Apocalypse aux Philippines : l'aide face à la complexité logistique

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Spectacle d’horreur avec des villes quasiment rasées, des corps jonchant les débris… Quatre jours après le passage du typhon, les survivants vivent un cauchemar. L’odeur pestilentielle des cadavres rappelle à chaque instant l’ampleur du désastre. Près de 10 millions d’habitants, soit 10 % de la population du pays ont été touchés par la catastrophe.

L’ONU a déjà évoqué la possibilité de 10.000 morts dans la seule ville de Tacloban, sur l‘île de Leyte ,particulièrement meurtrie, ici la population vit sans eau, ni électricité, et la nourriture vient à manquer.

Alors que l’aide humanitaire arrive toujours au compte-gouttes, les sinistrés font face à un nouveau danger : les maraudeurs. Dans certaines zones, des survivants ont pris les armes pour les piller les bâtiments encore debout, comme ici, ces images filmées par un philippin qui passait devant un centre commercial de la ville de Tacloban.

“Je circulais à vélo à Tacloban et je prenais des photos raconte ce témoin. Et en passant devant le centre commercial, j’ai vu des gens rentrant à l’intérieur, j‘étais curieux donc j’y suis allé aussi, et j’ai vu ces gens voler de la nourriture, non seulement la nourriture mais aussi des vêtements, des chaussures , des montres, des tv, et des ordinateurs portables…”

Résultat, un couvre-feu a été instauré à Tacloban, et des véhicules blindés et des centaines de soldats et de policiers ont été déployés à travers la ville. La priorité sera de sécuriser l’arrivée des secours dans le chaos ambiant.

“Ce dont nous avons le plus besoin explique une survivante jointe par téléphone, c’est l’eau et la nourriture, il n’y a pas d’eau, presque pas de nourriture, on n’a presque rien à manger. Et aussi la sécurité. J’ai entendu dire que des voleurs rentrent dans les maisons. Il y a eu des coups de feu, les gens s’entre-tuent, on parle de viols. Et on ne voit pas de police, il n’y a pas d’autorité, aucune information sur les gens hors de Tacloban. Rien. C’est le chaos total “

Beaucoup essaient comme ils peuvent d‘échapper à l’enfer. A l’aéroport de Tacloban, de nombreuses familles ont tenté leur chance pour embarquer à bord d’avions de transport de l’armée de l’air évacuant les sinistrés vers Manille, la capitale.

Laurence Alexandrowicz, euronews:
Elizabeth Byrs bonsoir, vous représentez le Programme alimentaire mondial, avant de parler de l’aide humanitaire, est-ce que les Nations unies ont une idée du nombre de victimes ? On parle de 10 000 morts, faut-il s’attendre à plus? J’imagine que le drame a fait aussi de nombreux blessés graves ?

Elisabeth Byrs:
C’est très difficile d’avoir une idée exacte du bilan définitif, si on le connait un jour, étant donné que les premières estimations ont été faites sur Tacloban et la région. Il y a pres de 7 mille petites îles sur 600 km, et le littoral a été balayé. Avant que tout le monde et les secours puissent rejoindre ces endroits éloignés et isolés, je crois qu’on n’aura pas de bilan avant un bon moment. Et pour nous la priorité ce sont les survivants.

euronews:
Alors, justement, en tant que agence des Nations Unies en première ligne dans la lutte contre la faim, quelles ont été vos premières actions dans l’urgence?

Elisabeth Byrs:
Eh bien, avant même que le cyclone ne frappe, nous avions lancé l’envoi de biscuits à haute teneur énergétique, de deux mille tonnes de riz. 44 tonnes de ces fameux biscuits sont arrivés à Tacloban hier, donc nous avons envoyé cette assistance alimentaire, et notamment ces fameux biscuits qui pourront être consommés immédiatement sans cuisson, sans préparation et qui permettent aux survivants d’avoir l’essentiel des vitamines pour tenir le coup. Avec les 44 tonnes qui sont arrivées hier, nous allons nourrir 120 mille personnes. Nous avons 161 tonnes qui sont en route également, il y a un pont aérien entre nos entrepôts de Dubai, Manille et Tacloban, et avec cette premier vague de nourriture, nous espérons pouvoir aider les survivants dans la première semaine.

euronews:
Il y a manifestement déjà des obstacles à l’acheminement : la menace de pillages, on en parle aujourd’hui sur euronews, la configuration de ce pays, vous parliez de 7 mille îles… Comment allez vous gérer cela?

Elisabeth Byrs:
Je crois que ça va être un vrai cauchemar logistique, que ça va être un défi pour les agences humanitaires. Enormément de destruction, dès qu’on avance il faut couper un arbre, ça ralentit… entre l’aéroport de Tacloban et la ville, le centre ville, il y a 11 km. Et pour faire ces 11 km il faut 6 heures. Donc on imagine ce que sera l’assistance qui va être apportée, la difficulté.

euronews:
Cette catastrophe rappelle tragiquement le tsunami de 2004. On dit qu’il y a eu à l‘époque de la concurrence entre ONG. En avez vous tiré les leçons?

Elisabeth Byrs:
Le parallèle a été fait quand les premiers experts sont arrivés sur place, parce que les dégâts et le paysage lunaire ressemblait exactement à celui qu’ils avaient vu après le tsunami à Banda Acé en Indonésie.

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