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    José Ignacio Linazasoro, Madrid

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    Mémoire & modernité

    Interrogeant sans cesse la nature et le rôle de l’architecture, José Ignacio Linazasoro approfondit, de bâtiments en bâtiments, le sens d’une pratique architecturale qui prit une ampleur internationale dès qu’il réalisa la bibliothèque centrale de l’UNED à Madrid en 1994.

    Ce bâtiment est conçu tout en intériorité. Au sein d’un cube hermétique posé le long d’un périphérique, les salles de lecture se déroulent autour d’un espace central qui s’ouvre au dernier étage sur un paysage, l’ensemble sous une lumière zénithale. Monde intérieur recréé magistralement, imposant, riche de matériaux, l’architecture ici instaure un lieu, le singularise pour surpasser un environnement urbain difficile, indéterminé.
    C’est une création, elle n’explique pas à elle seule le travail de cet architecte.
    Clairement exprimé dans son ouvrage ‘le projet classique en architecture’, José Ignacio Linazasoro puise la substance de son inspiration dans le classicisme et situe ses interventions ‘comme une couche supplémentaire d’un palimpseste où s’accumulent toutes les architectures dans les states du temps’. Pour lui l’architecture dépasse l’expression individuelle, elle est transmissible, ce qu’étaye sa conception de l’histoire et la part qu’y prend le présent. Ses projets patrimoniaux s’élargissent à un contexte à la fois temporel et spatial. La mémoire du temps investit non seulement le bâtiment, mais aussi l’environnement qu’il irrigue, les parcours, les vides comme les pleins, son rayonnement.
    La bibliothèque édifiée dans les ruines de l’ancienne église du collège des Piaristes, s’inscrit dans cet esprit selon une composition en plusieurs modes, dans un jeu d’analogies et de contrastes. José Ignacio Linazasoro intervient sur les échelles, avec de nouvelles partitions de façades, des compléments de masses comme le béton brut qui vient appuyer la brique ancienne, dessine le mobilier, ajoute du bois lorsque qu’il créé la voûte en berceau. Il réplique à la densité du tissu urbain comme au vide de la place Augustin : Sa réponse sera à la mesure du bâtiment passé.

    Les projets du parvis de Reims et celui en cours de l’extension du palais des congrès de Troyes illustrent le contexte spatial dans lequel s’insère son travail : des « compositions volumétriques » qui réagissent à l’état des lieux mais aussi aux traces qui appartiennent à la mémoire collective et qu’il s’agit de mettre en lumière :

    - À Reims d’anciens îlots disparus dans différentes destructions des XVIII° et XIX° siècles, transformés maintenant en plateformes, soubassements de petites places à l’intérieur de l’espace total,

    - À Troyes l’inclusion d’une ancienne rue oubliée réintégrée dans l’ensemble du projet…
    Ces deux projets, qu’il relie à ‘l’architecture paysage’ figurent cette ‘une ingénieuse combinaison’ qui conduit José Ignacio Linazasoro à rechercher la racine commune dans toutes architectures.