Léo Ferré-Nuit d'absence

Aldebaran333
119
397 vues
  • Infos
  • Exporter
  • Ajouter à
Léo ferré était un personnage complexe Ainsi il y a le Ferré « des cris, la tempête » comme le décrit si bien Souchon dans sa chanson « rive gauche » mais aussi un Ferré plus tendre à ses heures, contemplatif, amateur de nature, de longues promenades dans la campagne avec son chien
C’est ce Ferré là qui transparait dans cette chanson « nuit d’absence » qui baigne dans un climat de rêve
Le texte est écrit par Jean-Roger Caussimon que Ferré découvre très tot en 45 grace à une émission radiophonique sur RMC ou il participait occasionnellement : il découvre alors l’univers poétique de Caussimon qui lit au cabaret du lapin agile à montmartre un de ses textes « A la Seine » Il va alors oser lui demander s’il peut mettre en musique ce texte Et c’est alors le début d’une longue amitié indéffectible de 40 ans et une collaboration artistique très étroite! De ce personnage injustement oublié, grand poète sensible sous ses apparences de vieux loup de mer mais aussi acteur (on a pu le voir dans « Manon des sources » de Claude Berri !) et interprète lui-même ce que l’on sait moins , Léo Ferré mettra en musique de nombreux textes depuis « Monsieur William » à « ne chantez pas la mort » en passant par « le temps du tango »
En 1985, il sort un album intitulé « les loubards » entièrement consacré aux textes de son « vieux copain » Caussimon
Des chansons que Ferré donne en version piano-voix lors d’une émission « Nuits d’absence » sur TF1 en Mai 86 (émission introuvable semble t’-il ?) en hommage à son ami mais que ce dernier ne pourra pas découvrir car il disparaît peu de temps avant

Petit à petit Ferré a écrit moins de textes pour se concentrer davantage sur la musique, son premier amour Et dans cet album on trouve des musiques rééllement superbes, si sophistiquées qu’on pourrait déjà les écouter sans paroles , enregistrées avec l’orchestre symphonique de Milan (Mais je sais qu'elles n'ont pas fait l'unanimité et que certains les jugent grandiloquentes Ce n'est pas mon avis)
Il est à noter que Jean-Louis Murat fera une reprise personnelle de cette chanson
Laissons pour finir la parole à Ferré lui-même pour décrire l’œuvre de son ami : « La poésie de Caussimon n’est pas dans les mots, mais loin derrière dans le sentiment, peut-être dans quelque chose de pas fini, une brume matinale qui va bientôt se lever comme un rideau sur le spectacle lassant de la journée à recommencer »

II est des nuits où je m'absente
Discrètement, secrètement...
Mon image seule est présente
Elle a mon front, mes vêtements...
C'est mon sosie dans cette glace
C'est mon double de cinéma...
À ce reflet qui me remplace
Tu jurerais... que je suis là...

Mais je survole en deltaplane
Les sommets bleus des Pyrénées
En Andorre-la-Catalane
Je laisse aller ma destinée...
Je foule aux pieds un champ de seigle
Ou bien, peut-être, un champ de blé
Dans les airs, j'ai croisé des aigles
Et je croyais leur ressembler...

Le vent d'été, parfois, m'entraîne
Trop loin, c'est un risque à courir
Dans le tumulte des arènes
Je suis tout ce qui doit mourir...
Je suis la pauvre haridelle
Au ventre ouvert par le toro...
Je suis le toro qui chancelle
Je suis la peur... du torero...
Jour de semaine ou bien dimanche?
Tout frissonnant dans le dégel
Je suis au bord de la mer Blanche
Dans la nuit blanche d'Arkhangelsk...
J'interpelle des marins ivres
Autant d'alcool que de sommeil:
"Cet éclat blême sur le givre
Est-ce la lune... ou le soleil?"

Le jour pâle attriste les meubles
Et voilà, c'est déjà demain
Le gel persiste aux yeux aveugles
De mon chien qui cherche ma main...
Et toi, tu dors dans le silence
Où, sans moi, tu sais recouvrer
Ce visage calme d'enfance
Qui m'attendrit... jusqu'à pleurer...

Il est des nuits où je m'absente
Discrètement, secrètement...
Mon image seule est présente
Elle a mon front mes vêtements...
C'est mon sosie dans cette glace
C'est mon double de cinéma
À ce reflet qui me remplace
Tu jurerais... que je suis là...

Il est des nuits, où je m'absente
Discrètement, secrètement...
Mon image seule est présente
Elle a mon front mes vêtements...
C'est mon sosie dans cette glace
C'est mon double de cinéma
À ce reflet qui me remplace
Tu jurerais... que je suis là...

1 commentaire

Merci pour ta présentation très documentée, j'avoue que je ne me suis pas encore trop intéressé à cet album de Ferré, j'en garde un peu sous le pied car il y a tellement de merveilles et de pépites à découvrir avec Léo, très belle chanson, très beau texte et reprise impeccable.
Par Spianissimo l'année dernière