologiste, directeur du Centre de recherche marine du CNRS libanais.
02:36Je suis Razi Wittar, libanais, professeur enseignant à la Faculté de sciences de l'Université d'Ibalaise.
02:42Milad Fakhri, je suis chercheur océographe au Centre de recherche marine.
02:47En mission avec eux, il y a aussi des étudiants.
02:50Ils sont en train d'immerger des sondes qui permettent d'aller prélever de l'eau à différentes profondeurs afin
02:55de l'analyser.
02:57Tous sont des experts de la Méditerranée orientale.
03:01Ici, au large de Beyrouth, les caractéristiques de l'eau ne sont pas les mêmes qu'au large de Marseille.
03:05La mer est plus chaude et plus salée, du coup, on n'y trouve pas les mêmes espèces.
03:10Ça en fait du monde, Jamy, au chevet de la Méditerranée.
03:13Et vous allez voir qu'ils ne seront pas trop de deux équipes pour faire l'état des lieux de
03:17la biodiversité.
03:18La mer Méditerranée est en effet divisée en deux bassins sur une carte.
03:22Ça saute aux yeux. D'un côté, le bassin occidental, au nord duquel se trouve Fred, et de l'autre,
03:27le bassin oriental, à l'est duquel se trouve Sabine.
03:31Eh bien, la température de l'eau n'est pas la même dans ces deux bassins.
03:35Elle est plus élevée à l'est qu'à l'ouest.
03:39Et ceci à cause de l'ensoleillement.
03:43Par conséquent, l'évaporation est aussi plus importante ici que là, et la salinité de l'eau aussi.
03:49Ce contraste est également valable pour le bassin occidental.
03:54Plus on s'approche des côtes européennes, moins il fait chaud et plus les vents sont froids.
03:59Par conséquent, la température de l'eau est plus faible au nord qu'au sud.
04:04Bref, grâce à cette multiplicité de conditions, la mer Méditerranée peut héberger une grande variété d'espèces venues d'horizons
04:12très différents.
04:12Tenez, au nord du bassin occidental, on trouve des espèces que l'on rencontre aussi dans l'Atlantique Nord, jusqu
04:19'en Norvège.
04:20Au sud de ce bassin, on rencontre des espèces que l'on trouve aussi le long des côtes africaines.
04:26Même chose pour le bassin oriental.
04:28On y trouve des espèces que l'on rencontre le long des côtes africaines et dans l'océan Indien.
04:32Sans compter les espèces endémiques, c'est-à-dire des espèces que l'on ne trouve qu'en Méditerranée.
04:38Ça fait du monde.
04:41Résultat, cette mer, qui est relativement petite, abrite à elle seule 8% des espèces marines de la planète, dont
04:47plus de 30% sont endémiques.
04:52C'est le cas de cette herbe, la possidonie.
04:54Elle forme de grandes forêts qui abritent un quart de la biodiversité méditerranéenne, dont des espèces menacées, comme cette grande
05:02nacre.
05:02Elle peut atteindre un mètre de haut.
05:05Plus bas, un autre écosystème est typique de Méditerranée, le coralligène, fait de rochers recouverts d'animaux étranges et colorés,
05:13comme ces gorgones ou ces éponges qui ne vivent qu'ici.
05:17Mais alors, chose étrange, depuis quelques années, les biologistes marins ont vu apparaître au large de nos côtes méditerranéennes des
05:24poissons qu'ils n'avaient jamais vus ici avant.
05:27C'est très bizarre, on va aller voir ça de plus près.
05:29On va plonger avec Joe, tu remarques ?
05:31Allez, c'est parti !
05:44Alors, vous voyez ce bain de poissons très effilé qui nage juste en dessous de nous ?
05:52Eh bien, ce sont des barracudas.
05:55Et je crois, Joe, que c'est assez étrange de trouver aujourd'hui des barracudas sur les côtes françaises, sur
06:05les côtes provençales.
06:06Voilà, c'était quasiment inconnu.
06:09C'est un poisson que l'on connaissait beaucoup plus du côté des côtes africaines et en Atlantique.
06:18Et comment on peut expliquer leur arrivée ici ?
06:23Alors, il y a toujours une colonisation qui se fait à partir de l'Atlantique et puis il y a
06:29un réchauffement climatique qui touche particulièrement les parties nord de la Méditerranée.
06:35Et là, les conditions environnementales sont plus favorables à ces espèces qu'avant.
06:43A priori, on peut penser que ces nouveaux venus enrichissent la biodiversité, mais ce n'est pas si simple.
06:50Dans un premier temps, évidemment, ça fait plus de diversité.
06:54Et ça risque de durer un certain temps, effectivement, tant que ces espèces-là ne vont pas acquérir un rôle
06:59clé dans l'écosystème.
07:00Et puis, un beau jour, peut-être qu'une dernière espèce va modifier complètement les équilibres en place.
07:06Donc, ça peut mener petit à petit à des extinctions d'abord de population, puis d'espèces.
07:13Les pêcheurs subissent déjà l'impact de ces migrants venus du sud, comme ici, à Caro, près de Marseille, où
07:19ils ont vu leur prise radicalement changer en quelques décennies.
07:27Ça, c'est une arache, voilà.
07:29C'est une nouvelle espèce qui a vu ça depuis, disons, maintenant, une quinzaine d'années.
07:33Arrivée, ça, c'est une espèce qui était très présente dans le côté de la Méditerranée, sur les côtes d
07:38'Afrique.
07:39Et maintenant, on a une pleine mer.
07:41Et là où on avait nos sardines, eh bien, maintenant, nous avons ça.
07:44Voilà.
07:46Alors, les sardines disparaissent et on profite de cela.
07:50Donc, voilà, là, c'est ça, le thé, là, qui, bon, ça se vend pas, c'est, il y a
07:55beaucoup d'arrêtes dedans.
07:56Et voilà, donc, pour nous, c'est une perte, une perte sèche, on va dire.
08:03Bon, alors, et du côté du Liban, on en est où, ma chère Sabine ?
08:09Ça y est, les colonnes d'eau sont de retour.
08:12On va pouvoir analyser les échantillons d'eau de mer prélevée et surtout relever les températures.
08:18Cette partie de la Méditerranée est surveillée depuis longtemps déjà.
08:21On va voir ce que ça donne sur les graphiques de Gabi.
08:24Allez-vous.
08:26Ah, Gabi, est-ce que vous pouvez nous aider à lire cette courbe de température ?
08:29On a l'impression que ça augmente régulièrement, en fait.
08:31Oui, effectivement, vous savez qu'on parle trop en ce moment du réchauffement climatique dans le monde entier.
08:36C'est un phénomène qu'on a très bien observé au Liban, puisqu'on a des mesures en permanence depuis
08:43une trentaine ou bien 25 ans.
08:45Et là, ce qu'on voit ici, ce sont les variations de la température plutôt au mois de juillet depuis
08:501983 jusqu'à 2009.
08:53La tendance générale, c'est une tendance ascendante.
08:57On constate qu'il y a à peu près une élévation d'à peu près de 1,8 de degré
09:01depuis 1983, ce qui a été remarqué.
09:05Donc, Jamy, il semble que dans cette partie de la Méditerranée, la température augmente.
09:09Comment ça se passe de l'autre côté, chez Fred ?
09:12Eh bien, ça chauffe aussi.
09:13D'après les relevés qui ont été effectués depuis quelques années,
09:17la température des eaux de surface a aussi augmenté de ce côté-là de la Méditerranée.
09:22Résultat, on voit débarquer dans le nord du bassin occidental des espèces qui, jusque-là, étaient cantonnées aux zones plutôt
09:29méridionales.
09:30Des Meroux, par exemple, mais également des Paracoudas, des Girelpanc.
09:34Ça, ce n'est pas très grave.
09:36Ce qui pose davantage de problèmes, c'est que certaines espèces locales ont, quant à elles, beaucoup plus de mal
09:42à supporter ce réchauffement.
09:43Et elles risquent de disparaître, car elles ne peuvent pas remonter vers le nord pour trouver un peu de fraîcheur.
09:48Elles sont bloquées. C'est vraisemblablement ce qui est arrivé à la crevette de Marseille,
09:53qui a déserté pas mal de ses grottes.
09:55Et c'est ce qui pend aussi au nez du sprat qui se fait de plus en plus rare.
10:00Dommage, parce que fumer avec une noix de beurre, c'est drôlement bon.
10:04Bon, alors, on a parlé des poissons qui subissent le phénomène du réchauffement.
10:08Il faut aussi parler des espèces qui sont fixées aux rochers.
10:11Oui, les espèces fixées, elles n'ont pas la possibilité de se déplacer vers les meilleures conditions environnementales.
10:16Et donc, elles subissent de plein fouet les changements de température.
10:19D'accord. Alors, quelle espèce, par exemple ?
10:20Bien là, on va aller voir l'état des gorgones, des éponges, voir si elles ont des nécroses ou si
10:25on a des mortalités.
10:26D'accord. Donc, on va faire un petit inventaire. C'est parti.
10:35Et je ne vais pas tarder à constater que ces changements climatiques ont déjà fait bien des dégâts.
10:42Thierry me montre de nombreuses nécroses sur des éponges et sur des gorgones,
10:47comme sur celles-ci, dont on aperçoit même le squelette.
10:51Impressionnant.
10:54Ces espèces sont mortes suite aux canicules qui se sont produites en 1999 et en 2003.
11:00Thierry m'explique que les gorgones ont probablement été stressées par une eau restée trop longtemps trop chaude.
11:07C'est ce stress qui a provoqué leur mort. Et une fois nécrosées, les gorgones disparaissent sous les algues venues
11:14les envahir.
11:17Malheureusement, les espèces risquent d'avoir de plus en plus chaud parce que les prévisions météo, j'ai mis, ne
11:22sont pas très très bonnes.
11:23Et non. D'après les experts, pas ceux des séries télévisées, les vrais, les météorologues,
11:30d'ici la fin du siècle, la moyenne des températures de l'air en Europe du Sud pourrait augmenter de
11:362 à 5 degrés.
11:37Les précipitations, quant à elles, pourraient chuter de presque un tiers, selon certains spécialistes,
11:43qui estiment également que les épisodes caniculaires devraient aussi se multiplier.
11:50Ce n'est pas tout.
11:51À cause de la chaleur, l'évaporation devrait augmenter et les fleuves fournirent de moins en moins d'eau.
11:59Résultat, le taux de salinité devrait à son tour grimper.
12:04Alors, quelles espèces vont résister à ces changements climatiques ?
12:08Pour le moment, les scientifiques l'ignorent.
12:10Ce qui est sûr, c'est que les organismes fixés, qui ont une croissance très lente,
12:15auront du mal à récupérer après chaque canicule et ne pourront peut-être pas s'adapter à ces bouleversements.
12:23On peut imaginer que si on assistait à une succession, une nouvelle série d'anomalies thermiques de ce type,
12:30que l'on ait à ce moment-là une grosse modification de la constitution des paysages sous-marins,
12:35avec une disparition progressive des grandes espèces dressées qui caractérisent la Méditerranée occidentale,
12:41ces grandes gorgones, ces grandes colonies de corail, ces grosses éponges,
12:46au profit d'espèces un petit peu plus discrètes et beaucoup moins colorées
12:49que l'on trouve en Méditerranée orientale et en Méditerranée méridionale.
12:52À terme, la Méditerranée pourrait donc perdre la mosaïque d'espèces et de paysages qui fait toute sa richesse
12:59et devenir plus monotone.
13:03Bon, retour au Liban.
13:06Cette fois, c'est un robot équipé d'une caméra que l'on immerge.
13:09Piloté depuis le bateau, il permet d'explorer en détail les fonds marins.
13:17C'est chouette, là. Qu'est-ce que c'est, ça ?
13:18C'est une méduse. C'est une méduse qui est invasive, maintenant.
13:22Elle se développe d'une façon très abondante au Liban.
13:24Elle s'étale, sa présence s'étale sur 6 à 7 mois.
13:27Une fois, on a mesuré un couloir de 6 à 7 kilomètres.
13:31Deux côtés du bateau, il y avait des milliers et des milliers de méduses qui étaient là,
13:35à nager, à se développer facilement.
13:39Le problème, c'est que celle-ci n'est pas indigène, c'est-à-dire qu'elle n'est pas
13:42originaire du Liban.
13:43Ça vient de la mer Rouge.
13:45Elle vient de la mer Rouge.
13:45Voilà. On dit une espèce léseptienne.
13:48Léseptienne, vous avez dit que c'est une espèce léseptienne.
13:50Ça vient de Ferdinand de Léseps, celui qui a creusé le canal de Suez,
13:53qui permet aux espèces de passer maintenant de la mer Rouge à la Méditerranée.
13:57Il y en a d'autres dans ce cas-là, mais ce n'est pas la seule.
13:59Ah oui, oui.
14:00On a beaucoup d'espèces léseptiennes.
14:01Ici au Liban, j'ai compté au niveau du benteau, à peu près 125 espèces.
14:06Alors au niveau du benteau, ça veut dire sur l'île, sur la mer ?
14:08Ça veut dire sur la mer.
14:09Il y a des animaux et des végétaux qui vivent au niveau du froid.
14:13Et parmi ces 125 espèces venues de mer Rouge, on trouve bien sûr des poissons,
14:19comme ce joli poisson écureuil, mais aussi des organismes plus discrets,
14:23des petits mollusques, des petits crustacés qui peuvent entièrement recouvrir les rochers.
14:29Ces espèces transitent par le canal de Suez, qui fut creusé durant la deuxième moitié du XIXe siècle
14:35et qui relie depuis la mer Méditerranée à l'océan Indien via la mer Rouge.
14:40Auparavant, les navires qui faisaient du commerce avec l'Inde devaient contourner le continent africain.
14:45Ou alors, se rendre jusqu'à Port Saïd, en Égypte.
14:51Là, ils déchargeaient leur cargaison, la marchandise voyageait à d'autres chameaux,
14:55jusqu'à Suez, où elle était embarquée sur de nouveaux navires, direction l'océan Indien.
15:00C'était long, très long.
15:02D'où le creusement de ce canal, qui fut achevé en 1869.
15:07Bah alors, les espèces invasives, c'est pas nouveau ?
15:09En fait, ces espèces ne sont pas arrivées du jour au lendemain.
15:13Le canal de Suez franchit trois lacs salés.
15:17Pendant de nombreuses années, leur taux de salinité a fait obstacle au passage des espèces venant de mer Rouge.
15:23Seulement avec le temps et les mouvements d'eau, ce taux a diminué.
15:28Et finalement, les espèces ont réussi à franchir ce corridor.
15:32L'une des toutes premières à s'aventurer en Méditerranée fut le terrible poisson-lapin,
15:37avec ses grandes dents et ses grandes oreilles.
15:39Mais non, je plaisante.
15:41Il a été repéré pour la première fois en 1927 en Méditerranée.
15:45Et comme il y a trouvé les conditions favorables, et qu'il n'avait pas de prédateurs,
15:49eh bien, il s'est copieusement multiplié.
15:52Au Liban, il est devenu tellement envahissant qu'il a pratiquement fait disparaître un autre poisson herbivore,
15:58comme lui, la sope.
16:01Le poisson-lapin a rapidement été suivi par d'autres explorateurs,
16:05comme ce poisson-flute.
16:07Et on compte désormais plus de 60 espèces de poissons en provenance de la mer Rouge.
16:12Le canal de Suez est devenu une véritable autoroute sous-marine.
16:16Pour l'instant, ces espèces se cantonnent grosso modo au bassin oriental,
16:20où elles dominent les paysages.
16:22Mais si le réchauffement se poursuit,
16:24elles pourraient bien conquérir d'autres territoires,
16:27comme ce poisson-lapin qui a été pêché au large de Marseille.
16:34Eh, Jamy, Sabine, venez voir !
16:37On est sur la piste d'un autre envahisseur !
16:40Vous voyez cette algue ?
16:41Les scientifiques l'appellent Colerpa racemosa,
16:44elle est d'origine australienne,
16:46et sans un coup de pouce de l'homme,
16:48elle n'aurait jamais pu arriver en Méditerranée.
16:51D'ailleurs, Sandrine, est-ce qu'on sait précisément comment elle est arrivée là ?
16:54Alors, on ne sait pas précisément.
16:58Probablement, peut-être, transportée par un bateau.
17:01Dans les eaux de balas, par exemple,
17:02on peut avoir tout un tas de larves.
17:05D'accord, et à partir de là, elle se répand ?
17:07Exactement.
17:07Elle est invasive, on la trouve dans beaucoup d'endroits ?
17:10Alors oui, on peut vraiment dire qu'elle est invasive,
17:11parce qu'elle est présente, mais vraiment sur tout type de milieu.
17:15Elle a une croissance rapide de plus d'un centimètre par jour,
17:18en période estivale ou automnale.
17:21Donc, lorsqu'elle est présente, elle va recouvrir le substrat,
17:23et éliminer des espèces autochtones.
17:26Donc, il va y avoir une diminution du nombre de ces espèces.
17:30Si racémosa se répand aussi facilement en Méditerranée,
17:33c'est parce qu'ici, elle n'a pas de prédateur.
17:36Alors qu'en Australie, son pays d'origine,
17:39elle est broutée par des herbivores,
17:41ce qui limite son expansion.
17:42Les scientifiques recherchent donc une limace de mer australienne
17:45qu'ils pourraient utiliser en Méditerranée comme arme biologique.
17:49Mais avant de l'introduire, il faudra s'assurer que cette limace
17:52ne sera pas elle-même envahissante.
17:56Avec l'augmentation du trafic maritime,
17:59une dizaine d'espèces étrangères est introduite chaque année en Méditerranée.
18:03Si on ajoute à cela les espèces venues de mer rouge,
18:06on compte désormais plus de 1000 espèces exotiques.
18:09Heureusement, seule 1% de ces espèces est devenue envahissante.
18:17Avec Joe, nous plongeons à présent dans la réserve de porc-crocs,
18:21une zone protégée qui permet à de nombreuses espèces de se reproduire en paix.
18:26Quelle abondance et quelle diversité !
18:28Des sars, des girelles, des mulets, des corbes et des mérous.
18:36De gros mérous.
18:39C'est étonnant, tout ce qu'on a vu en plongée,
18:41une quantité de poissons et d'espèces incroyables.
18:43En tout cas, moi, ce qui m'a épaté, c'est la taille des mérous.
18:45Le plus gros que l'on a vu faisait un mètre dix.
18:48Un mètre dix !
18:49Waouh ! Belle bête !
18:51Ah ouais !
18:52Pendant une grande partie de la plongée,
18:54je t'ai vu noter, compter les poissons.
18:57Et alors, résultat, la densité augmente ?
18:59Oui, densité augmente.
19:01C'est net ?
19:01Oui, oui, c'est net.
19:02Ça veut dire que dans ces endroits-là,
19:04ça se sent de véritables viviers,
19:06de véritables nids de reproduction, alors ?
19:08Ah oui.
19:09La reproduction va commencer.
19:11On est en été, ils aiment se reproduire
19:13au moment de l'eau la plus chaude.
19:15Et je pense que les mâles, les grands mâles,
19:18sont en train de délimiter leur territoire,
19:20choisir leur femelle préférée.
19:22Ah ouais ?
19:23Et ça va commencer au crépuscule, le soir.
19:26Et ils restent ici ?
19:28Ensuite, quand ils grandissent,
19:29ou ils vont dans d'autres eaux ?
19:34Une grande partie reste ici,
19:36mais il y a aussi une exportation vers l'extérieur.
19:39Et du coup, des parcs comme celui-ci,
19:41finalement, ça favorise les pêcheurs
19:43qui ne pêchent pas très loin.
19:44Oui, mais ils en bénéficient,
19:46puisque ça se passe mieux à l'extérieur aussi.
19:50Oui, d'accord.
19:51C'est l'effet réserve.
19:52On parle du merou, mais c'est valable pour toutes les espèces.
19:55Tous ces poissons peu farouches profitent donc de la réserve
19:59pour se reproduire.
20:00Puis, une fois adultes,
20:02ils partent pour repeupler d'autres zones.
20:05Problème, problème !
20:06Les réserves naturelles et autres espaces protégés
20:09sont relativement peu nombreux en Méditerranée.
20:11Du coup, les espèces végétales et animales,
20:14déjà fragilisées par le réchauffement climatique,
20:17l'apparition des envahisseurs et la pollution
20:19sont d'autant plus menacées par les excès de la pêche.
20:22La surpêche, c'est la menace numéro 1.
20:24Ici, par exemple, au Liban,
20:26la dorade a pratiquement disparu des étals.
20:29Il n'y a pas qu'au Liban que les étals se vident.
20:32Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé
20:34de réglementer cette activité.
20:36Ici, comme ailleurs,
20:37le poisson est concentré sur le plateau continental,
20:40la zone bleu clair sur la carte.
20:43Or, en Méditerranée,
20:44cette zone est parfois plus étroite qu'ailleurs.
20:48C'est notamment le cas le long des côtes françaises
20:50et d'une partie des côtes italiennes.
20:53Pour protéger cette zone,
20:55les chalutiers, ces bateaux
20:56qui traînent leur filet sur les fonds marins,
20:58n'ont pas le droit de s'approcher
20:59à moins de 3 000 des côtes.
21:02Malheureusement, ça ne suffit pas.
21:04D'abord, parce que certains bateaux
21:06franchissent parfois cette ligne
21:07et surtout parce qu'ils ne sont pas les seuls
21:09à puiser dans cette ressource.
21:11Il y a aussi les pêcheurs de petits métiers.
21:15Ces pêcheurs ont le droit
21:16de s'approcher davantage des côtes.
21:19Ils utilisent des bateaux plus petits.
21:21Alors certes, ils pêchent de manière traditionnelle
21:23avec de petits filets et des palangres,
21:26c'est-à-dire des lignes
21:27sur lesquelles ils ont monté des hameçons.
21:28Mais hélas, ils sont très nombreux.
21:31Résultat, eux aussi,
21:32voient leur prise diminuer.
21:34Au total, une dizaine d'espèces, au moins,
21:37est aujourd'hui surexploitée en Méditerranée.
21:40Des espèces qui n'ont pas le temps de se renouveler
21:42et qui voient leurs effectifs diminuer dangereusement.
21:45C'est le cas notamment du merlu,
21:48du rouget barbé,
21:50de l'anchois,
21:51de la sardine, j'en passe,
21:53et du thon rouge de Méditerranée
21:55qui, lui, est carrément menacé d'extinction.
22:00Ce ton d'Atlantique
22:01migre en Méditerranée
22:03au moment de sa reproduction.
22:04Il est alors victime d'une pêche industrielle intensive.
22:07Les tonniers sonneurs
22:08capturent en masse
22:09de jeunes poissons avec leurs filets
22:11et les font engraisser dans des fermes marines.
22:14Depuis 20 ans,
22:15les effectifs ont fortement baissé.
22:17Des quotas de capture ont donc été instaurés.
22:19Certains scientifiques
22:21et les organisations écologiques
22:22estiment qu'ils ne sont pas assez stricts
22:24pour permettre au stock de se reconstituer.
22:27D'autres pensent que l'espèce n'est pas menacée
22:29si les quotas sont vraiment respectés.
22:31Mais pour cela,
22:32il faut renforcer la surveillance.
22:36Pour les autres poissons pêchés
22:38de façon plus artisanale,
22:39il n'est pas possible d'instaurer des quotas
22:41car il y a trop de petits bateaux à contrôler.
22:44Il y a bien des réglementations,
22:46notamment sur les filets,
22:48mais elles ne sont pas toujours respectées.
22:50De nombreux pêcheurs utilisent des mailles
22:51plus petites que celles autorisées.
22:53Au Liban,
22:54certains pêchent même à l'explosif.
22:58Ce qui réduit dramatiquement les stocks.
23:05Il existe pourtant des solutions
23:07pour mieux gérer cette pêche artisanale.
23:09Par exemple,
23:10la prudomie,
23:11très développée en France.
23:12Les pêcheurs sont responsables de leur secteur,
23:15ils y organisent des roulements pour les bateaux,
23:17définissent des zones et des périodes
23:19où la pêche est interdite.
23:20et ça profite à tout le monde,
23:22aux poissons comme aux pêcheurs.
23:28Je suis à présent avec Pierre,
23:30en route pour une plongée profonde au large de Marseille.
23:34Il me conduit sur des récifs d'un genre très particulier.
23:37Ce site a en effet été aménagé de structures en métal,
23:41en béton ou en filet.
23:42Ce sont des récifs artificiels
23:44qui ont été immergés il y a deux ans
23:46pour servir d'habitat aux poissons.
23:48Depuis,
23:49des espèces s'y installent progressivement
23:51comme cette rascasse.
23:53Et là, regardez,
23:54on a même disposé des jars
23:56pour que des poulpes puissent s'y abriter.
24:04Alors, pourquoi ces habitants différents ?
24:07Pour faire venir des habitants différents
24:10et essayer de créer une diversité maximale.
24:13Et puis de recréer un habitat
24:15qu'elles ont perdu dans cette veille
24:17qui a été assez impactée par les activités humaines.
24:20Donc, ça promet une belle régénérescence des espèces ?
24:24Oui, puis petit à petit,
24:25comme cette zone va être interdite à la pêche,
24:28pendant plusieurs années.
24:30C'est même à la demande des pêcheurs.
24:32Les zones alentours vont être enrichies
24:34par tous les poissons
24:35qui vont s'y reproduire et s'y nourrir.
24:38Que ce soit pour répondre aux besoins de la pêche
24:41ou pour sauvegarder la biodiversité,
24:43la création de réserves
24:44est désormais une priorité en Méditerranée.
24:47En France,
24:48celle-ci ne représente pour l'instant
24:49que 1% de l'espace marin.
24:51L'objectif est d'atteindre les 20%.
24:54Et tous les pays du bassin méditerranéen
24:56se sont mis d'accord pour mettre en place
24:58un véritable réseau d'air protégé.
25:06Un cargo,
25:07encore un cargo,
25:09un autre cargo.
25:10Ouh là là !
25:11Les garçons,
25:12je crois que j'aperçois une série de dangers potentiels
25:15pour la biodiversité marine.
25:17T'as raison Sabine.
25:18Et moi j'en vois d'autres
25:19dont on n'a pas encore parlé.
25:23Ah bah alors ?
25:24Et si on faisait une autre émission
25:26sur le littoral méditerranéen ?
25:28Ah ça,
25:29c'est une excellente idée.
25:30Mais pas tout de suite,
25:31tu vois,
25:32parce que là les vents sont contraires
25:33et on est partis pour une belle traversée.
25:35Allez,
25:36l'issé en haut !
25:47Eh ben,
25:48il y en a qui manquent pas d'air.
25:49Allez Marcel,
25:50on met les voiles.
25:57Vous voulez en savoir plus
25:59sur cette émission
26:00et accéder à de nombreux bonus ?
26:01Rendez-vous sur france3.fr
26:04Rubrique,
26:05c'est pas sortier.
26:06Sous-titrage Société Radio-Canada
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