Veillée d'avril (Jules Laforgue,1860-1887)

bentoche77114
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Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.
Chacun cueile sa fleur au vert jardin des rêves
Et moi, les de subir mes vieux remords sans trêves
Je tords mon coeur pour qu'il égoutte en rime d'or.

Et voilà qu'à songer, me revient un accord.
Un air bête d'antan, et sans bruit tu te lèves
Ô menuet, toujours plus gai, des heures brèves
Où j'étais simple et pur, et doux, croyant encor.

Et j'ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
D'innocence et d'amour pour jamais défleurie,
Et je reste longtemps, sur ma page accordé.

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
Ecoutant vaguement dans la nuit solitaire
Le roulement impur d'un vieux fiacre attardé.

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