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    Quel mérite à être polytechnicien quand papa l’est déjà ?

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    Olivier Ihl

    par Olivier Ihl

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    France Culture. Du grain à moudre
    Prod. Julie Clarini et Brice Couturier

    émission du mardi 22 septembre 2009

    Moins d’1% des enfants d’ouvriers et moins de 4% des enfants d’employés accèdent aux grandes écoles. Ce petit contingent a bien du mérite. Mais de quel droit dirions-nous qu’il en a plus que les fils de polytechnicien, et le gros des troupes, issu de classes moyennes et supérieures ? Tous reçus, ils sont à égalité de compétences, et jusqu’à présent, on n’a rien imaginé de plus juste, de moins contestable, que le concours républicain.
    Mais ces interrogations sur nos grandes écoles, récurrentes depuis plusieurs années, révèlent bien un malaise : que valent-ils ces lieux de formation s’ils ne sont que des machines à reproduire les élites ? Se peut-il que le mérite soit une qualité qui s’hérite ? Ce serait contradictoire avec l’idée même que l’on s’en fait, depuis la Révolution : avant 89, le mérite dépendait de ce qu'on était. Depuis, il résulte de ce qu'on a fait.
    Le mérite est même la seule dose d’inégalité que la République tolère, celle qui est légitime parce qu’elle a à voir avec les compétences de chacun. Mais la passion égalitaire qui anime les Français, comme l’avait très bien analysé Marc Lazar, les amène à entretenir un rapport toujours suspicieux avec la notion.
    Si bien qu’on n’en a toujours pas décidé : voulons-nous une société des égaux ou une société des émules ?

    Invités

    Yves Michaud. Membre de l’Institut Universitaire de France
    Spécialiste de philosophie politique et du monde contemporain
    Dirige depuis 2000 L’Université des tous les savoirs

    Olivier Ihl. Professeur à l’Institut d’études politiques de Grenoble

    Patrick Savidan. Philosophie morale et politique à l'Université de Poitiers.
    Président de l'Observatoire des inégalités