"Nelson Mandela a éloigné l'Afrique du Sud du précipice"

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L’Afrique du Sud est en deuil après l’annonce du décès de Nelson Mandela à l‘âge de 95 ans. Evoquons son héritage avec Bruce Whitfield, journaliste de Talk Radio 702 à Johannesbourg. Il a couvert cette période de la fin de l’apartheid et de la transition vers la démocratie en Afrique du Sud il y a vingt ans.

Alasdair Sandford, euronews :
“Quelle atmosphère règne dans le pays depuis la mort de Nelson Mandela ?”

Bruce Whitfield, journaliste de Talk Radio 702 :
“Même si les Sud-Africains sont très, très tristes aujourd’hui d’apprendre son décès, on était préparé à cette issue depuis quelques temps. Donc, il y a de la tristesse, mais il y a aussi de grandes manifestations de joie : on célèbre sa vie devant sa maison de Houghton où il est mort la nuit dernière. Des enfants ont déposé des fleurs, des gens chantent. Il y a une atmosphère de joie dans la célébration de la vie bien remplie qu’a eu cet homme.”

euronews :
“Il y a vingt ans, même dans les années qui ont suivi sa libération, l’Afrique du Sud était proche de la guerre civile. Qu’a fait Mandela pour éloigner son pays du précipice ?”

Bruce Whitfield :
“Il y a eu un moment charnière : l’assassinat en avril 1993 du chef du parti communiste sud-africain de l‘époque, Chris Hani. Il a été abattu par un immigré polonais, Janusz Walus. Le leader du Parti conservateur d’alors, Clive Derby-Lewis était le commanditaire de cet assassinat commis devant la maison de la victime. Un acte qui a failli faire plonger le pays dans la guerre civile. C’est à ce moment-là que Frederik De Klerk s’est mis en retrait et a laissé Nelson Mandela s’exprimer à la télévision en prime time pour qu’il lance lui-même un appel au calme. C’est à ce moment-là que la véritable capacité de leadership de Nelson Mandela est devenue évidente. Il a alors rappelé que c‘était une femme blanche d’origine afrikaner qui avait appelé la police après le meurtre – c‘était une voisine de Chris Hani -.
Les tensions étaient alors à leur apogée, il semblait qu’une guerre civile de grande ampleur était sur le point d‘éclater et pourtant, la situation a commencé à s’apaiser et Nelson Mandela a été en mesure – alors qu’il n‘était pas encore président – d‘éloigner son pays de l’abîme pour qu’il prenne le chemin d’un règlement négocié.
Les négociations en vue d’un accord se sont alors accélérées et ont conduit à des élections générales en avril 1994 qui ont placé Nelson Mandela à la tête du pays.”

euronews :
“Et depuis son accession au pouvoir, dans quelle mesure les choses ont-elles changé ? Quel est l’héritage de Mandela dans l’Afrique du Sud aujourd’hui ?”

Bruce Whitfield :
“De mon point de vue, Nelson Mandela – après la joie qu’a procuré cette transition pacifique – devait être quelque peu déçu de l’Afrique du Sud qu’il laisse derrière lui. Dans ce pays, les divisions raciales sont beaucoup moins fortes qu’il y a vingt ans, mais le fossé entre les riches et les pauvres n’a jamais été aussi large.
La population est beaucoup plus importante, mais les opportunités n’ont pas été à la hauteur des objectifs que Nelson Mandela visait. Les espoirs qu’il avait portés en 1994 ne se sont pas concrétisés.
Donc, le défi pour les vingt prochaines années bien entendu, c’est de bâtir à partir de l’héritage de Mandela. Il y a urgence aujourd’hui en Afrique du Sud : on constate une grande insatisfaction en matière d’emploi, les divisions raciales en Afrique du Sud restent très prégnantes. C’est pour ces raisons que dans les deux prochaines décennies, il nous faut poursuivre la voie tracée par Mandela. Ce serait dommage de renoncer à ce qu’il nous a laissés.”

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