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    neige d'anjou

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    Lucien lesagaudier

    par Lucien lesagaudier

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    En Anjou la neige est rare mais vive. Elle irrite d'abord le paysage, salit la verdure, étend de la boue près du moindre affleurement d'eau. Elle est une intruse maladroite qui peine à s'accrocher aux herbes courtes et aux branches lisses. Loin de la douceur molle des plumes, elle se diffuse en infimes granules aigres, insistantes, criblant tout comme des grains de sel. Elle rappelle la grêle dont elle a les jets précipités dans les enroulements du vents d'ouest. Elle s'adoucit quand même en s'essoufflant, s'amollit autour des dentelles qu'elle a éparpillées à la hâte. C'est un voile de tulle maintenant qu'elle étire sur le paysage et qu'elle agace encore de mille doigts fins. Elle le retrousse, le plisse, le pique et déchire ici, l'épaissit là de festons blancs soulignés d'ombre. La voilà soudain à nouveau preste, plus voletante, plus fourmillante, empressée partout dans la campagne qu'elle a fait taire, figeant le dernier chant d'oiseau. Les chênes, les saules, les frênes croisent et décroisent en oblique de fines barrettes ivoire doublées de gris rose autour desquelles la neige s'amuse. Les coulées d'herbe verdissent à peine comme la chair des pommes acides. La terre brune des chemins se carmine sous un mince brouillard. Les arbres des lointains se fondent dans la couleur du ciel neigeux, tantôt le pénétrant en ondoyant avec un vacillement de flamme, tantôt se terrant, roulés en boule comme sous la soyeuse fourrure d'un chat. Les flocons s'arrondissent, cadencent leurs glissades, grumellent l'épaisseur de l'air, tamponnant de lait coteaux et ravines. Et les verts amande, tilleul ou pomme, les gris jaunes ou roses, les bleus des toits d'ardoises ou des premières jacinthes pâlissent de volupté sous les attouchements blancs. Les flocons s'alourdissent encore et tombent soudain comme la pluie. C'est elle en effet venue brusquement laver toutes les profondeurs de la campagne. ...