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    Masters of Photography : Joan Colom

    Brownsugar18

    par Brownsugar18

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    Joan Colom

    C’est en 1958, dans le Raval, ou Barrio Chino, quartier pauvre et animé de Barcelone, que Joan Colom s’est découvert une vocation pour la photographie. Il y a des œuvres qui attendent leur auteur, comme des spectacles leurs spectateurs : immédiatement fasciné par cette cour des maigres miracles et des miracles ventripotents, Joan Colom s’y immerge trois ans durant, à engendrer les clichés les plus réalistes et les plus expressifs de ce quartier maudit, de sa faune misérable et fière, de ses fortes prostituées et de ses petits loqueteux aux sourcils sérieux. Quarante plus tard, exposé pour la première fois en France, avec de magnifiques épreuves d’origine, le travail de Joan Colom sur « les Gens du Raval » nous montre une humanité généreuse en sentiments comme ses grosses fesses féminines en chair, concentrée dans les sombres ruelles interdites de l’Espagne franquiste.[...

    ...] Inscrit dans la verticalité vitaliste des hauts immeubles, de leur linge qui pend, ou des talons fins sur lesquels les puissants popotins s’élèvent au-dessus de la saleté des pavés, l’art photographique, réaliste, et jamais misérabiliste, de Joan Colom place au premier plan l’incontournable désir, qui couvre, tout en la stigmatisant, la misère du quartier : des rapports intenses, parfois ironiques, sont instantanément créés par les décalages des personnages, par des cadrages qui tranchent dans la grisaille, et par des plans souvent gros, imposant la confrontation, le contact, la rencontre physique, comme dans ces ruelles où il n’est pas de place pour la distance. Souvent comparé à Brassaï dans Paris, Joan Colom dans Barcelone partageait avec Henri Cartier-Bresson ce jeu de mots, qu’il illustre non moins magistralement : « je fais le trottoir »…

    source : Nicolas Cavaillès