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    Château Haut-brion

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    par VININEWS.COM

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    Une fois n’est pas coutume, le célèbre château Haut-Brion n’est pas le premier à vendanger les blancs en 2006. Sur ses parcelles prestigieuses en croupe graveleuse, comme à Laville Haut-Brion, tout doit être savamment cueilli, choisi, calibré pour ne rentrer que le nec plus ultra au cuvier. En bon pédagogue qu’il est, Pascal BARATIE, chef de culture des Domaines Clarence DILLON – qui regroupent les crus classés Haut-Brion (rouge et blanc), La Mission Haut-Brion (rouge), La Tour Haut-Brion (rouge) et Laville Haut-Brion (en blanc) - nous fait vivre, explications à la clé, les coulisses d’une récolte sur sauvignon gris : une particularité de la propriété exploitée depuis 7 ans.

    Des raisins à scruter sous toutes les coutures
    En ce mercredi 30 août, une accalmie météo, après les bruines des jours précédents, semble poindre le bout de son nez laissant un répit à la petite troupe de vendangeurs s’affairant depuis mardi à Haut-Brion. Après avoir attaqué la veille une petite parcelle en blanc d’Haut-Brion sur les sauvignons les plus dorés et sains – le cru compte 2,8 ha de blancs pour un total en blanc de 6,4 ha –, c’est autour des 20 ares de sauvignon gris de recevoir tous les soins particuliers. Des attentions de tous instants dans un millésime qui semble pour les blancs, être à ce stade de la récolte, un « millésime de vignerons » comme il est coutume de le qualifier lorsque la météo et l’état sanitaire des raisins peuvent imposer des choix drastiques. Selon Pascal BARATIE « le grand danger, c’est la pourriture aigre, le goût de vinaigre que donnent les baies attaquées par les moucherons. Il importe que les vendangeurs à la vigne sachent distinguer, au sein d’une grappe, les bonnes baies des mauvaises. » Et de poursuivre « lorsque le raisin est à maturité et que sa peau est très fine » - comme ce sauvignon gris planté en 1996 et utilisé dans les assemblages depuis 1999 – « il y a un risque de dégradation rapide des pellicules selon le temps : il est humide depuis ces derniers jours ». D’où l’importance, et ce rapidement, de ne rentrer au cuvier que des baies saines au risque de contaminer tout un lot. Une politique qualitative adoptée depuis très longtemps – une évidence même – lorsque l’on est un cru classé, prestigieux de surcroît, qui ne laisse jamais le hasard s’installer à ce stade de l’élaboration des vins.

    Dans quelle étiquette ?
    Tous les amateurs fidèles des vins produits par les Domaines Clarence DILLON (1) savent que les croupes graveleuses - les graves les plus anciennes du Bordelais - à l’identité unique produisent ici des blancs d’une profondeur aromatique. Haut-Brion blanc, Laville Haut-Brion, des vins blancs dans la plus pure tradition des vins de Graves et qui ont de quoi décrisper les papilles gustatives les plus récalcitrantes en mal de singularité.
    S’agissant de ces sauvignons gris ramassés en une seule fois et acheminés au cuvier d’Haut-Brion par camion frigorifique, ils sont incorporés d’ordinaire au vin blanc d’Haut-Brion et de Laville Haut-Brion amenant une expression aromatique tout en finesse. Le millésime 2006, dont les vendanges débutent sous un ciel menaçant à ce jour, en fera peut-être un usage de première étiquette, à défaut celle des Plantiers du Haut-Brion : vin constitué des lots qui « ne méritent pas » d’être intégrés dans le Haut-Brion blanc ni dans le Laville Haut-Brion blanc. Un choix technique, qualitatif, stratégique mais finalement déterminant laissé au bon vouloir d’une décision collégiale entre Jean-Philippe DELMAS (directeur des Domaines Clarence DILLON), Jean-Philippe MASCLEF (le maître de chai) et Pascal BARATIE.

    Vigilance, oui ! céder à la panique, non !
    Que cette campagne de vendanges 2006 débute pour les blancs sous un ciel menaçant – dont on ne sait s’il va perdurer les prochains jours – inciterait à céder à la panique. A Haut-Brion, comme ailleurs, on est conscient des risques pour les raisins blancs aux portes de la maturité, selon les variétés et les parcelles. Mais après tout, les prélèvements réguliers à la vigne, les tests gustatifs sur pieds, les analyses et l’expérience des millésimes antérieurs – car c’est là que se joue souvent la différence d’une propriété à l’autre – prouvent que tout paramètre peut-être maîtrisé si on agit à temps. C’est là tout le problème et la difficulté légendaire des vendanges : la bonne date de récolte. Un dilemme renforcé lorsque le mauvais temps s’invite et joue les trouble-fête. « On est un peu inquiet de ramasser avec un ciel aussi instable car on voudrait que le raisin aille jusqu’au bout de ses possibilités même si ce que l’on rentre depuis deux jours montre que l’on peut mieux faire qualitativement qu’en 2005 » explique Jean-Philippe MASCLEF, le maître de chai. C’est vrai, il est un peu tôt, à ce stade, pour se prononcer sur l’issu de ces vendanges. Il ajoute « l’anticyclone de ce mercredi, s’il persiste, laisse quelques espoirs d’attendre encore un peu pour reprendre vendredi pour les sauvignons… » Et de conclure « c’est la vigilance qui nous guide avec un tri à la parcelle des plus exigeants ». Il est certain que 2006 ne ressemble en rien au millésime « chaise longue » que fût 2005 où le stress des vignerons était aux abonné-absents et où le raisin mûrissait lentement et sûrement : scénario idéal en viticulture.

    Vers des vendanges plus sereines pour la suite
    Selon les dates de maturité, les Domaines Clarence DILLON devraient poursuivre la récolte des sauvignons jeudi et vendredi. La semaine prochaine, ce serait alors au tour des sémillons - cépage de maturité plus tardive que le sauvignon et aux peaux plus épaisses et tenant plus facilement en cas de mauvais temps – d’être ramassés. Si le beau temps revient et que tous les espoirs de vinifier des blancs aussi dignes - sinon supérieurs au millésime précédent - est bien réel, l’équipe d’Haut-Brion devrait attaquer les parcelles de vieux merlots pour terminer mi-octobre par les cabernets. A suivre !


    Le saviez-vous ?
    Le prestigieux château Haut-Brion, cru classé de Graves (rouge et blanc) en appellation Pessac-Léognan, a été classé deux fois Premier cru classé de 1855 : une fois en 1855, l’autre en 1973. Le seul aussi, avec le non moins célébrissime château d’Yquem, à avoir été admis dans ce même classement médocain sans être lui-même sur l’aire géographique du Médoc.
    Ce château est le premier, dans l’histoire des domaines viticoles, à instaurer le concept et la notion de « Cru » comme propriété viticole à aire géographique délimitée de production, à élever et à mettre en bouteille directement à la propriété. A la pointe de l’innovation – le premier à accueillir dans les années 60 des cuves inox révolutionnaires sous les recommandations du professeur Emile PEYNAUD – mais garant d’une tradition du vin basée sur l’excellence, Haut-Brion reste l’un des crus les plus cotés dans le cercle restreint des grandes bouteilles du monde. Le plus diplomate aussi puisqu’il incarne dès 1935 (2), grâce à son charismatique propriétaire américain Clarence DILLON, le trait d’union diplomatique entre le Nouveau Monde (les USA) et la vieille Europe (la France).


    (1) Domaine Clarence DILLON SA est propriétaire de quatre crus déclinés en 8 étiquettes distinctes :
    Haut-Brion rouge, Haut-Brion blanc, second vin Bahans Haut-Brion (rouge et blanc), La Mission Haut-Brion (rouge), second vin La Chapelle de la Mission Haut-Brion (rouge), La Tour Haut-Brion (rouge), Laville Haut-Brion (blanc), Les Plantiers du Haut-Brion. Depuis 2003, Domaine Clarence DILLON SA s’est doté d’une structure de négoce Clarence DILLON Wines mettant sa marque-négoce haut de gamme, Clarendelle et l’Esprit Haut-Brion.
    (2) C’est le 13 mai 1935 exactement que Clarence DILLON achète à André GIBERT pour 2 300 000 francs - car il était son vin préféré et disposait de terres pour l’équitation et la chasse – le château Haut-Brion. C’est son fils, C. Douglas DILLON, Ambassadeur des Etats-Unis en France (1953 à 1957) puis secrétaire d'Etat au Trésor sous les présidences de J.F. Kennedy et de Johnson de (1960 à 1965) qui amplifiera l’envergure diplomatique des vins d’Haut-Brion.
    Aujourd’hui, Joan DILLON, Duchesse de Mouchy (petite fille de Clarence DILLON), Présidente Directrice Générale de Domaine Clarence DILLON SA préside aux destinées, avec ses enfants - Son Altesse Royale le prince Robert et Son Altesse Royale la princesse Charlotte - du groupe.
    En savoir plus sur l’histoire de ce cru prestigieux
    Château Haut-Brion
    Clarence DILLON Wines


    Crédits sujet:
    Images: Philippe SIMON
    Interview audiovisuelle: Frédéric LOT
    Article : F.LOT