Mort aux Esclaves (1,2,3)

Philippe Jonneskindt
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MORT AUX ESCLAVES (durée 34'50")
Grande-Synthe. mars/avril 2012

Les grandes entreprises externalisent de plus en plus les services non inhérents à leur propre activité. L'usine sidérurgique de Dunkerque, propriété d'Arcelor-Mittal, n'échappe pas à cette règle. C'est la société Main Sécurité, filiale d' Onet, qui a obtenu le contrat de surveillance des postes d'accès. Pour assurer sa mission Main Sécurité embauche une trentaine de salariés. Payés 1100 € net, ceux-ci enchainent, parfois durant 6 nuits d'affilée, les contrôles de ce complexe sidérurgique, classé Seveso 2.
Chaque année une négociation obligatoire sur les salaires a lieu. Quatre échecs successifs de cette négociation, portants sur une augmentation de 80 €, ont amené les salariés à entamer un mouvement de grève. Suite au blocage, le 28 février durant 2 heures des accès au site, la direction sous la pression du donneur d'ordre Arcelor-Mittal, a décidé d'agir rapidement pour éradiquer ce mouvement de contestation.
L'attente, pour les salariés mis à pied de Main-Sécurité, est longue, mais la détermination ne faiblit pas. De nombreux soutiens humains, financiers et logistiques leurs permettent de résister. Le piquet de grève situé sur un rond-point devant l'entrée principale d'Arcelor-Mittal s'organise. Un généreux commerçant leurs à prêté des caravanes, les nuits sont encore fraiches en cette saison ! Ces grévistes bénéficient également de l'appui de la population, informée par tracts, distribués lors des marchés. La municipalité de Grande-Synthe leur apporte aussi un soutien inconditionnel.
Les entretiens individuels se font à Paris. Tout en restant prudents les salariés syndiqués et leurs responsables de la CGT, pensent qu'il y a une évolution de la part de la direction de Main-Sécurité.
Brochettes, saucisses et merguez, le rond-point emblématique de la contestation des 11 salariés de Main-Sécurité a pris des allures de fête. Les barbecues remplacent les pneus incendiés régulièrement. Dans les lettres reçues par les salariés il n'y a plus de licenciement, mais des mises à pied de 3 ou 6 jours.
Victoire en demi-teinte, ressentie par tous, mais immense soulagement. Les grévistes fatigués par ce mois de lutte et d'incertitude sauvent leurs emplois, ils peuvent à nouveau envisager l'avenir, la vie ou parfois la survie. Ce conflit avait démarré par le refus d'une augmentation de salaire de 80 euros. Somme dérisoire en rapport aux 175 millions d'euros qui représente le chiffre d'affaires prévisionnel pour 2011.
Pot de terre contre pot de fer, les grèves laissent toujours des traces, sur ce rond-point festif j'ai retrouvé des anciens de la raffinerie des Flandres devenue maintenant centre de stockage et de formation, ils y travaillent toujours et sont venus manifester leur soutien, mais dans leurs regards quelque chose est cassée à moins qu’il s’agit de la nostalgie des luttes perdues.

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