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    16. Parure plane, motif éphémère : ornement photographique et architecture au XXe siècle

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    Brenda Lynn Edgar, architecte, historienne de l'art, adjointe à la déléguée à la protection du patrimoine, Lausanne

    De la photographie murale grand-format des années 1930 aux expérimentations des années 1960-1970, puis à la façade « tatouée » de photographies des années 1990, la photographie, mutation clef de l’ornementation au XXe siècle, est définitivement entrée dans le répertoire de l’architecte. D’abord en « ouvrant une brèche, tout en la dissimulant, dans des principes anti-décoratifs du mouvement moderne » puis progressivement revendiquée comme une « réinvention de l’ornement » par des architectes comme Jacques Herzog et Pierre de Meuron.

    La photographie est utilisée comme matière décorative dès sa divulgation au XIXe siècle, au moment où la crise de l’ornementation architecturale établit les termes du débat pour le siècle à venir. Le début du XXe siècle privilégie ainsi une décoration dépouillée dont les caractéristiques formelles recoupent celles de la photographie : planéité, minceur, voire immatérialité, iconographie fragmentaire, tendance à la monochromie. Largement expérimentée en intérieur à partir des années 1930, notamment par Le Corbusier, la photographie, comme bien d’autres formes d’art et de décoration murale, entraine la dématérialisation du mur et ne s’intègre à l’architecture que pour mieux la faire disparaître. Sa migration vers la façade à la fin du XXe siècle cristallise l’inversion du rapport intérieur/extérieur à l’œuvre dans la postmodernité : façade et image fusionnent en même temps qu’elles se dissolvent. Comme on s’accorde désormais à le dire, l’ornement n’a pas disparu avec l’avènement du modernisme. Et le photographique permet de reconnaitre les mutations à l’œuvre, depuis le XIXe siècle, dans ses réseaux de production et de diffusion, jusqu’au sens « contemporain » que lui restitue notre époque.