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    POLERNAZ - Le Poivrot.

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    Gilles-Claude Thériault

    par Gilles-Claude Thériault

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    La poésie sera toujours plurivoque.
    Polysémique, diront les ‘savants’.

    Pour cette raison, je serai toujours
    un fidèle partisan d’une lecture,
    d’une interprétation
    ou d’une écoute plurielle.

    Christian Bobin dit juste en disant :
    « Pour lire un roman, il faut deux ou trois heures.
    Pour lire un poème, il faut une vie entière ».

    Je me suis amusé à faire ce pastiche,
    pour moi et pour vous.
    Sorte d’exercice.
    Et sentir et faire sentir que les possibilités d’un poème
    sont plurielles.

    Lorsque le vieux poivrot lassé d'un long cuvage,
    Dans le brouillard du vin retourne à son hameau,
    Sa mégère en colère court sur le pavage
    En le voyant, au loin, embrasser un poteau.
    Déjà croyant saisir et corriger sa proie,
    Ell' court à son balai toute pleine de joie
    A l'idée d'assommer son ivrogne hideux.
    Lui, s'agrippant d'un bras à la borne trouvée,
    Brusquement restitue au trottoir sa cuvée.
    Poivrot mélancolique il regarde les cieux;
    Le vin coule à longs flots de ses lèvres entr'ouvertes;
    Il a de maints bistrots sondé les profondeurs,
    Laissant le cellier vide et la cave déserte,
    Dans sa cuite sublime il berce sa rancœur ;
    Et regardant couler le vin sur sa flanelle
    Dans un nappe écarlate, il s'affaisse et chancelle,
    Ivre de volupté, de pinard, de bonheur.

    Ayant au grand Bacchus offert ce sacrifice,
    Fatigué malgré tout de ce sombre supplice,
    Il craint qu'un flic ne vienne et le mette au violon;
    Alors il se soulève et se remet d'aplomb.
    Se frappant la poitrine, hurlant une menace,
    Il adresse au poteau un si funèbre adieu
    Que les chats effrayés s'enfuient dans une impasse,
    Que la vieille bigote attardée sur la place
    Devinant le poivrot s'écarte de ses lieux.

    Et c'est ainsi toujours qu'agit notre poivrot,
    Il laisse s'ennuyer ceux qui boivent de l'eau,
    Restitue son trop plein, morne et triste boulot,
    Se relève en tanguant et retourne au bistrot.

    Auteur : Polernaz
    http://melpomenethalie.org/
    Texte enregistré avec son aimable autorisation.

    Illustration : El Borracho – L’ivrogne,
    du peintre Antonio Esteban Frias (1868-1944).

    Ambiance musicale :
    Extraits du 2e mouvement du Concerto pour violoncelle n° 2 en si mineur, op. 104 d’Antonín Dvořák, avec l’aimable permission du violoncelliste John Michel.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:JOHN_MICHEL_CELLO-DVORAK_CELLO_CONCERTO_in_B_Minor_2nd.ogg
    Sous licence CC BY-SA 3.0
    John Michel
    http://johnmichel.com/johnmichel.com/Introduction.html

    Et une invitation à écouter : Alfred de MUSSET – Allégorie du Pélican.
    https://www.youtube.com/watch?v=-JRhHwVSHZU