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Francis Cabrel La robe et l'échelle Rose-Noire
T’avais mis ta robe légère, Moi l’échelle contre un cerisier T’as voulu monter la première Et après Y’a tant de façons, de manières De dire les choses sans parler Et comme tu savais bien le faire Tu l’as fait Un sourire, une main tendue Et par le jeu des transparences Ces fruits dans les plis du tissu, Qui balancent S’agissait pas de monter bien haut Mais les pieds sur les premiers barreaux J’ai senti glisser le manteau de l’enfance On n’a rien gravé dans le marbre Mais j’avoue souvent y penser Chaque fois que j’entends qu’un arbre Est tombé Un arbre, c’est vite fendu Le bois, quelqu’un a du le vendre S’il savait le mal que j’ai eu A descendre. D’ailleurs en suis-je descendu ? De tous ces jeux de transparence Ces fruits dans les plis du tissu Qui balancent J’ai trouvé d’autres choses à faire Et d’autres sourires à croiser Mais une aussi belle lumière Jamais. A la vitesse où le temps passe Le miracle est que rien n’efface L’essentiel Tout s’envole en ombres légères Tout, sauf ce goût de fièvre et de miel Tout s’est envolé dans l’espace Le sourire, la robe, l’arbre et l’échelle. A la vitesse où le temps passe Rien, rien n’efface L’essentiel. J’ai trouvé d’autres choses à faire Et d’autres sourires à croiser Mais une aussi belle lumière Jamais. Et voilà que du sol où nous sommes Nous passons nos vies de mortels A chercher ces portes qui donnent Vers le ciel.
Francis Cabrel Des hommes pareils
Vous, vous êtes et nous, nous sommes Des hommes pareils Plus ou moins nus sous le soleil Mêmes cœurs entre les mêmes épaules Qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école Si on y oublie l'essentiel ? On partage le même royaume Où vous, vous êtes et nous, nous sommes... Moi, j'ai des îles, j'ai des lacs Moi, j'ai trois poissons dans un sac Moi, je porte un crucifix Moi, je prie sur un tapis Moi, je règne et je décide Moi, j'ai quatre sous de liquide Moi, je dors sur des bambous Moi, je suis docteur-marabout Et nous sommes Des hommes pareils Plus ou moins loin du soleil Blancs, noirs, rouges, jaunes, créoles Qu'est-ce qu'on vous apprend à l'école S'il y manque l'essentiel ? Semblables jusqu'au moindre atome Vous, vous êtes et nous, nous sommes... Moi, je me teins et je me farde Moi, mes chiens montent la garde Moi, j'ai piégé ma maison Moi, je vis sous des cartons Moi, j'ai cent ans dans deux jours Moi, j'ai jamais fait l'amour Nous, enfants neveux et nièces On dort tous dans la même pièce Quelque soit le prix qu'on se donne On nage dans le même aquarium On partage le même royaume Où vous, vous êtes et nous, nous sommes Où nous sommes des hommes pareils Plus ou moins nus sous le soleil Tous tendus vers l'espoir de vivre Qu'est-ce qu'on vous apprend dans les livres S'il y manque l’essentiel...? S'il y manque l’essentiel...? J'aime mieux ce monde polychrome Où vous, vous êtes et nous, nous sommes... Des hommes pareils... Des hommes pareils...
African Tour Francis cabrel
Déjà nos villages s'éloignent Quelques fantômes m'accompagnent Y'aura des déserts, des montagnes A traverser jusqu'à l'Espagne Et après... Inch'allah On a de mauvaises chaussures L'argent cousu dans nos doublures Les passeurs doivent nous attendre Le peu qu'on a ils vont le prendre Et après... Est-ce que l'Europe est bien gardée ? Je n'en sais rien Est-ce que les douaniers sont armés ? On verra bien Si on me dit, c'est chacun chez soi Moi je veux bien, sauf que chez moi Sauf que chez moi y'a rien Pas de salon, pas de cuisine Les enfants mâchent des racines Tout juste un carré de poussière Un matelas jeté par terre Au dessus... Inch'allah Vous vous imaginez peut-être Que j'ai fait tous ces kilomètres Tout cet espoir, tout ce courage Pour m'arrêter contre un grillage Est-ce que l'Europe est bien gardée ? Je n'en sais rien Est-ce que les douaniers vont tirer ? On verra bien Si on me dit, c'est chacun chez soi Moi je veux bien, sauf que chez moi Sauf que chez moi y'a rien Je n'en sais rien On verra bien Moi, je veux bien Sauf que chez moi... La moitié d'un échafaudage J'en demande pas davantage Un rien, une parole, un geste Donnez-moi tout ce qu'il vous reste Et après... Je n'en sais rien On verra bien Moi, je veux bien Sauf que chez moi... Déjà nos villages s’éloignent...
Francis Cabrel Les cardinaux en costume
Magyd dort dans la lumière Celle des phares et du périph' Une joue contre la terre Une main sur son canif Qu'un homme dorme sur le bitume Ça n'a pas l'air '’inquiéter Les cardinaux en costume Derrière les vitres teintées Et Sabrina qui se cache Et qui espère autre chose pour sa fille Que cet argent qu'elle arrache Des mains de ceux qui la déshabillent Elle augmente le volume Pour ne pas savoir qui ils sont Des cardinaux en costume Et des donneurs de leçons Que vida ! Que triste ! De que païs se trata Del mio, no... Del mio no se puede ! Que vida, que triste...! Et Mamadou qu'on transfère A l'arrière de l'avion Vers un endroit de la terre Qu'il ne connaît que de nom Lui léger comme une plume Malheureux comme un enfant Les cardinaux en costume Sur les sièges de devant N'Guyen la clandestine D'elle on n'a aucune trace Venue coudre à la machine Celle qui tombe, on la remplace C'est pour du potage qui fume C'est payé au rendement Pour les robes et les costumes Des cardinaux impatients Que vida ! Que triste ! De que païs se trata Del mio, no... Del mio no se puede ! Que vida, que triste...! N'Guyen la clandestine Et Mamadou qu'on transfère Et Sabrina qui tapine Et ce Magyd qui dort par terre Quand la salle se rallume Le monde sort en silence Les cardinaux en costume N'étaient pas à la séance Que vida ! Que triste ! De que païs se trata Del mio, no... Del mio no se puede ! Que vida, que triste...!