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    Louis Aragon - Toute une nuit j'ai cru que mon âme était morte

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    Auguste_Vertu

    par Auguste_Vertu

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    Toute une nuit j’ai cru tant son front était blême
    Tant le linge semblait son visage et ses bras
    Toute une nuit j’ai cru que je mourais moi-même
    Et que j’étais sa main qui remontait le drap

    Celui qui n’a jamais ainsi senti s’éteindre
    Ce qu’il aime peut-il comprendre ce que c’est
    Et le gémissement qui ne cessait de plaindre
    Comme un souffle d’hiver à travers moi passait

    Toute une nuit j’ai cru que mon âme était morte
    Toute une longue nuit immobile et glacé
    Quelque chose dans moi grinçait comme une porte
    Quelque chose dans moi comme un oiseau blessé

    Toute une nuit sans fin sur ma chaise immobile
    J’écoutais l’ombre et le silence grandissant
    Un pas claquait parfois le pavé de la ville
    Puis rien qu’à mon oreille une artère et le sang

    Il a passé sur moi des heures et des heures
    Je ne remuais plus tant j’avais peur de toi
    Je me disais je meurs c’est moi c’est moi qui meurs
    Tout à coup les pigeons ont chanté sous le toit