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    Le jeu de Charles Baudelaire

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    Auguste_Vertu

    par Auguste_Vertu

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    Dans des fauteuils fanés des courtisanes vieilles,
    Pâles, le sourcil peint, l'œil câlin et fatal,
    Minaudant, et faisant de leurs maigres oreilles
    Tomber un cliquetis de pierre et de métal ;

    Autour des verts tapis des visages sans lèvre,
    Des lèvres sans couleur, des mâchoires sans dent,
    Et des doigts convulsés d'une infernale fièvre,
    Fouillant la poche vide ou le sein palpitant;

    Sous de sales plafonds un rang de pâles lustres
    Et d'énormes quinquets projetant leurs lueurs
    Sur des fronts ténébreux de poètes illustres
    Qui viennent gaspiller leurs sanglantes sueurs

    Voilà le noir tableau qu'en un rêve nocturne
    Je vis se dérouler sous mon œil clairvoyant.
    Moi-même, dans un coin de l'antre taciturne,
    Je me vis accoudé, froid, muet, enviant,

    Enviant de ces gens la passion tenace,
    De ces vieilles putains la funèbre gaieté,
    Et tous gaillardement trafiquant à ma face,
    L'un de son vieil honneur, l'autre de sa beauté !

    ...