Festival du film de Sarajevo : tête de pont du cinéma des Balkans

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Outre le centenaire du déclenchement de la Première guerre mondiale, Sarajevo célèbre cette année le vingtième anniversaire de son festival du film : un rendez-vous culturel qui a vu le jour en pleine guerre intercommunautaire, comme un acte de résistance.

Aujourd’hui, le festival de Sarajevo se veut la tête de pont du cinéma des Balkans. 247 films issus de 60 pays y ont été présentés et en marge des projections, des centaines de professionnels sont venus dénicher les pépites de la région.

“La région est riche d’une nouvelle génération talentueuse qui aborde de nouvelles thématiques. Et je pense que, petit à petit, cela permet de mettre la guerre derrière nous, en particulier en ex-Yougoslavie. Les films parlent davantage de cette période de transition, de problèmes familiaux, et des défis qui attendent la nouvelle génération”, estime Mirsad Purivatra, le directeur du festival.

Parmi les invités surprises : la photographe Annie Leibovitz.
Elle revenait pour la première fois à Sarajevo depuis les années 1990, elle qui était venue documenter la guerre.

Sa photo d’une bicyclette ensanglantée avait, notamment, fait le tour du monde à l‘époque.

“Il y a tant d‘énergie qui converge ici, à Sarajevo. Vous savez quel était le visage de Sarajevo après la guerre. Aujourd’hui, les fleurs ressortent, l’herbe redevient verte. La ville revit, c’est une sensation très différente. A l‘époque, la ville était vivante…mais d’un point de vue héroïque. C’est un privilège d‘être là”, explique l’artiste américaine.

Côté palmarès, c’est un film turc qui a ravi le “cœur de Sarajevo” (le nom de la distinction remise lors de ce festival) : “Song of my mother”, “la chanson de ma mère”, réalisé par Erol Mintas, qui signe son premier long-métrage.

“Ce film parle d’une famille kurde qui vit en Turquie. On a essayé de montrer ce qu’ont enduré les Kurdes ces dernières années pour que cela ne se reproduise plus”, indique Erol Mintas, le réalisateur.

Le long métrage plonge dans l’intimité d’une famille de réfugiés kurdes, installée dans la banlieue d’Istanbul.

Le film a été récompensé une deuxième fois avec le prix du meilleur acteur, décerné à Feyyaz Duman. Il incarne un instituteur qui vit toujours avec sa mère.

“Vous savez, la langue kurde n’est pas une langue enseignée à l‘école. Donc, c‘était un peu dur de travailler le texte. Si vous voulez travailler en kurde, il faut vraiment maîtriser la langue à un niveau professionnel. C’est la première fois que je devais me pencher sur un texte académique en kurde. Mais, vu qu’ils nous ont récompensés, je crois qu’on a fait du bon travail”, estime Feyyaz Duman.

Le prix spécial du jury est revenu à la géorgienne Tinatin Karjrishvili pour “Brides” – “Les Mariées” – qui obtient aussi le prix de la meilleure actrice grâce à la performance de Mari Kitia.

Le film traite des relations de couple de femmes dont le mari est emprisonné.

“Ce film est basé sur mon expérience personnelle et c’est très difficile de faire un film sur sa propre vie. Mon mari a passé six ans en prison”, explique Tinatin Kajrishvili.

La réalisatrice Una Gunjak – qui est née à Sarajevo – a remporté le prix du meilleur court-métrage pour “The Chicken”, “Le poulet”.

Elle a tenu à associer à ce succès sa jeune comédienne Iman Alibalic. La petite fille joue le rôle de Selma, à qui on offre une poulet pour son anniversaire. Mais la scène se passe en temps de guerre. Fuguant pour empêcher son animal de finir dans une assiette, elle met involontairement sa mère en danger, dans la ligne de mire des snipers.

Cette année neuf longs métrages étaient en compétition officielle et le jury présidé par le réalisateur hongrois Bela Tarr.

“Ce festival, qui a débuté ici il y a vingt ans, dans une ville en état de siège lors de la guerre de Bosnie, est devenu le rendez-vous cinématographique le plus prestigieux en Europe du sud-est. Les films produits dans la région y bénéficient d’une renommée internationale”, conclut Wolfgang Spindler, l’envoyé spécial d’euronews à Sarajevo.

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