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    Robert Bataille, A maman

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    Auguste_Vertu

    par Auguste_Vertu

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    A maman
    (Devant son portrait)

    Non, je ne veux pas que tu pleures,
    Que tu sentes sur toi peser les lourdes heures
    Qui te séparent de l’absent.
    Je sens bien, par moi-même, hélas ! ce qu’on ressent,
    Mais je ne veux pas que tu pleures.

    Non, je ne veux pas que tu pleures,
    Car il faut avant tout penser à ces demeures
    D’où les enfants sont tous partis.
    Aux malheurs de plus malheureux, tu compatis,
    Mais je ne veux pas que tu pleures.

    Je sais que tu ne peux sourire,
    Que ton âme, toujours, garde pour point de mire
    Les horizons ensanglantés.
    Et malgré leurs carmins et leurs fauves beautés.
    Je sais qui tu ne peux sourire.

    Je sais que tu ne peux sourire,
    Que ton cœur, malgré toi, s’est surpris à maudire
    Le vil troupeau d’envahisseurs,
    Et quoique tu sois loin des teutons ravisseurs,
    Je sais que tu ne peux sourire.

    Mais les mamans versent des larmes
    Et personne n’entend le glas de leurs alarmes,
    Car leurs enfants sont vigoureux.
    Ils ont la force et l’insouciance pour eux,
    Et les mamans n’ont que leurs larmes.

    Et les mamans versent des larmes,
    Malgré leur désespoir, s’entrechoquent les armes,
    Les canons restent rugissants.
    Mais vainqueurs et vaincus, soudains sont impuissants
    Quand les mamans n’ont plus de larmes.

    Robert Bataille,
    Un poilu de la classe 1914