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    MILLEVOYE, Charles-Hubert - La chute des feuilles.

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    Gilles-Claude Thériault

    par Gilles-Claude Thériault

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    Au poète Paul Gagnaire,
    décédé le 9 octobre 2011, à l’àge de 20 ans.

    ‘On ne meurt vraiment
    que lorsque plus personne ne se souvient’.


    De la dépouille de nos bois
    L’automne avait jonché la terre ;
    Et dans le vallon solitaire
    Le rossignol était sans voix.
    Triste, et mourant à son aurore,
    Un jeune homme, seul, à pas lents,
    Parcourait une fois encore
    Le bois cher à ses premiers ans :
    « Bois que j’aime, adieu… je succombe.
    Ton deuil m’avertit de mon sort,
    Et dans chaque feuille qui tombe
    Je vois un présage de mort.
    Fatal oracle d’Épidaure,
    Tu m’as dit : Les feuilles des bois
    A tes yeux jauniront encore,
    Et c’est pour la dernière fois.
    La nuit du trépas t’environne ;
    Plus pâle qu’une fleur d’automne,
    Tu t’inclines vers le tombeau.
    Ta jeunesse sera flétrie
    Avant l’herbe de la prairie,
    Avant le pampre du coteau.
    Et je meurs ! De la vie à peine
    J’avais compté quelques instants ;
    Et j’ai vu comme une ombre vaine
    S’évanouir mon beau printemps.
    Tombe, tombe, feuille éphémère !
    Et, couvrant ce triste chemin,
    Cache au désespoir de ma mère,
    La place où je serai demain.
    Mais si mon amante voilée
    Aux détours de la sombre allée
    Venait pleurer quand le jour fuit,
    Éveille par un faible bruit
    Mon ombre un instant consolée. »
    Il dit, s’éloigne… et sans retour
    Sa dernière heure fut prochaine :
    Vers la fin du troisième jour,
    On l’inhuma sous le vieux chêne.
    Sa mère (peu de temps, hélas !)
    Visita la pierre isolée ;
    Mais son amante ne vint pas :
    Et le pâtre de la vallée
    Troubla seul du bruit de ses pas
    Le silence du mausolée.


    Il s’agit ici de la troisième version de l’élégie
    qui, dans le temps, a obtenu
    le prix à l’Académie des Jeux-Floraux de Toulouse.

    « Quoique plusieurs personnes aient paru préférer
    cette première version, je me suis reproché, en l’examinant,
    de n’avoir amené qu’un simple pâtre au tombeau
    de l’infortuné jeune homme,
    qui, près de sa dernière heure,
    songeait d’avance au deuil de sa mère.
    J’ai cru devoir restituer au sujet une circonstance trop naturelle
    pour qu’il fût permis de la supprimer ».
    (Charles-Hubert Millevoye)

    Voici les trois versions du même poème.
    http://fr.wikisource.org/wiki/La_Chute_des_feuilles

    Illustration : Cimetière Père Lachaise, Paris.
    Photo : beGlob.
    Sous licence CC BY-NC-ND 2.0
    http://www.beglob.com/cimetiere-pere-lachaise-paris-cimetiere/photos/select