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    Victor Hugo - Nos morts

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    Auguste_Vertu

    par Auguste_Vertu

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    Ils gisent dans le champ terrible et solitaire.
    Leur sang fait une mare affreuse sur la terre ;
    Les vautours monstrueux fouillent leur ventre ouvert ;
    Leurs corps farouches, froids, épars sur le pré vert,
    Effroyables, tordus, noirs, ont toutes les formes
    Que le tonnerre donne aux foudroyés énormes ;
    Leur crâne est à la pierre aveugle ressemblant ;
    La neige les modèle avec son linceul blanc ;
    On dirait que leur main lugubre, âpre et crispée,
    Tâche encor de chasser quelqu'un à coups d'épée ;
    Ils n'ont pas de parole, ils n'ont pas de regard ;
    Sur l'immobilité de leur sommeil hagard
    Les nuits passent ; ils ont plus de chocs et de plaies
    Que les suppliciés promenés sur des claies ;
    Sous eux rampent le ver, la larve et la fourmi ;
    Ils s'enfoncent déjà dans la terre à demi
    Comme dans l'eau profonde un navire qui sombre ;
    Leurs pâles os, couverts de pourriture et d'ombre,
    Sont comme ceux auxquels Ézéchiel parlait ;
    On voit partout sur eux l'affreux coup du boulet,
    La balafre du sabre et le trou de la lance ;
    Le vaste vent glacé souffle sur ce silence ;
    Ils sont nus et sanglants sous le ciel pluvieux.

    Ô morts pour mon pays, je suis votre envieux.