Les mers européennes, dépotoirs pour les armes chimiques

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A Molfetta sur la côte adriatique italienne, les pêcheurs disent être les victimes indirectes d’une page sombre de l’Histoire européenne, à savoir des millions de tonnes d’armes chimiques déversées dans les mers après les deux Guerres mondiales.
C’est le cas de deux frères Michele et Giovanni de Candia qui estiment que leur gagne-pain nuit de plus en plus gravement à leur santé. “Après quatre heures de pêche, on a du mal à respirer”, raconte Giovanni, “cela nous brûle les doigts et sur les parties exposées de la peau, on a des cloques rouges comme des champignons ; après, elles sèchent puis disparaissent”.

Les services de l’Etat chargés de l’environnement ont fait des analyses sur les deux frères et leurs collègues pêcheurs. Les résultats ne sont pas encore connus. Mais Giovanni se doute de ce qui le rend malade : “mon père pêchait avec des filets et il remontait plein d’armes jetées à la mer par les Allemands et les Anglais le long de la côte. Si la météo était mauvaise, ils sortaient juste du port et ils jetaient ce qu’ils voulaient où ils voulaient”, souligne-t-il avant d’ajouter : “ici, il y a plein de bombes conventionnelles et non-conventionnelles y compris du gaz moutarde”.

Ces restes d’armement remontent à décembre 1943 lorsque des avions allemands ont bombardé des navires alliés dans le port de Bari dont un cargo américain qui transportait en secret du gaz moutarde destiné à une action de représailles au cas où l’Allemagne utiliserait des armes chimiques en Italie. Un emploi pourtant interdit par le Protocole de Genève signé dans les années 1920 par Washington, mais aussi par Berlin et Rome. Le gaz moutarde qui s’est alors déversé a causé la contamination et la mort de nombreux soldats et civils.
Les stocks d’agents chimiques du régime de Mussolini ont également été jetés à la mer.

Aujourd’hui, les océanologues estiment que les quelque 90.000 armes gisant au large de Bari sont conventionnelles dont une petite proportion d’armement chimique, notamment du gaz moutarde auxquels les pêcheurs disent être exposés.

Mais pour Nicola Ungaro, biologiste d’une agence gouvernementale chargée de l’environnement, il serait beaucoup plus risqué d‘évacuer ces stocks plutôt que les laisser dans la mer. “L’option d’enlever les bombes chimiques de la mer pourrait être la meilleure car on éviterait la pollution en mer, mais ensuite, le problème se retrouverait sur la terre ferme et sur des sites où ces armes ne pourraient pas rester indéfiniment”, estime-t-il. “Le fait de les bouger”, ajoute le biologiste, “pourrait provoquer une fuite des substances qu’elles contiennent et cela pourrait être pire que de les laisser sur place”.

Les pêcheurs ont été informés des lieux où ils ne doivent pas pêcher et des précautions à prendre s’ils découvrent ou touchent ce genre de munitions. “Ils ont dit aux pêcheurs de mettre une combinaison et un masque à gaz, mais “où est-ce que je travaille ? Sur la mer ou dans une usine chimique ?” lance Michele de Candia, pêcheur à Molfetta.

Certains jugent ses mises en garde insuffisantes et réclament le retrait de ces armes datant de la Seconde Guerre mondiale, voire de périodes plus récentes comme lors du conflit au Kosovo en 1999 : des avions de l’OTAN avaient alors largué dans l’Adriatique – pour des questions de procédure -, des bombes à sous-munitions contenant de l’uranium appauvri en rentrant vers leur base en Italie. “L’opération de nettoyage qui consiste à évacuer les bombes abandonnées près de la côte coûte incroyablement cher et c’est dangereux, mais c’est la seule chose qu’on peut faire”, estime Massimiliano Piscitelli, ingénieur en environnement, “car les bombes ont été déposées à seulement quelques centaines de mètres des plages ou même dans les bassins portuaires utilisés par les pêcheurs pour amarrer leurs bateaux”.

Mais l’Italie n’est pas le seul pays européen concerné par ces millions de charges chimiques non explosées. A cinq cents mètres des côtes belges, à Knokke-Heist, on en dénombre 35.000 tonnes, le stock datant de la Première Guerre mondiale. La pêche et la baignade sont interdites dans ce secteur.
Les océanologues affirment pourtant que ces armes ne posent pas de problème de sécurité : elles ont été enterrées sur le site et font l’objet d’une surveillance continue.

Jan Mees qui dirige l’Institut flamand pour la mer estime lui que pour la Belgique où de l’armement chimique comme le gaz moutarde a été employé pour la première fois lors d’une guerre, cet héritage est très lourd à assumer. “On nous a laissé en héritage, des tonnes et des tonnes de munitions allemandes, mais aussi d’autres pays”, explique Jan Mees, “il y avait beaucoup d’ogives chimiques disséminées dans les champs en Flandres, tout le territoire en était recouvert. Donc il fallait s’en débarrasser : le gouvernement de l‘époque a pris une décision très rapide et très simple”, poursuit-il, “il a cherché un banc de sable où les bombes pourraient être enterrées et qui ne soit pas trop loin des côt

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