Lilian Thuram : "il n'est pas normal que le football n'ait pas encore trouvé la solution au racisme dans les stades"

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Lilian Thuram, est l’un des meilleurs joueurs de foot de sa génération. Il a activement participé à la victoire de la France en Coupe du Monde en 1998, puis en Coupe d’Europe en 2000. Après avoir mis fin à sa carrière en 2008, Lilian Thuram s’est engagé avec sa fondation dans l‘Éducation contre le racisme.
Il était l’invité d’Isabelle Kumar dans The Global Conversation.

À propos de la Coupe du monde de football 1998 :

La victoire de 1998 a été une victoire très importante pour la cohésion française, pour aussi évoquer des questionnements qui n‘étaient peut-être pas mis en lumière, c’est-à-dire le vivre ensemble, le fait que la France est un pays multi-couleurs.
Mais il est très difficile d’analyser la situation d’aujourd’hui avec celle de 1998. Je reste persuadé que les personnes qui ont vécu 1998 ont aussi été marquées positivement dans le fait de vivre ensemble.

À propos de son travail avec les enfants :

Il faut expliquer aux enfants que l’on ne naît pas raciste, on le devient. On le devient parce que le racisme, c’est quelque chose de culturel, c’est-à-dire effectivement, tout au long de l’Histoire, nous nous sommes enfermés dans des hiérarchies, liées à la couleur de la peau, et donc ces hiérarchies sont présentes dans chacun de nous, et nous devons les questionner pour pouvoir les dépasser.

Le message passe, parce que j’essaye de leur montrer que nous sommes dans l’imitation. Et comme nous sommes dans l’imitation, parfois, nous nous enfermons dans des couleurs de peau, dans des religions, dans des modes de pensée. C’est-à-dire qu’il faut questionner nos modes de pensée, parce que chacun de nous, nous sommes le fruit du passé.

“Mes Étoiles Noires”, “Notre Histoire”, ce sont deux livres qui expliquent aussi ma vie, et c’est très important effectivement d’expliquer aux enfants le racisme, parce que le racisme à une histoire, et donc voilà, je me dis, si jamais, dans l’inconscient collectif, l’histoire des populations noires commence par l’esclavage, c’est tout à fait compréhensible qu’on les enferme dans une certaine infériorité, parce que les personnes de couleur noire sont vues comme des anciens esclaves. Voilà pourquoi j’ai fait ce livre, pour essayer de donner des informations qui vont permettre aux gens de changer leur façon de voir.

À propos du racisme dans les stades de football :

Ce qui est dramatique, c’est, qu’effectivement, ça fait très longtemps que ça existe dans les stades de foot, et le football, en règle générale, n’arrive pas à résoudre le problème. Si vous analysez ce qui s’est passé avec Dani Alvès, tout le monde a applaudi le geste de Dani Alvès, et moi, je reste persuadé que ce n’est pas le geste de Dani Alvès qui est important (le brésilien a ramassé et mangé une banane lancée à ses pieds).
Je crois qu’il faut analyser le fait que les arbitres n’ont rien fait. Il faut analyser le fait qu’aucun joueur n’a rien fait. Et la personne qui a subi le geste raciste a dû trouver, lui, la réponse.

Beaucoup de personnes ne comprennent pas que le racisme avant tout est une violence. Lorsque je voulais prendre position pour dénoncer les paroles racistes, ou les actes racistes, beaucoup de joueurs disaient, “tu sais ce n’est pas grave, c’est juste pour te déstabiliser”, et je dirais que le racisme dans le football est moins dangereux que le racisme dans la société...

À propos de la FIFA/UEFA et la lutte contre le racisme :

Ils mettent en place des campagnes contre le racisme. Mais je pense qu’ils peuvent aller plus loin, bien évidemment ! Il est anormal que le football n’ait pas trouvé la solution la plus juste en un espace (de temps) aussi long. Et donc ça veut dire que les réponses données, comme la réponse donnée par Dani Alvès, n’est pas la meilleure réponse, puisque la semaine d’après il y a eu la même chose faite à un joueur de l’AC Milan.

À propos des manifestations au Brésil en marge de la Coupe du monde :

Ce n’est pas le football qui est en cause. C’est des choix politiques. Et effectivement, je crois que quand vous êtes citoyens vous questionner votre gouvernement. En disant “écoutez, c’est très bien le football, mais peut-être qu’il y a des choses qui passent avant. Comme la construction d‘écoles, d’hôpitaux, essayer d’avoir une couverture sociale la plus ample possible pour tout le monde”. Et ils ont raison, effectivement, de manifester.

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