Emir Kusturica - Guernica (1978)

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rikiai

par rikiai

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Film de fin d'études, Guernica (1978) de Emir Kusturica aborde l'antisémitisme vu par l'oeil d'un enfant qui apprend sa judéité au moment même où le nazisme impose aux juifs de porter en brassard l'étoile de David.
Le film est marqué par une réflexion sur l'art, le montage, la lumière et les portraits de visages, mais également l'obsession de son auteur pour les injustices absurdes et monstrueuses de la guerre, et la famille mutilée.

Si Guernica de Emir Kusturica débute par les reflets impressionnistes de l'eau, c'est peut-être qu'il réfléchit déjà le portrait à venir, cubiste, d'un monde tombé sur la tête, déchiré par une logique à l'envers (comme dans les films à venir du cinéaste) et basé sur la liquidation, la liquéfaction, le tremblement sinistre, la déraison funèbre, le voile de la mort.
Il préfigure aussi la question du reflet miroir, du double, figure esthétique centrale d'un film construit en cercle autour de l'origine du jour et de la nuit, de la lumière et de l'ombre, de la vie et de la mort.

Mais ce n'est pas tant ici le lien dichotomique entre le bien et le mal que le cinéaste s'efforce à désigner, mais plutôt l'éternelle et cruelle inégalité existant entre les faces du monde, une bénéficiant du soleil pendant que l'autre est plongée dans les ténèbres, sous un linceul.
A l'instar de The Burning de Stephen Frears, Guernica réfléchit les contraires, l'éclatement en morceaux et les humiliations totalitaires.
Mais le cinéaste slave va probablement plus loin encore dans la représentation du portrait familial juif implosé, en se concentrant sur les visages tour à tour encadrés, emprisonnés, dans les bords de fenêtres et de portes, mesurés et humiliés par les médecins nazis, ou encore rognés de leur nez, découpés, collés et montés en photographie par le jeune garçon.
Le cinéaste revient sur les visages en bronze d'un musée comme l'enfant revient lui aussi observer le Guernica de Picasso et ses visages mutilés.
Visages qui nous observent autant que nous les observons.

Si Emir Kusturica s'interroge sur la représentation du monde, de la guerre et du visage, il mêle surtout Art et Histoire à chaque instant.
Le père de l'enfant cite Picasso, celui-ci affirmant que son Guernica existait avant tout parce que les fascistes existaient et massacraient.
On ne saurait mieux résumer au fond l'approche artistique de Emir Kusturica de la fin des années 70 jusqu'à aujourd'hui: ses films sur la guerre et ses conséquences ont au moins autant pour auteur Emir Kusturica que l'Histoire elle-même et ses folies.
Les films du cinéaste ne pourraient-ils d'ailleurs pas tous avoir pour titre Guernica ?
Ainsi, la question ethnique (l'âme, la langue, la musique ethniques) posée dans ce court-métrage est présente également dans son téléfilm Buffet Titanic en 1979, puis dans tous les films suivants du metteur en scène, notamment Le Temps des Gitans (1988), Underground (1995) et La Vie est un miracle (2004).

2 commentaires

Condensé collé et découpé de photographies représentant des têtes, album d'une famille juive éclatée, massacrée puis reconstituée par la main d'un jeune garçon.
L'oeil central du collage, en survol au-dessus des têtes, est au moins autant celui de l'enfant dont l'éveil à la cruauté du monde a débuté, que l'oeil attentif du cinéaste.
Mais aussi, sans douter, l'oeil des spectateurs complices de Guernica.
Par rikiai il y a 2 ans
Mais au fond, nous revenons toujours avec Emir Kusturica à une esthétique basée sur la multitude ethnique et le visage ethnique.
Dans son court métrage Guernica , le film s'ouvre sur un père qui photographie son fils jouant dans le jardin.
Et il ne s'agit pas de n'importe quel jeu d'enfant: le garçon place sa tête au-dessus d'un buste sculpté sans tête, puis encore dans la spirale noire d'une autre sculpture.
Où garder sa tête dans ce monde en effet ?
Comment la conserver, la cacher et comment supplanter les corps sans tête, guillotinés par le temps ou l'Histoire ?
Cette scène d'ouverture trouvera un écho dans le tout dernier fragment filmique : le photomontage créé par l'enfant.
Condensé collé et découpé de photographies représentant des têtes, album d'une famille juive éclatée, massacrée puis reconstituée par la main d'un jeune garçon.
L'oeil central du collage, en survol au-dessus des têtes, est au moins autant celui de l'enfant dont l'éveil à la cruauté du monde a débuté, qu
Par rikiai il y a 2 ans