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    Jean de la Fontaine - Les deux pigeons

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    Auguste_Vertu

    par Auguste_Vertu

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    Deux Pigeons s'aimaient d'amour tendre.
    L'un d'eux s'ennuyant au logis
    Fut assez fou pour entreprendre
    Un voyage en lointain pays.
    L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire ?
    Voulez-vous quitter votre frère ?
    L'absence est le plus grand des maux :
    Non pas pour vous, cruel. Au moins, que les travaux,
    Les dangers, les soins du voyage,
    Changent un peu votre courage.
    Encor si la saison s'avançait davantage !
    Attendez les zéphyrs. Qui vous presse ? Un corbeau
    Tout à l'heure annonçait malheur à quelque oiseau.
    Je ne songerai plus que rencontre funeste,
    Que Faucons, que réseaux. Hélas, dirai-je, il pleut :
    Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut,
    Bon soupé, bon gîte, et le reste ?
    Ce discours ébranla le coeur
    De notre imprudent voyageur ;
    Mais le désir de voir et l'humeur inquiète
    L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point :
    Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite ;
    Je reviendrai dans peu conter de point en point
    Mes aventures à mon frère.
    Je le désennuierai : quiconque ne voit guère
    N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint
    Vous sera d'un plaisir extrême.
    Je dirai : J'étais là ; telle chose m'avint ;
    Vous y croirez être vous-même.
    A ces mots en pleurant ils se dirent adieu.
    Le voyageur s'éloigne ; et voilà qu'un nuage
    L'oblige de chercher retraite en quelque lieu.
    Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage
    Maltraita le Pigeon en dépit du feuillage.
    L'air devenu serein, il part tout morfondu,
    Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie,
    Dans un champ à l'écart voit du blé répandu,
    Voit un pigeon auprès ; cela lui donne envie :
    Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un las,
    Les menteurs et traîtres appas.
    Le las était usé ! si bien que de son aile,
    De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin.
    Quelque plume y périt ; et le pis du destin
    Fut qu'un certain Vautour à la serre cruelle
    Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle
    Et les morceaux du las qui l'avait attrapé,
    Semblait un forçat échappé.
    Le vautour s'en allait le lier, quand des nues
    Fond à son tour un Aigle aux ailes étendues.
    Le Pigeon profita du conflit des voleurs,
    S'envola, s'abattit auprès d'une masure,
    Crut, pour ce coup, que ses malheurs
    Finiraient par cette aventure ;
    Mais un fripon d'enfant, cet âge est sans pitié,
    Prit sa fronde et, du coup, tua plus d'à moitié
    La volatile malheureuse,
    Qui, maudissant sa curiosité,
    Traînant l'aile et tirant le pié,
    Demi-morte et demi-boiteuse,
    Droit au logis s'en retourna.
    Que bien, que mal, elle arriva
    Sans autre aventure fâcheuse.
    Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger
    De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.
    Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
    Que ce soit aux rives prochaines ;
    Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,
    Toujours divers, toujours nouveau ;
    Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste ;
    J'ai quelquefois aimé ! je n'aurais pas alors
    Contre le Louvre et ses trésors,
    Contre le firmament et sa voûte...