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    GAGNAIRE, Paul - Confession maladive.

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    Gilles-Claude Thériault

    par Gilles-Claude Thériault

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    Impossible de croiser Paul Celan, Marina Tsvetaïeva,
    Cesare Pavese, Gérard de Nerval sans penser
    à Paul Gagnaire.

    Dernière parole échangée en octobre 2011 :
    "On est mort quand personne ne se souvient", non ?
    Paul

    Voici donc un autre poème du jeune poète,
    décédé le 9 octobre 2011 à l’âge de 20 ans,
    tiré de son œuvre posthume.
    Pour qu’il laisse des traces.
    Son désir.
    Une promesse.

    Je ne peux t'avouer combien grande est ma peine,
    elle afflue dans mon cœur comme une large vague,
    me noyant dans son creux, me laissant dans le vague,
    dans le flou d'une vie décadente et malsaine.

    Je me sens si fragile en mon faible intérieur,
    je cache mon visage et mon bras mutilé
    sous les draps innocents d'un vieux fauve acculé
    qui piétine mon âme et me livre à la peur.

    Par quels mots, quels soupirs, pourrais-je te décrire
    ce sentiment mêlé de pénombre et d'argent
    qui me prend à la gorge en un râle affligeant
    et me serre le corps d'un nœud qui me déchire ?

    Quand on se sent hanté par des voiles morbides
    qui surgissent sanglants tels des loups affamés
    rôdant avec leur meute en des rues malfamées,
    on ne peut pas agir à l'encontre du vide.

    Quand mes forces s'estompent sans bruit dans le soir,
    réduites au néant d'un monde qui s'essouffle,
    le remords me parvient ainsi qu'un léger souffle
    qui entoure ma vie d'un bien-être illusoire.

    Quand on se sent soumis aux phobies du trépas,
    on est veule.
    Quand on est différent, qu'on le désire ou pas,
    on est seul.

    GAGNAIRE, Paul (1990 – 2011), ‘La nuit, ce long regard qui fuit déjà vers l’aube’, Poésie, Éditions Thierry Sajat,
    Les plaies, p.10.