Gaza : connotation morbide pour l'Aïd el-Fitr

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Pas une âme qui vive sur une de ces plages de Gaza City pourtant bondée le vendredi après-midi.
Depuis le début de l’offensive israélienne dans l’enclave palestinienne le 8 juillet, l’endroit est déserté, ou presque : seuls quelques pêcheurs se risquent encore à venir jeter leur filet au bord de la Méditerrannée.

En ce vendredi, on se presse, en revanche, au distributeur automatique de la Banque de Palestine.
Certains fonctionnaires viennent d‘être payés, une manne qui coïncide avec la fin du ramadan, et sa tradtionnelle célébration de l’Aïd el-Fitr.

Synonyme de réjouissance, l’Aïd el-Fitr a cette année des connotations plus morbides :

“Il n’y a pas d’Aïd, se désole Nidal Ehjazy. C’est l’Aïd des assassins. Ce qu’on va faire pour l’Aïd, c’est chercher nos proches parmi les martyrs dans les maisons. On va les emmener au cimetière et on va prier pour eux.”

Au 19ème jour de l’offensive israélienne à Gaza, on dénombre près de 900 morts côté palestiniens.

“Après les morts, les destructions, à quoi va ressembler l’Aïd, interroge un autre palestinien dans les rues de Gaza. Pour l’instant, ce qu’on prépare, ce sont les cercueils. Parce que tout ce qu’on voit autour de nous, c’est la destruction. Nous avons été évacué de Shejaia, qui se trouve près de la frontière. Maintenant on en prépare rien d’autre qu‘à notre mort.”

Les gazaouis n’ont donc pas vraiment le coeur à la fête, et encore moins à la dépense. Ni restaurant, ni spécialités culinaires, ni vêtements…
Si les commerçants s‘évertuent à maintenir leurs échoppes ouvertes, la plupart d’entre eux restent pessimistes sur leur chance d‘écouler un peu de marchandise.

“La saison est morte”, déplore un vendeur, dont la boutique de vêtements, habituellement prisée en marge de l’Aïd où l’on arbore ses plus belles tenues, est déserte.
“Les gens ont arrêté d’acheter avant le début du mois, ils sont à sec, explique-t-il. Les salaires n’ont pas été versés. L’autorité palestinienne a payé les fonctionnaires,mais le Hamas ne l’a pas fait. Les commerçant doivent importer des biens, et ils ont besoin de l’argent des clients. Sinon, ça pose un problème. Et là c’est toute notre société qui va être détruite.”

Ce samedi matin, dès 7h, une trève de 12 heures est entrée en vigueur à Gaza. Cependant, la fête de l’Aïd semble déjà gâchée.

“Le Ramadan se sera déroulé au rythme des bombardements à Gaza, commente notre envoyée spéciale à Gaza Valérie Gauriat. Et malgré les spéculations, beaucoup ici doutent que leurs prières suffiront à faire taire les canons, d’ici au terme de ce mois sacré. Quoiqu’il arrive, les fêtes de l’Aïd auront un goût très amer ici.”

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