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    Stefan Liberski - Bunker paradise

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    Cinergie Cinergie.be

    par Cinergie Cinergie.be

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    Cette injonction paternelle, dans le film, est tout à fait terrifiante. Dire à son fils "J'aurais voulu que tu n'existes pas" est un véritable crime, non ?

    S. L. : Quand on dit cela à son fils, c’est qu’on ne lui a pas permis de naître, en effet. Et, John Deveau est d’une certaine manière quelqu'un qui n'est pas né. Il est construit sur du néant, un néant dont il serait une sorte de Prince. Car il est d’une intelligence diabolique. Et s’il est attirant, c’est que le vide est toujours fascinant. Le nihiliste exerce toujours une séduction fatale sur son entourage. John Deveau ne fait rien, sinon parler. Il est totalement écrasé, mais il parle. En réalité, il porte un regard extrêmement lucide sur son propre milieu. C’est cette lucidité, cette étrange et ultime forme de liberté, qui lui donne au fond sa dimension tragique. C'est "Antigone au tombeau" ! (rires)
    Lui n'a jamais accédé à la vie, il n'est jamais sorti de son bunker. Quand il monte quelque scénario pervers (avec des acolytes) c’est pour tenter d’avoir accès à un ressentir quelconque. Ou pour vérifier qu’il ne ressent rien. (J’allais dire « hélas ! », mais c’est justement ce à quoi il n’a pas accès : cet « hélas ! »). Au-delà de ça, je crois que cette injonction de l’époque à jouir tout le temps, cette promotion faite à l'avoir contre l'être, mène forcement à la perversion. De la conjugalité déliquescente à la délocalisation des entreprises, je vois, moi, toujours la même chose à l'œuvre : une manière perverse de considérer l'autre humain comme un objet qu’on peut jeter une fois qu’il est usagé.
    http://www.cinergie.be/entrevue.php?action=display&id=234