Alain Garrigue: Broken Brooklyn

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Alain Garrigue a loué un atelier à New York, entre 2007 et 2009. L’exposition à l’Espace Bellegarde présente les travaux réalisés à Brooklyn durant cette période. Une série de toiles ainsi qu’un récit, « Broken Brooklyn », sorte de journal de travail halluciné ponctué de photographies restituent sa vision kaléidoscopique de la Grande Pomme : « Rues où je déambule.

New York semble constituée d’une matière dont l’émergence aurait déterminé soudain son existence. La ville entière est du bruit solidifié. Certaines villes sont plates, hautes, froides, distantes, échevelées, d’autres sont moussues ou au contraire minérales ; New York est, dans sa structure même, du pur boucan. Les rues sont un appel. Autant d’immeubles, autant de cris. Des strates de hurlements superposés qui, au final, emplissent l’air en cristallisant immédiatement, comme un béton à prise rapide. Chaque coup de klaxon ajoute une brique et tous les dix coups la stridence flottante d’une sirène de flics ou d’ambulance vient déposer tout un étage supplémentaire de ciment et de fer. D’un claquement sec, d’une brève interjection lancée contre un mur, se plantent rivets et clous, s’insèrent profond boulons et poutrelles IPN. Tous hurlent plus haut, plus fort ; les piaillements s’enchevêtrent les uns aux autres et de cette anarchie de sons trop saturés naît une architecture du bruit. Une géométrie de l’écho .(…) Tout coule, gronde, stridule, malaxe, vocifère, déverse, crie et s’encastre.

Je viens de peindre un petit tableau que j’appelle : « Brooklyn Desiderata ».
Il est six heures du matin. Je me prépare un café et je monte le siroter sur le toit, les « Lettres intimes » de Stendhal dans la poche, face au pont de Williamsburg. »

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