Bourdelle, dessins de jeunesse

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Bourdelle, dessins de jeunesse
Le Broyeur de sombre
Musée Bourdelle
Du 6 mars au 7 juillet 2013
La sélection de quelque 70 dessins de jeunesse que propose le cabinet des arts graphiques du musée, esquisse un portrait de Bourdelle en « Broyeur de sombre ».

Telle est en effet la légende manuscrite que Bourdelle a portée au bas d'un autoportrait charge où il s'est représenté, sourcil crispé, armé des attributs du sculpteur, du maillet et du ciseau.
« Broyer du noir », au propre comme au figuré : l'encre noire, brune ou de Chine et le crayon graphite, complétés par le fusain, deviennent les médiums exclusifs de l'artiste en ces années difficiles. Le dialogue entre la noirceur d'esprit et la noirceur des techniques graphiques fait surgir les contours de silhouettes farouches - gibets, sorcières et démons, danses macabres, paysages létaux... Le parcours initiatique commence vers 1880, dans le caveau de l'église
Saint-Michel de Bordeaux où le jeune homme dessine à la lueur de la bougie des têtes de momies. Il s'achève dans la cave de La Closerie des Lilas où Bourdelle expose à la fin de l'année 1889, aux deux premiers Salons de la Rose+Croix en 1892 et 1893 : premiers succès de l'artiste qui s'est frayé un chemin à travers de sombres clartés.

L'exposition fait toute la lumière sur la noirceur de cette période de gestation durant laquelle le sculpteur confronte l'ambition de son « grand dessein » à la résistance du réel comme à la réalité artistique du temps. Les débuts amers sur la scène parisienne - dénuement du jeune homme déraciné à Paris... -, les feux crépusculaires du romantisme à la mort de Victor Hugo (1885), l'esprit fin-de-siècle produisant la « fleur maladive et bizarre » du symbolisme, la part d'ombre du naturalisme...Autant d'épreuves intimes, autant de références plastiques, poétiques ou littéraires que transmue
L'Œuvre au noir de Bourdelle. L'alchimie de la création opère dans l'atelier-laboratoire de Montparnasse qui est aussi le
« laboratoire étroit et mystérieux du cerveau ».

Dans les traités alchimiques, L'Œuvre au noir s'appliquait non seulement aux expériences sur la matière mais s'entendait symboliquement des épreuves de l'esprit. Dans les autoportraits de Bourdelle présentés sur les cimaises, le noir du crayon, de l'encre ou de la photographie développent en effet l'image d'une âme solitaire, en quête des plus hautes aspirations.
Une aspiration qui trouve son accomplissement dans l'identification au génie de Beethoven, à travers les portraits du compositeur que Bourdelle multiplie, comme autant de doubles. Parmi les trente-cinq dessins de Beethoven répertoriés dans l'œuvre graphique de Bourdelle, six ont été retenus pour conclure le parcours de l'exposition et la trajectoire du
« Broyeur de sombre », obscure et éblouissante à la fois.

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