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08:01
CELAN, Paul - Todesfuge - Fugue de la mort (trad. Maël Renouard).
Paul Celan (1920-1970) Todesfuge - Fugue de la mort http://www2.ac-lyon.fr/lyc01/cotiere/IMG/pdf/Todesfuge_Paul_Celan.pdf Traduction : Maël Renouard http://www.ciepfc.fr/spip.php?article86 La poésie comme un dialogue, dirait Paul Celan. Il a écrit ce poème en mai 1945, à Bucarest, trois mois après la libération du camp d'Auschwitz par l'Armée rouge. Une parole contre l’oubli. « Une voix qui ne s’éteindra jamais ». Brisures des mots, « des bouts de phrases qui tissent entre eux des liens multiples et vagues et créent à la lecture des liens flottants qui se font et se défont entre les unités sémantiques ». (Maël Renouard) Une poésie « comme un long regard qui fuit déjà la nuit vers l’aube. Même à travers la neige qui tombe, aussi noire soit-elle, s’infiltrent les doux rayons du soleil » aurait pu écrire Paul Gagnaire (1990-2010) au sujet de Paul Celan. Cette traduction de Maël Renouard de ‘Todesfuge’ de Paul Celan a été publiée dans la revue Thauma, n° 4, à l’été 2008. Dit avec son aimable autorisation. http://www.maelrenouard.com/
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03:05
MARTINEAU, Philippe – Le cygne (poème 2, version 2).
Le cygne Que de roseaux s’alignent et font la révérence ! c’est en l’honneur d’un cygne, qui désormais s’avance. Les roseaux, amarrés, coupent l’air et se penchent, comme pour effleurer la silhouette blanche. Son sillage insinue que ses immenses ailes n’auront jamais connu le vertige du ciel. Il poursuit jusqu’au bord et meurt en le touchant, et l’on entend encore la chute de son chant. Philippe Martineau début 2013 Illustration : Swan Spring Grove Cemetery & Arboretum – Cincinnati. Photo : David Paul Ohmer Sous licence CC BY 2.0 http://www.flickr.com/photos/50965924@N00/4452329049/in/photolist-7MrmiX-7RAfVA-7QmU5z-7SmyRz-7TvGsU-98MrcC-7VRZD6-7USiwP-7QmU5F-7QmU5H-acPmZ5-dYyEL8-dRXZae-8AGq2T-8AGr3R-8AKqtW-8P8oCo Ambiance musicale : Le Cygne Le Carnaval des animaux - Camille Saint-Saëns. John Michel, violoncelle. Sous licence CC BY-SA 3.0 https://commons.wikimedia.org/wiki/File:JOHN_MICHEL_CELLO-SAINT_SAENS_CARNIVAL_OF_ANIMALS_THE_SWAN.ogg Une proposition d’écoute… dans un effort de vous permettre d'imaginer, dans les silences, au delà de ce qui fut écrit.
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01:39
MARTINEAU, Philippe – Le cygne (poème 2, version 1).
Le cygne Que de roseaux s’alignent et font la révérence ! c’est en l’honneur d’un cygne, qui désormais s’avance. Les roseaux, amarrés, coupent l’air et se penchent, comme pour effleurer la silhouette blanche. Son sillage insinue que ses immenses ailes n’auront jamais connu le vertige du ciel. Il poursuit jusqu’au bord et meurt en le touchant, et l’on entend encore la chute de son chant. Philippe Martineau début 2013 Illustration : Anna Pavlova – La Mort du cygne. Une proposition d’écoute… faite de contraires… dans un effort de vous permettre d'imaginer, dans les silences, au delà de ce qui fut écrit.
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12:27
VENTURINI, Serge - De Profundis.
TEXTE : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=article&no=24281&razSqlClone=1 Serge Venturini, ‘Éclats d'une poétique de l'approche de l'inconnaissable’, Livre VI, (2010-2013), coll. ‘Poètes des cinq continents’, Éd. L’Harmattan, Paris, mars 2013, pp. 95 - 100. http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=40123 Une invitation à écouter : Josquin Desprez - De profundis clamavi , avec The Hilliard Ensemble, dirigé par Paul Hillier. http://www.youtube.com/watch?v=nfVnqU8hyxU
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01:32
MANDELSTAM, Ossip - La mendiante (trad. Serge Venturini).
La mendiante Tu n'es pas mort encore, tu n'es pas seul encore, Tant que pour toi, pour toi et ton amie-mendiante, Tu vis la majesté des plaines, l'immensité, Tu vis la faim, la brume et les tempêtes de neige. Fastueuse la pauvreté, grandiose la misère, Tu vis seul, paisiblement et sereinement, Tous ces jours et ces nuits entre tous sont bénis, Et, le mélodieux labeur, si innocent. Mais malheureux celui qu'un aboiement effraie Comme son ombre, et que le vent de l'hiver, fauche, Et, misérable celui qui à peine vivant Demande à son ombre, un peu de charité. Merci à Serge Venturini pour cette magnifique traduction, qu’il qualifie de ‘tentative’. Elle est ‘irradiante’. Ossip Mandelstam http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/mandelstam/mandelstam.html J’offre ma proposition de lecture de ce poème à Pina Napolitano qui, en plus d’être une grande interprète de l’œuvre intégrale pour piano d’Arnold Schönberg, publiera sous peu sa thèse de doctorat sur la poésie d’Ossip Mandelstam, puis une traduction en italien de 90 de ses poèmes. Elle prépare également pour bientôt la publication du Journal de Marina Tsvetaïeva. Elle a exploré dans un article les liens entre sa poésie et la musique, en commentant les six poèmes de Marina Tsvetaïeva, mis en musique par Dmitri Chostakovitch. http://www.pinanapolitano.com/
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03:32
RILKE, Rainer Maria - Pour écrire un seul vers.
Pour écrire un seul vers Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas (c’était une joie faite pour un autre), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles, – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers. Rainer Maria Rilke (1875 – 1926) - Les cahier de Malte Laurids Brigge. Illustration : Rainer Maria Rilke, portrait de Helmut Westhoff. Pour une écoute plurielle : Chez Bernard Pivot, avec Laurent Terzieff, homme de Poésie, de Parole, de Silence. Homme du Sacré, du Visible et de l’Invisible. Homme de Lumière ! http://www.youtube.com/watch?v=JDd2bzXXkvU Avec la voix de Michel Aumont, extrait du film ‘Clara et moi’ d'Arnaud Viard (2004). http://www.youtube.com/watch?v=t2NybPa4dXc Avec Christine Mattei-Barraud. Réalisation : papidou1934. http://www.youtube.com/watch?v=XOOXiolhCnA
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03:40
VENTURINI, Serge - Urgence de l'inaccompli.
Urgence de l’inaccompli Écrire c'est brûler vif, mais c'est aussi renaître de ses cendres. Blaise Cendrars, L'Homme foudroyé, 1945 Ce goût de cendre, quand donc nous quittera-t-il ? Et cette mélancolie des plus noires, — celle des ruines. Faut-il toujours des ombres pour voir la lumière ? Et puis, il faut convenir qu’il en est ainsi. On voit cela de la sorte et pas autrement. La Restauration gouverne avec ses semblants. — Ses semblants d’ordre, de paix, de sécurité. Or, si la ruine est inscrite dans les choses humaines, — la renaissance aussi y déploie son souffle. Toujours les tisons couvent dans la cendre brûlante. La force du fait accompli gère les apparences, mais une autre loi régit tous les phénomènes. Celle de l’instabilité, celle du devenir, avec l’éclair comme sceptre, — feux verts du combat. Tantôt la bonace, l’azur, — et les flots déchaînés. Nés de la colère, les soulèvements furieux ; ce n’est pas leur cynisme qui les arrêtera ! La plume, toujours la plume, elle crie contre l’épée, à l’heure saignante des noirs ciseaux d’Anastasie. J’entends sonner les cloches, — non pas celles des rameaux. — Vois, l’inattendu brille d’incroyables merveilles, derrière la porte fermée dort un trésor caché. Tant d’hommes en un pays, si rare est la merveille. Si peu sont ceux qui fondent la nation éminente... Et, sur les doigts d’une seule main se comptent les prodiges. Des siècles d’hommes sont nécessaires pour l’homme unique. Son envergure d’esprit se mesure à ses traces. — Les chiens de la postérité n’ont pas de flair. Aveugles, ils courent en meutes, où vont leurs maîtres, mais le poète renaît toujours de ses cendres. Serge Venturini Paris, le 28 mars 2010 Serge Venturini, Éclats d’une poétique de l’inaccompli, Livre V (2009 – 2012 ), coll. Poètes des cinq continents, préface de Paul Van Melle, Éd. L’Harmattan, Paris, 2012, p. 159. http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=36061 Illustration : Aurora Borealis, 24.01.2012 Photo : Tor Even Mathisen http://www.flickr.com/photos/tittentem/6767922427/lightbox/ CC BY-NC-SA 2.0
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02:30
TCHARENTS, Yéghiché - Éloge de l'Arménie (trad. Élisabeth Mouradian et Serge Venturini).
Éloge de l’Arménie De ma douce Arménie, j'aime la parole à saveur de soleil, De notre lyre aux sons de deuil, j'aime la corde aux sanglots, L'étincelant parfum de nos roses, — pareilles au soleil, Et des filles de Naïri, j'aime la danse pudique et gracieuse. J'aime notre ciel obscur, les sources limpides, le lac de lumière, L'été torride, l'auguste tempête-dragon soufflant de l'hiver, Les murs noirs de misère de nos maisons perdues dans la nuit, Et, de nos millénaires cités antiques, — j'aime la pierre. Où que je sois, je n'oublierai pas nos chants, voix endeuillées, De nos livres aux lettres forgées, je n'oublierai point la prière, Que des épées de nos plaies exsangues percent mon cœur, Orphelin, brûlé de sang, j'aime l'Arménie-ma-bien-aimée ! Pour mon cœur languissant, il n'y a d'autre conte de fée, Narek, Koutchak ; point d'autre front glorieux, auréolé, Parcours la Terre : point d'autre blanche cime que l’Ararat — Chemin d'inaccessible gloire, j'aime le Massis ma montagne. Yéghiché Tcharents, Éloge de l'Arménie, Florilège Tagharan (1920-1922). « L'un des plus fameux poèmes de Tcharents, un lumineux portrait épuré de ce pays mythique où "les filles de Naïri" dansent sous nos yeux ». (Élisabeth Mouradian et Serge Venturini) Yéghiché Tcharents, Légende dantesque, présentation, traduction de l'arménien, postface et notes de Serge Venturini avec l'aide d'Elisabeth Mouradian, Éd. L’Harmattan, coll. « Lettres arméniennes », 2010, p. 82. http://www.harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=32837 Naïri http://fr.wikipedia.org/wiki/Nairi Illustration : ‘Paysage d’Arménie’ http://www.routard.com/photos/armenie/69500-paysage_d_armenie.htm Photo : © Philippe Mugnier, avec son aimable autorisation. http://www.philippe-mugnier.fr/
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02:36
BILLY, Ismaël - Nu et pâle, les bras sous la tête.
Nu et pâle, les bras sous la tête Elle m'a rêvé un soir et je suis sorti. J'ai longé les arbres et les bancs allongés, J'ai suivi les rails et les pistes des bois, J'ai couru dans le noir, je n'ai rien trouvé. Elle m'a rêvé le jour suivant. Une heure, J'ai parlé dans une langue inconnue. J'ai chanté des rois sans planète, délaissés. J'ai ouvert ma porte aux êtres de brume. Et je n'ai rien entendu. Elle m'a rêvé toute une semaine et j'ai tué Un cerf. J'ai arraché son cœur fumant, Je l'ai mangé. J'ai peint ma poitrine de Ses sirupeuses traînées. Je me suis endormi. Et je ne l'ai pas senti dans ma chair. Elle m'a rêvé une minute, à l'orée d'une heure. J'ai claqué dans mes mains, j'ai perdu la tête. J'ai puisé dans mes souvenirs, j'ai cherché Mon nom. J'ai oublié mes vieilles terreurs. Et je ne me suis pas souvenu d'elle. Elle m'a rêvé les yeux ouverts, elle a dit mon nom. Je suis devenu un nuage emmargé, j'ai plu des larmes D'eau douce, d'aquarelle. Des larmes sans pareilles. J'ai vu son visage. Doucement, j'ai épelé ton nom. Ismaël Billy, Efflorescences, préface de Michel Cazenave, Éditions du Menhir, 2013, page 15. Tous droits réservés. Avec l’aimable autorisation de l’auteur http://ismael-billy.wix.com/ismaelbilly Ismaël Billy : « Une poésie de notre temps… Pour ce moderne ami des muses, l’amour y est parfois nostalgique, parfois lyrique, toujours passionnel ». Paul Laurendeau http://www.ecouterlirepenser.com/textes/pl_lc_billy.htm
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02:57
VENTURINI, Serge - Non, pas qu'un songe tourbillonnant.
Non, pas qu’un songe tourbillonnant No siempre se puede tocar el alma profunda. — Robarte de tus labios un beso abrasador. * S.V. Nous avons traversé des orages, des tempêtes, les hautes solitudes, les profondes douleurs. Ne fût-ce que cela la vie ? La mort, n'était-ce que cela. — Vers l'haut-delà ? Des joies, — l'éclair, du bonheur, — l'éblouissement. — Or, j'avance somnambule, entre rêve et réel. Et j'ai outrepassé le visible, — le cap vers l'inconnu, — l'invisible. Nous serions donc passés, comme des fantômes pressés. Pourquoi ce brouillard, ce perpétuel brouillard ? — Mais quoi, folie, pourquoi ce doute ? dit l'Éveilleur. Vois ! l'homme qui disparaît au seuil de l'embrasure. Que la nuit tombe enfin, pour que renaisse le jour ! Et le soleil victorieux, avec le mot amour réécrit, avec ces lèvres tremblantes, — avec ces lettres tremblées, avec ces corps lents de musique, de frais parfums, avec dans la bouche ce goût de fruit d'été. Nos corps tournant, dans le torrent du lit, roulant, parmi les draps d'aube d'or, le grand soleil, le vent. Les cigales écrasées par le silence énorme. Dans l'obscur du soleil, les champs noirs de midi. Une porte a été fracturée. — Une autre sera entr'ouverte. Et ainsi tu vois l'homme dans son inachevé. J'outrepasse l'humain. J'écoute les colombes et les rires s'envoler. Une promesse. Oui, rien qu'une promesse. — Juste une promesse ! * Toujours l'on ne peut atteindre l'âme profonde. — Arracher de tes lèvres un baiser ardent. Serge Venturini, ‘Éclats d'une poétique de l'approche de l'inconnaissable’, Livre VI, (2010-2013), coll. ‘Poètes des cinq continents’, Éd. L’Harmattan, Paris, mars 2013, pp. 118-119. http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=40123 « Dans le passage du visible à l'invisible, du monde des vivants au monde des morts, le transvisible transfigure le temps ». Serge Venturini
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02:24
DOMENECH, Paule - Fantasme.
Fantasme La boîte rouillée se souvient qu’elle fut belle avant d’être vidée Quand elle était pleine et qu’on la convoitait on la choisit exprès parmi des centaines comme elle Imagine-t-on ce qu’il fallut pour la faire telle ? Elle était pleine de quoi déjà ? elle ne sait plus ce qu’elle a fourni sans doute l’haleine du vent aurait pu le dire ou quelques fourmis mais le vent a changé et l’insecte est muet Et ceux qui l’ont ouverte ont des souvenirs si mouvants ! d’ailleurs ils l’ont offerte après l’avoir violée aux poubelles et aux jeux des garçons Et il n’y a plus qu’elle qu’elle vraiment à savoir sa beauté d’hier sa rondeur de flacon son habit de papier sur ses os de gris fer et sa saveur d’entrailles conservant la vie ramassée ou cueillie quelque part où l’on peine. Si aujourd’hui elle n’est qu’une rouille perdue sans forme et sans usage et qui a effacé ce qu’elle fut et même son âge, au moins elle se rappelle l’essentiel : qu’avant de se remplir de pluie et de mystère elle a fait son travail. C’est pourquoi elle peut certain soir de poète dérober un rayon au prodigue couchant et s’enrouler dedans, forçant notre mémoire d’une ultime illusion jusqu’à nous faire croire ce que jamais elle n’a été : toute diamantée, et puis s’oublier net dans son coin de banlieue. Paule DOMENECH in « DE LUNE ET D’OR » , 1997 - COLLECTION DU CLUB DES POETES Illustration : Dinner no more Photo : katmeresin (Kate Mereand-Sinha) Sous licence CC BY 2.0 http://www.flickr.com/photos/katmere/114145659/ Pour une écoute plurielle avec Philippe LEJOUR, Théâtre de Nesle, 19 mars 2011. http://www.youtube.com/watch?v=IjMEdOCro6Y
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02:32
BILLY, Ismaël - Debout.
DEBOUT Des vagues, vaguelettes. Du vent, pas tant. Une terre perdue et des vies par intervalles, Juste quelques varechs, quelque Baruch Pour tonner, apeurer et s'abattre. Oh ! Il y a des Hommes aussi ; Sans contrôle. Fermés ; invraisemblablement blessés, Qui ne savent mourir. Et aussi des sables, et puis des coquilles, et encore des sillons. Et des saignées d'eau dans les sables, et des moules vides, et des pas. Et toujours du vent, des pierres parsemées de sable, du sens, un peu. Et du sable, envahi de pierres, et des traînées, et des Hommes vivants. Des Hommes vivants pour de faux, pour rien, juste résolus à vivre sans résolution païenne. L'eau aussi, qui s'ébat dans des tranchées, La terre, un peu seule, s'entête et dans une rétention, S'accroche, se vide, et lutte par ici. Il y a des corps par là, et des fissures et des coups terribles, Il y a des temps de vie et des saisons de mort, Il y a toi. Il y a l'Alma Mater et du sang de vie sous nos doigts. Ismaël Billy, Efflorescences, Éditions du Menhir. Tous droits réservés. Avec l’aimable autorisation de l’auteur http://ismael-billy.wix.com/ismaelbilly « Tout ce que je peux dire, c’est qu’Ismaël Billy se révèle un vrai poète, et que nous sommes conviés, dans son œuvre, à découvrir de ces fleurs qui s’ouvrent au soleil de la Vie… ». Michel Cazenave « "Debout" représente beaucoup de choses pour moi ; techniquement, la synthèse entre mes deux références, figures tutélaires que sont Henri Michaux et Aimé Césaire... ». Ismaël Billy Illustration : Terre nourricière – Alma Mater Photo : mdrgf.org Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures. http://www.mdrgf.org/mediatheque/photos_pesticides/source/gt3b2905.htm
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02:16
MANDELSTAM, Ossip - Épigramme contre Staline.
Ossip MANDELSTAM (1891 - 1938) ÉPIGRAMME CONTRE STALINE Mandelstam : une des grandes voix de la poésie russe du XXe siècle. « Je ne peux me taire ». Il fut arrêté pour la première fois en 1934 pour cette épigramme écrite à propos de Staline, « le montagnard du Kremlin ». Il confie alors à sa femme : « Je suis prêt à mourir ». «… nous ne pouvons lire ce poème aujourd'hui sans penser qu’il a coûté la vie à Mandelstam. Ce seul fait confère une valeur exceptionnelle à ces seize vers porteurs de mort ». Nikita Struve, Ossip Mandelstam, Éd. de l’Institut des études slaves, Paris, 1982. Nous vivons sans sentir sous nos pieds le pays, Nos paroles à dix pas ne sont même plus ouïes, Et là où s’engage un début d’entretien, — Là on se rappelle le montagnard du Kremlin. Ses gros doigts sont gras comme des vers, Ses mots comme des quintaux lourds sont précis. Ses moustaches narguent comme des cafards, Et tout le haut de ses bottes luit. Une bande de chefs au cou grêle tourne autour de lui, Et des services de ces ombres d’humains, il se réjouit. L’un siffle, l’autre miaule, un autre gémit, Il n’y a que lui qui désigne et punit. Or, de décret en décret, comme des fers, il forge — À qui au ventre, au front, à qui à l’œil, au sourcil. Pour lui, ce qui n’est pas une exécution, est une fête. Ainsi comme elle est large la poitrine de l’Ossète. Traduction : Élisabeth Mouradian et Serge Venturini. Serge Venturini, ‘Éclats d'une poétique de l'approche de l'inconnaissable’, Livre VI, (2010-2013), coll. ‘Poètes des cinq continents’, Éd. L’Harmattan, Paris, mars 2013, ‘Mandelstam, encore et toujours’, pp. 103-105. http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=40123 Pour Serge Venturini, « Mandelstam apparaît comme le poète politique du XXe siècle même sans credo politique ». En langue russe : Мы живем, под собою не чуя страны, Наши речи за десять шагов не слышны, А где хватит на полразговорца, — Там припомнят кремлёвского горца. Его толстые пальцы, как черви, жирны, А слова, как пудовые гири, верны, Тараканьи смеются усища, И сияют его голенища. А вокруг него сброд тонкошеих вождей, Он играет услугами полулюдей. Кто свистит, кто мяучит, кто хнычет, Он один лишь бабачит и тычет. Как подковы, кует за указом указ — Кому в пах, кому в лоб, кому в бровь, кому в глаз. Что ни казнь у него – то малина И широкая грудь осетина. Illustration : Ossip Mandelstam, photo – prison, 17 mai 1934.
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02:44
VENTURINI, Serge - Pour Abdellatif Laâbi.
"Tout est prêt pour la mort. Ce qui résiste le mieux sur terre, c'est la tristesse, Et ce qui restera, c'est la Parole souveraine". Anna Akhmatova POUR ABDELLATIF LAÂBI Ô que ta parole soit tranchante creusante comme l’antique obsidienne Brûlante comme la pierre des volcans Odorante de senteur humaine jusqu’à l’impur dans la mémoire Légère comme les cristaux des rêves qui hantent telle la pleine rondeur des seins mûrs des femmes Et qu’elle ait la peau lisse des fleuves et la beauté des clefs de voûte Qu’elle soit rigoureusement droite taillée comme la rugueuse pierre d’angle aussi noire que celle des fondateurs Étrange ainsi que la voix autre de la libre parole voix des mages et des chamans celle des thaumaturges Que ta parole soit de révolte lancée contre les injustices contre les guerres et la misère Qu’elle ricochette comme le sourire aux lèvres des visages d’enfants En sa matière qu’elle garde sonnante son solide mystère de météorite Que ta parole soit celle d’un homme homme-volcan entre terre et ciel afin que les esprits s’épuisent sur son babil d’énigme sonore Pierre d’un cœur Pierre d’un temps Parole Ô Pierre vivante au goût de sel Tu as l’éclat du chant tu as la force de l’âme Serge Venturini Paris, 27 janvier 2008 Extrait du recueil, Serge Venturini, ‘Avant tout et en dépit de tout (2000-2010)’, dédié à Marina Tsvétaïéva, Éditions L’Harmattan, coll. "Poètes des cinq continents", Paris, janvier 2011. http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=32988 « Serge Venturini, "Homme-volcan entre terre et ciel"… … il a fait sienne cette belle devise de Blaise Cendrars qu’il cite: "Écrire c'est brûler vif, mais c'est aussi renaître de ses cendres." » Gil Pressnitzer http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/venturini/venturini.html ILLUSTRATION Abdellatif Laâbi, Saint-Quentin-en-Yvelines, 2007. Traducteur, écrivain et poète marocain. Prix Goncourt de poésie, 2009. Grand Prix de la francophonie, décerné par l'Académie française, 2011. http://www.laabi.net/ "La poésie est tout ce qui reste à l'homme pour proclamer sa dignité, ne pas sombrer dans le nombre, pour que son souffle reste à jamais imprimé et attesté dans le cri". Citation de Jacques Alessandra, ‘Abdellatif Laâbi, traversée de l'œuvre’, coll. Les Essais, Éditions de la Différence, Paris, avril 2008, p.21. http://www.ladifference.fr/abdellatif-laabi-traversee-de-l.html?indextitre=4&titre=A#livre1700 La poésie d’Abdellatif Laâbi est "cette poésie qui vous revient, dans ce réveil des peuples, comme un air de printemps". Serge Venturini
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02:59
BILLOTTET, Olivier - Pantoum du voyage.
Olivier Billottet Pantoum du voyage http://ob-poesie.blogspot.ca/2013/04/pantoum-du-voyage.html Les horizons pourprés résonnent dans mon âme Et j’ai vu ces confins sans peine, sans langueur. Amante je te dis, mon aurore, ma flamme : Ne s’est éteint l’amour du jeune voyageur. Et j’ai vu ces confins sans peine, sans langueur, Et j’ai vu ces lointains pays de mon enfance. Ne s’est éteint l’amour du jeune voyageur Un amour resté pur, léger en son essence. Et j’ai vu ces lointains pays de mon enfance Pays majestueux, multiples, éclatants ! Un amour resté pur, léger en son essence Malgré ce grand périple aux soleils exaltants. Pays majestueux, multiples, éclatants ! J’aime redécouvrir la sagesse insondable. Malgré ce grand périple aux soleils exaltants La nuit de nos émois demeure inaltérable. J’aime redécouvrir la sagesse insondable Eclectique, ancestrale et ravivant un cœur ! La nuit de nos émois demeure inaltérable Tu es un crépuscule allumant ma noirceur. Eclectique, ancestrale et ravivant un cœur, L’aventure, oui, toujours, sur le sol, sur la lame ! Tu es un crépuscule allumant ma noirceur. Les horizons pourprés résonnent dans mon âme. Premier Prix du 12ème concours de poésie de la Villa L'Ariane, bibliothèque municipale de la ville de Cassis, en France. Le thème de cette année était "Horizons Multiples". http://www.cassis.fr/culture-festivites/lactualite/article/resultats-du-concours-de-poe/ http://claude2k6.jeblog.fr/cassis-les-poetes-ont-planche-sur-les-horizons-multiples-a84534416 Illustration : Sunrise, photo de UNKIEPAUL/Paul Johnston. CC BY-NC-SA 2.0 http://www.flickr.com/photos/unkiepaul/4404597136/
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04:09
BLOK, Alexandre - L'Inconnue (trad. Serge Venturini).
Alexandre Blok (1880 – 1921) L’INCONNUE (Neznakomka) « Traduire L'Inconnue de Blok, cela requiert une grande modestie ». « Sa poésie est douce comme un poison, si elle est obscure c'est qu'elle renferme tant de ciels bleus, tant d'indigo qu'elle a viré au noir. Au-delà du symbolisme de ce poème, il faut déjà y voir une préfiguration du dernier Blok, abandonné de tous, complètement désespéré, souffrant au physique comme au moral, — seul avec ses propres démons… ». Serge Venturini Avec son aimable autorisation. http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/blok/blokventurini.html « Dire également ce poème exige grande retenue et effacement ». Gilles-Claude Thériault Après le dîner, sur les restaurants, L'air visqueux brûle, glauque, étouffant, Et le printanier esprit putrescent Surnage des cris rauques de soûlards. En haut de la rue sale à peine luit L'enseigne d'or de la boulangerie, Et dans l'ennui des villas de banlieue, L'on entend geindre un enfant qui crie. Chaque soir, derrière les barrières, Se promènent les filous, les roublards, Leur chapeau melon en arrière Avec les dames près des caniveaux. Sur le lac grincent les tolets des rames, Retentit le cri strident des femmes. La lune blasée là-haut dans le ciel Fait grimacer son disque sans raison. Soir après soir, au fond de mon verre Vient se refléter mon unique ami, Par l'âpre et mystérieuse moiteur, Coi comme moi, comme abasourdi. Tandis qu'aux tables voisines passent Des serveurs somnolents qui paradent, Quelques ivrognes aux yeux de lapins Qui braillent leur « In vino veritas ! » Pourtant, chaque soir, à la même heure, (ou bien n'est-ce là qu'un de mes rêves ?) Forme élancée de soie enroulée, Bouge au-delà d'une fenêtre embuée. Et, lentement, parmi les gens ivres, Sans compagnie, toujours solitaire, Respirant les parfums et les fumées Elle vient s'asseoir près de la fenêtre. Et les croyances anciennes remuent Ses onduleuses soies élastiques, Et son chapeau aux plumes endeuillées, Et dans ses bagues ses doigts effilés. Captivé d'étrange proximité, À travers son obscure voilette, J'entrevois des rivages enchantés, De bienheureux lointains émerveillés. D'obscurs mystères me sont révélés. À moi l'on confie tout l'or de quelqu'un. Et tous les rayons d'or de mon âme Sont noyés dans l'âpreté du vin fort. Les plumes d'autruche toutes courbées, Balancent en mon cerveau allumé. Et les yeux bleus où je vais me noyer Fleurissent sur des rivages lointains. Dans mon âme repose un trésor, Je suis le seul à en avoir la clé. Eh ! tu as raison, — monstre ivre-mort ! Je sais — dans le vin est la vérité ! 24 avril 1906 Illustration : Le Buveur (1882) de Henri de Toulouse-Lautrec (1864 – 1901).
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BLOK, Alexandre - À Anna Akhmatova (trad. Serge Venturini).
Alexandre Blok (1880 – 1921) « La poésie d’Alexandre Blok est par-dessus tout ondes de musique et nappes de lyrisme ». http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/blok/blokventurini.html Notes et traduction de Serge Venturini. Avec son aimable autorisation. À ANNA AKHMATOVA 16 décembre 1913 Quand on vous dit : « Terrible est la beauté » — Sur vos épaules, indolente, Un châle espagnol vous jetez. Dans vos cheveux — une rose amarante. Quand on vous dit — « Simple est la beauté » Un peu maladroite, vous couvrez L’enfant d’un châle chamarré. La rose amarante est tombée. Mais à ces mots, indifférente, Qui autour de vous résonnent, Vous resterez absente et morne En répétant à voix haute : « Je ne suis ni terrible ni simple : Pour tuer, pas assez terrible Tout simplement ; ni assez simple Pour ignorer que la vie est terrible. » Anna Akhmatova, poète russe. (1889 – 1966) « La souveraine du verbe et de la dignité ». " L’icône de la souffrance russe. Elle s'était drapée dans les mots de la poésie, dont elle fit son maquis, sa terre de résistance. Elle reste la recluse, la beauté irradiante… ". Gil Pressnitzer http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/akhmatova/akhmatova.html Illustration : Portrait de Anna Akhmatova (1914), de la peintre russe Olga Lyudvigovna Della-Vos-Kardovskaya (1875-1952). Domaine public http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Olga_kardovskaya_portret_ahmatovoy_1914_szh_16.jpg
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SAYAT-NOVA - Autant je vivrai, je t'offre ma vie (Ode 34).
Sayat-Nova (1722 – 1795 ) « Ce poète de l'amour, l'égal de Pétrarque, nous aura été enfin rendu par la traduction intégrale de ses Odes arméniennes… ». Ode 34 Autant je vivrai, je t'offre ma vie (2 mai 1757) Traduction : Serge Venturini et Élisabeth Mouradian. Avec leur aimable autorisation. Autant je vivrai, je t'offre ma vie et que puis-je faire ? Que je verse des larmes ou que je soupire, tes peines je les garde Tu dis : « Je suis une biche ». Laisse-moi t'admirer, un regard ma mie Viens donc au jardin que je chante louanges, ma mie je t'en prie ! Coiffure en bouquet, lèvres délicieuses - l'heure de la merveille, Allons dans les champs jusqu'à la rivière - l'heure de la gazelle, Rossignol et Rose, Rose et clos en fleurs - l'heure de la balade, Viens donc au jardin que je chante louanges, ma mie je t'en prie ! Rentrons en causant, l'arbuste a perlé de rosée de nuit. Chantons en cadence, tulipes colorées la Rose est ouverte. De jacinthes des bois, rossignols errants le jardin est plein. Viens donc au jardin que je chante louanges, ma mie je t'en prie ! L'image de Leïla noblement créée parfaite harmonie. Tes cheveux, ma mie, restèrent sur la lisse je m'évanouis. Et sur le rosier le rossignol dort comme le jardin est beau. Viens donc au jardin que je chante louanges, ma mie je t'en prie ! Habillée de soie, d'or et bigarrée fine branche de cyprès, Tu tiens un calice, remplis-le de vin, j'adore ce pichet, Si tu viens au clos, tu tourmenteras ton Sayat-Nova. Viens donc au jardin que je chante louanges, ma mie je t'en prie ! Sayat-Nova, Odes arméniennes, Édition bilingue français-arménien, traduction et notes : Serge Venturini et Élisabeth Mouradian, L'Harmattan, 2006. http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/sayatnova.html Illustration : Sayat-Nova de Vruir Galstian (1924 – 1996), peintre arménien. http://commons.wikimedia.org/wiki/File:VruirSayat.jpg?uselang=fr Sous licence CC BY-SA 3.0
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01:43
GAGNAIRE, Paul - La rose.
La rose Pendant que l’eau des pluies se fige sur ton cœur et perle sur la robe de tes fins pétales, tu écoutes le vent qui souffle tes couleurs, rose de volupté, cendrillon végétale. Tes épines brunies font percer ta douleur au jour qui se découvre un matin de cristal, pendant que l’eau des pluies se fige sur ton cœur et perle sur la robe de tes fins pétales. Fleuris pour le présent, ne compte pas les heures, car la mort doit te prendre sans être fatale ; fais frissonner nos sens, ne verse pas tes pleurs, laisse nous contempler ta verdure natale pendant que l’eau des pluies se fige sur ton cœur. GAGNAIRE, Paul (1990 – 2011), La nuit, ce long regard qui fuit déjà vers l’aube, Poésie, Editions Thierry Sajat, Les signes, p.69. Illustration : Rose after the Rain, photo de tamburix (Aleksandar Cocek), Novi Sad, Serbie. http://www.flickr.com/photos/tamburix/2485546809/ Sous licence CC BY-SA 2.0
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02:37
VENTURINI, Serge - Je suis le feu.
« Serge Venturini est un poète aux aguets. Aux aguets du feu qui couve au loin, aux aguets du feu qui brûle en lui. Un brasier. Un éveilleur. Un barde au milieu des barbares. Il s’adresse à toi lecteur lointain, à chacun et à personne. Donc à nous autant brûlés de poésie que lui ». Gil Pressnitzer http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/pressnitzergil/pressnitzergil.html Je suis le feu Je suis feu. Je vis dans le feu, ― mon élément. Salamandre, je suis, ni ne brûle ni ne flamboie. Ma sœur est Marina Tsvétaïéva. Je suis l’incendie qui à jamais se propage. C’est du cœur que viennent les flammes, elles montent vers le ciel. Sans me consumer, brûlant, ― moi, l’incandescent, ne suis-je pas l’ardent barde ? En moi, tout le souffle attise les flammes, ― affamées. Je suis le feu qui ravage et le feu qui purifie. La nuit, en rêve, quelqu’un s’approche du brasier, il vient à l’état subtil, ― ma force. Je croise parfois mon double, la pluie qui descend sur la terre. ― O Bonté ! ― Souvent, sans le souffle de l’esprit, je fume, j’étouffe noir. Âme errante du ciel, grand feu, je suis l’éclair. La vérité m’a marqué de son signe. ― L’illumination. La foudre est mon arme, je suis foudroyant et foudroyé. Mes yeux se ferment et ne voient plus que l’irréductible diamant. Ma parole est pierre de feu, je la lance aveugle, voyant le disque rouge du soleil levant, ― ciel bleu. Corse, 1er août 2005. Tiré du recueil de Serge Venturini, ‘Avant tout et en dépit de tout’, poèmes de 2000 à 2010, éditions L’Harmattan, janvier 2011. « Ces poèmes brefs sont surtout des traces dédiées à Marina Tsvétaïéva ». http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/venturini/venturini.html Illustration : Fire in the sky, photo de Fredrik Thommesen, sous licence CC BY-SA 2.0. http://www.flickr.com/photos/namkeng/3879726014/ ‘Je suis le feu’ : en corse. http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2006/10/sergiu_venturin.html Le poème dit par l’auteur à 18’26’’ : émission ‘Au fil des pages’, « Avant tout et en dépit de tout », 26 février 2011, avec Serge Venturini, auteur et poète, et Elisabeth Mouradian, traductrice. http://radio-aypfm.com/?page=rechercher&date=&emission=3&animateur=0&guest=Serge%20Venturini