Encore un sommet européen à hauts risques

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Les dirigeants européens se retrouvent à Bruxelles aujourd’hui et vendredi pour trouver des réponses fermes à la contagion de la crise de la dette qui gagne l'Espagne et l'Italie. La question de la mutualisation de cette dette divise toujours la France et l'Allemagne. En revanche, l'idée d'une union bancaire fait son chemin.

Kathia Gilder

Les Européens ont entamé jeudi un sommet de deux jours pour tenter de faire avancer leur intégration économique afin de sauver l'euro, mais aussi pour s'entendre sur des mesures d'urgence afin d'aider les pays les plus fragiles de l'union monétaire.

Les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 ont commencé leurs travaux peu avant 13H30 GMT à Bruxelles. "Nous allons adopter des mesures importantes pour la croissance et l'emploi", a déclaré le président de l'UE, Herman Van Rompuy, en ouvrant les travaux, soulignant que les Européens sont "inquiets pour le présent et anxieux pour l'avenir".

Dès son arrivée, le président français François Hollande a appelé à "des solutions très rapides pour soutenir les pays en difficulté sur les marchés alors même qu'ils ont fait des efforts considérables", faisant allusion à l'Espagne et à l'Italie.

La crise a franchi un nouveau palier cette semaine, quand l'Espagne et Chypre sont devenus les quatrième et cinquième pays de l'Union monétaire à demander une aide financière, après la Grèce, l'Irlande et le Portugal. Le Fonds monétaire international a annoncé jeudi l'envoi la semaine prochaine de missions à Athènes et Nicosie.

"L'Italie, l'Espagne, la Grèce, Chypre, le Portugal sont en très grandes difficultés. Si nous ne les aidons pas, il y a aura un effet domino pour toute l'Europe, nous devons prendre des mesures d'urgence", a mis en garde le Premier ministre belge Elio Di Rupo.

"Nous devons résoudre le problème de la soutenabilité de la dette, car tout cela est inutile si nous sommes incapables de nous financer nous-mêmes" sur les marchés, a plaidé son homologue espagnol Mariano Rajoy. Madrid voit ses taux d'emprunt flirter avec les 7%, un niveau insoutenable dans la durée.

L'Italie craint elle aussi d'être emportée dans la tourmente et voit ses taux grimper depuis plusieurs semaines. Ceux des titres à 10 ans se sont inscrits à 6,19% lors d'une émission obligataire jeudi matin.

Les écarts de taux augmentent parce que "les marchés ont des doutes sur la survie de la zone euro", soulignait jeudi une source diplomatique.

Le chef du gouvernement italien Mario Monti s'était dit cette semaine "prêt à travailler jusqu'à dimanche soir si nécessaire" de façon à préparer avant l'ouverture des marchés financiers un ensemble de solutions convaincantes.

L'idée est de persuader la chancelière allemande Angela Merkel, à la tête de la première économie de la zone euro, d'accepter des solutions de court terme pour faire baisser la pression sur les marchés.

Parmi les mesures envisagées, activer le Fonds de secours de la zone euro (FESF) pour qu'il achète de la dette d'Etat. Une autre solution avancée par l'Italie serait de doter le Fonds de secours d'une licence bancaire, pour qu'il puisse emprunter auprès de la BCE, ce que l'Allemagne refuse.

Berlin a confirmé jeudi son opposition à ce que les fonds de secours européens aident directement les banques à se recapitaliser tant que la surveillance financière restera au niveau national.

Selon une source diplomatique européenne, "l'Allemagne bloque pour deux raisons: elle estime que rien ne sera jamais suffisant pour calmer les marchés et que les Etats ne réforment que sous pression".

Le Premier ministre finlandais, Jyrki Katainen, a avancé jeudi une proposition pour que les pays de la zone euro qui subissent la pression des marchés émettent des obligations sécurisées, généralement réservées aux établissements financiers, afin de bénéficier de taux moins élevés.

Ces questions devraient être principalement abordées vendredi, lors du déjeuner réservé aux seuls dirigeants de la zone euro. Mais M. Monti aura fort à faire pour convaincre une Allemagne inflexible.

La confrontation entre Berlin et Rome se déplacera dès jeudi soir sur le terrain sportif avec la demi-finale de l'Euro de football entre les deux pays, qui pourrait inciter les dirigeants européens à faire une pause.

Les 27 devraient aussi adopter un pacte pour la croissance et l'emploi, qui prévoit de consacrer 1% du budget européen, soit 120 à 130 milliards d'euros, à des projets d'investissements d'avenir.

L'adoption de ce pacte enverra un "signal important, avec le pacte budgétaire, que nous avons besoin de budgets solides mais aussi, comme l'autre revers de la médaille, de croissance et d'emplois", a souligné Mme Merkel.

Les dirigeants européens examineront aussi les propositions de M. Van Rompuy, pour approfondir l'union monétaire et budgétaire, en commençant par dessiner les contours d'une union bancaire comportant une supervision renforcée. Un projet qui devrait prendre plusieurs années.

Ce sommet est le 19e depuis le début de la crise grecque. "Les gens sont frustrés de voir qu'il continue d'y avoir des sommets et que trop peu de décisions soient prises", a déclaré le Premier ministre britannique David Cameron. "Les pays de la zone euro doivent prendre des décisions difficiles, et nous devons les encourager à aller de l'avant".
( AFP)

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