09. Le XIXe, un siècle d'ornements en architecture

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Jean-Michel Leniaud, historien, directeur de l'Ecole nationale des Chartes

L’ornement en architecture peut se définir à l’époque moderne (XVe-XVIIIe) de la même manière qu’en musique : il participe d’un ensemble de signes qui s’utilisent séparément ou assemblés aux endroits essentiels de la composition, pour en dissimuler l’artifice et assurer les transitions, voire pour enrichir la structure selon laquelle l’œuvre a été conçue. Sous cet angle, il se distingue du décor, du latin decus, qui vise la parure donnée à une personne ou à des choses, en particulier à l’architecture.

À la fin du XVIIIe siècle, l’ornement obéit à une théorie de l’esthétique qui tend à en contrôler strictement l’usage au point de le rendre rare. A. C. Quatremère de Quincy (1755-1849) en fait un langage d’une puissance émotionnelle d’autant plus vive qu’il est employé avec parcimonie. Et l’architecture des concours de l’an II le supprime presqu’entièrement au bénéfice des épigraphies, à la fois plus « laconiques », terme qui renvoie à la concision des Lacédémoniens, et plus explicites. Dans le même contexte, l’architecture renonce à la séduction de la couleur au profit de l’idéalité blanche et aniconique. Tout change avec le retour à la profusion de la génération romantique, et l’introduction d’un corpus ornemental presqu’entièrement inédit, issu d’un Moyen Âge perçu comme matrice où ressourcer l’identité nationale. Gothique, roman ou paléochrétien, il va susciter dans quelques cas exceptionnels un renversement des principes et réduire la structure architecturale à une place secondaire au profit de la « peau » de la construction (F. Duban, C. Garnier). Le néo-gothique exprime quant à lui un « rationalisme » qui assujettit l’emploi de l’ornement à l’organisation de la structure (H. Labrouste). Dans un contexte où la pensée architecturale s’organise sur le mode de la déduction mathématique, l’ornement obéit à une logique difficilement contournable. La seule possibilité de le renouveler tient dans le projet de substituer une aire culturelle à une autre : soit dans l’espace (orientalisme), soit dans le temps (Byzance et temps paléochrétiens). À partir d’une réflexion conjointe sur la structure et l’ornement, l’Art nouveau semblera ouvrir une voie mais c’est la modernité qui va mettre provisoirement un terme à l’histoire de l’ornement et renvoyer, selon une « révolution des signes », l’architecture à l’achromatisme blanc et à l’héroïcité d’un mur nu.

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