01. L'ornement architectural, entre subjectivité et politique

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Antoine Picon, ingénieur, architecte, historien de l'architecture, professeur à l'université de Harvard.

L’architecture moderne s’était méfiée de l’ornement, une méfiance que résumait à merveille le célèbre article d’Adolf Loos, « Ornement et crime », paru à la veille de la Première Guerre mondiale. Au cours des dernières décennies, l’ornement a effectué un retour spectaculaire sur le devant de la scène architecturale.

Souvent lié à l’emploi de l’ordinateur pour concevoir les projets, l’ornement architectural contemporain diffère sur plusieurs points de l’ornement traditionnel. Au lieu d’apparaître comme un élément rajouté en certains points choisis de la composition, il se présente tout d’abord comme une propriété générale de l’enveloppe de l’édifice. Sa portée symbolique se révèle ensuite difficile à cerner, alors que le caractère symbolique constituait autrefois l’un des fondements du décor architectural.

Ces différences incitent à s’interroger sur ce qui est revenu exactement : se trouve-t-on en présence d'une renaissance de l’ornementation ou d'une mutation inédite ? Afin d'y voir un peu plus clair, nous examinerons deux dimensions de l’ornement architectural traditionnel, les liens entre ornement et subjectivité d’une part, les relations entre ornement et politique de l'autre.

Qu’il s’agisse de l’architecte ou de l’artisan qui le dessinait, du sculpteur qui le réalisait ou du client auquel il s’adressait, l’ornement renvoyait à l’existence de différents sujets impliqués dans la production, la réception et l’usage de l’architecture. Utilisé à des fins de communication sociale et institutionnelle, il possédait une portée politique. Subjectivité et politique : au terme d’une évocation historique de leurs relations avec la question de l’ornement, ces dimensions nous permettront de mieux appréhender ce qui se joue aujourd'hui au travers de son « retour ».

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