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    RIMBAUD, Arthur - Soleil et chair I.

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    Gilles-Claude Thériault

    par Gilles-Claude Thériault

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    "Soleil et chair" est une poésie de la séduction
    adressée au maître du Parnasse Théodore de Banville.
    Rimbaud n’a pas encore 16 ans.
    http://www.azurs.net/arthur-rimbaud/rimbaud_correspondance_1.htm

    Le titre initial du poème était « Credo in unam »,
    "Je crois en une seule", sous entendue déesse,
    forme détournée du credo catholique
    « Credo in unum Deum (Je crois en un seul Dieu) ».

    Rimbaud utilise donc toute la force de séduction de la mythologie,
    réservoir d'images et de récits du merveilleux
    dans lequel les parnassiens puiseront abondamment,
    pour faire passer un message de fraternité entre les hommes,
    au retour possible à un monde idyllique
    en nous invitant à écouter la nature et à en retirer des leçons.

    Poème écrit comme une symphonie, en quatre mouvements.

    I

    Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
    Verse l'amour brûlant à la terre ravie,
    Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
    Que la terre est nubile et déborde de sang ;
    Que son immense sein, soulevé par une âme,
    Est d'amour comme Dieu, de chair comme la femme,
    Et qu'il renferme, gros de sève et de rayons,
    Le grand fourmillement de tous les embryons !

    Et tout croît, et tout monte !

    - Ô Vénus, ô Déesse !
    Je regrette les temps de l'antique jeunesse,
    Des satyres lascifs, des faunes animaux,
    Dieux qui mordaient d'amour l'écorce des rameaux
    Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde !
    Je regrette les temps où la sève du monde,
    L'eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
    Dans les veines de Pan mettaient un univers !
    Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ;
    Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
    Modulait sous le ciel le grand hymne d'amour ;
    Où, debout sur la plaine, il entendait autour
    Répondre à son appel la Nature vivante ;
    Où les arbres muets, berçant l'oiseau qui chante,
    La terre berçant l'homme, et tout l'Océan bleu
    Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !
    Je regrette les temps de la grande Cybèle
    Qu'on disait parcourir, gigantesquement belle,
    Sur un grand char d'airain, les splendides cités ;
    Son double sein versait dans les immensités
    Le pur ruissellement de la vie infinie.
    L'Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie,
    Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.
    - Parce qu'il était fort, l'Homme était chaste et doux.

    Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
    Et va, les yeux fermés et les oreilles closes.
    Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l'Homme est Roi,
    L'Homme est Dieu ! Mais l'Amour, voilà la grande Foi !
    Oh ! si l'homme puisait encore à ta mamelle,
    Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ;
    S'il n'avait pas laissé l'immortelle Astarté
    Qui jadis, émergeant dans l'immense clarté
    Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
    Montra son nombril rose où vint neiger l'écume,
    Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs,
    Le rossignol aux bois et l'amour dans les cœurs !

    Illustration :
    ‘Vénus Astarté’ d’Émile Bin.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Bin