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Entretien Belinda Cannone et Alain Leygonie
Il y a un mystère animal dont le moindre mérite n'est pas de résister à la pensée : s’agissant de la question animale, le propos des philosophes, aussi grands soient-ils, est en général affligeant. Devant la bête silencieuse, profonde, énigma-tique, le discours philosophique (et même scienti-fique), enlisé dans l’humain, se déprécie et se mord la queue : on croit parler de l’animal, c’est encore et toujours de l’homme qu’il s’agit. Chassez l’humain, il revient au galop…Rétablir l’animal dans sa dignité ontologique, s’étonner du mépris dans lequel il est tenu au nom de l’Intelligence, dénoncer la bêtise des opinions communes engraissées à la Raison, chasser la honte des origines, telle est l’ambition de cet essai qui combine la réflexion, l’anecdote et le récit métaphorique, pour tenter de rompre le douloureux « silence des bêtes ».
Rhétorique
Hyperpolitique ? Vous avez bien dit « hyperpolitique » ? L'homme est censé être un animal politique. Le Français, lui, est un animal hyperpolitique. L'homme est censé être un animal doué de parole. Le Français est un animal d'hyperparole. Le résultat de ce croisement est la nature particulière de notre société politique : nous aimons à la passion l'excès de parole politique, tout en affirmant être raisonnables, cartésiens, logiques. La politique, en France, est une dramatisation de la parole. L'hyper, l'outré, l’exagéré donnent confiance. Nous avons développé des technologies d’hyperparole tellement raffinées que nous avons perdu de vue d’où elles viennent, comment elles fonctionnent et quels effets elles produisent. L’hyperpolitique est la somme de machines de parole – celles qu’analyse ce livre.
Nathalie Heinich – Le bêtisier du sociologue
Entretien entre Nathalie Heinich, sociologue au CNRS, et Belinda Cannone, directrice de la collection Hourvari aux éditions Klincksieck à l'occasion de la parution en octobre du "Bêtisier du sociologue".Extrait de l'argumentaire : "Il est des circonstances où nous autres sociologues n'avons pas intérêt à avoir l’air intelligents : prendre le risque de paraître bête peut constituer, dans certains cas, une forme de compétence professionnelle.Le problème est qu’il nous arrive aussi de l’être vraiment…Ce livre tente d’en répertorier les raisons : depuis le goût pour les généralités jusqu’au souci de défendre ses opinions, qui fait parfois déraper les "intellectuels engagés", en passant par la croyance aux arrière-mondes complotant dans notre dos, les erreurs de raisonnement, voire les manipulations rhétoriques qui embrouillent leurs auteurs autant que leurs lecteurs. […]"