Une parenthèse corse
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Un portrait de Kallisté
Une nostalgie de ce quatorze septembre 2007, d'un départ à dix-neuf heures dans la lumière automnale superbe à Marseille pour embarquer avec mon scooter sur le "Kallisté". Une nuit de traversée pour arriver tôt le matin à Bastia. Au crépuscule, les premières images de voyage quand on longe les îles de la rade Sud de Marseille. Jouer les figures de proue Aimer ce moment en instance, le cocktail au bar, la jolie cabine et puis le parcours en scooter sur la "Balanina" pour aller voir ma mère à Ville-di-Paraso, près de Belgodère. La grimpette dans les cols, la halte sur l'incroyable plage de l'Ostricone, le bonheur de l'errance avec un but. Et puis la douceur, les odeurs, le temps ralenti. Une belle manière de se retrouver.
Kymco for ever à L'Ile-Rousse
Image de départ sur le port de l'Ile-Rousse, le 16 septembre dernier. Je revenais de Ville-di-Paraso, le village de ma mère, près de Speloncato, en Balagne. Promenade paisible pour arriver jusqu'au port sur la presqu'île. Mon scooter Kymco garé près de de la Vespa "old fashion" de deux filles lesbiennes assez drôles qui avaient parcouru elles aussi la région. Sympas même si elles étaient un peu dans leur monde. Dernier petit tourbillon corse avant le départ.
Une aube bastiaise
Je me souviens de cette aube. Je me souviens de cette lumière douce à l'approche de la Corse. Je me souviens des maisons du vieux-port de Bastia qui se dessinait. Je me souviens du pêcheur qui passait dans son "pointu". Je me souviens de ce moment suspendu. Je me souviens d'un week-end de parenthèse qui commençait. Je me souviens d'autres vacances qui débutaient sur un ferry qui ralliait Bastia. Je me souviens que la Corse est un autre pays.
Les faux-semblants de Ville-di-Paraso
En arrivant à Ville-di-Paraso, le village de ma mère en Balagne, juste en-dessous de Speloncato, on est victime d'hallucinations. On croit être sur une terre arride, dans une commune agrippée à la montagne. Puis on découvre une rivière et, dans son lit des saules pleureurs, des eucalyptus, des jardins sur ses rives. Le tout en contrebas d'un tombeau toscan sous les pins parasols. Un tableau vert sous les rudes montagnes granitiques. Ville-di-Paraso, une manière de paradis.
Les surprises de la vallée du Regino
La géographie corse est pleine de mystères et de replis. Ainsi, si le village de ma mère, Ville-di-Paraso est sur la montagne, le trajet n'est pas une montée régulière pour s'y rendre. On franchit une première défense en grimpant à Monticello, le village de Dutronc où il a reçu Auteil cet été puis on redescend dans une plaine avant d'entamer l'ascension vers Ville. Et cette plaine du Regino est pleine d'attractions. Il y a là de petites gares peintes en rose ou en ocre, il y a là un golf dans le maquis, il y a là des auberges où l'on sert des repas bio. Il y a là une retenue d'eau qui s'étire et un très bon cru de vin corse, le regino. Et tout un tas de routes improbables que l'on peut emprunter indistinctement pour arriver au but.
Un Jolly Jumper insulaire
Comment dit-on Jolly Jumper en corse? Giulu Jumpu? Bien tenté! En tout cas, cette belle bête perché sur son rocher entre Belgodère et Occhiatana m'a fait penser au cheval de Lucky Luke quand tous deux sont sur un rocher planté au milieu du désert et qu'ensuite notre cow-boy familier descend à flanc de roche avec sa monture. Je suis sûr que ce cheval-là était capable de faire ça aussi. En tout cas, il était curieux et fort sympathique.
La balade de la balanina
En voilà de la route, en v'là! Embarquez avec moi sur la Balanina. La nationale qui de Ponte-Leccia et grimpe à travers les gorges et par des vallées étroites vers les Agriates, Lama et Ile-Rousse. Des longues lignes droites, des pentes à plus de 10%, mon fidèle Kymco en a vu du pays et il a fait bien des efforts pour m'amener jusqu'en Balagne et Ville-di-Paraso à 12 h 40, pour partager le déjeuner de ma mère et de ma tante. Des paysages de folie, des ouvertures vers la mer, les villages accrochées aux montagnes comme autant de cadeaux de Noël : finalement, la Corse se découvre parfaitement en scooter. Il faut juste être prudent avec les 4X4 des chasseurs qui doublent à fond et les jeunes cakes qui essayant la béhème en doublant dans les virages.
Un nuage de feu
J'aime bien l'idée de poursuivre un nuage, d'aller chercher au bout de la route cette nuée enflammée par les derniers rayons du soleil couchant. Comme un rêve qui resterait accessible et qu'il faut aller chercher très haut. C'était dans la montée qui part de l'Ile-Rousse et qui grimpe vers le village de Monticello, cher à Jacques Dutronc et à Françoise Hardy. Une lumière corse comme celle qui se reflète sur les murs ocres des maisons.
La montée vers le ciel de Lama
Monter vers un village corse, c'est comme monter au Paradis : il faut le mériter. On touche au ciel mais les moteurs souffrent. Ainsi lorsque je me suis rendu à Lama, juste avant la plage de l'Ostricconi, un village perché connu pour son festival de cinéma (du 28 juillet au 3 août). Mon fidèle Kymco s'est sorti les trimpes pour aller chercher les maisons pelotonnées autour de la mairie et de l'église. J'y ai bu mon premier café corse dans un petit bar tout en longueur avec une table hexagonale couverte d'un tapis verte pour les joueurs de carte. La patronne m'a offert un croissant. J'ai recherché le nom d'un ancien collègue journaliste qui passait ces vacances à Lama et me parlait de la Balagne. Je me souviens simplement de son prénom : Maurice. J'aurais pu dire comme dans Daudet : "Je suis un ami de Maurice".
Le run de Kymco du Kallisté au Pascal-Paoli
Monter et descendre d'un cargo mixte en scooter, qu'il s'agisse du "Kallisté" de la CMN à la Joliette ou du "Pascal-Paoli" à la gare maritime d'Ile-Rousse, c'est un vrai jeu d'enfant. On rentre en une accélération comme un "Dinky toy" dans le grand jouet, on passe devant les voitures et on prend un immense plaisir à accélérer sur les passerelles métalliques. Et puis on attache soigneusement son deux-roues dans la cale et hop, en deux foulées, on se retrouve dans sa cabine. Même si c'est simplement un petit passage, c'est magique. Et l'arrivée à l'aube à Marseille, où l'on traverse tous les bâtiments du port, en zigzaguant entre les poids-lourds avant de découvrir le panneau "France" est un arrivée toujours renouvellée.
Les vaches balnéaires
Il était une fois des vaches qui rêvaient de congés payés, de grandes plages désertes, de galipettes sur les dunes, de bonheur préservé, d'arrière-saison, de flânerie près des vagues, de regarder passer les baigneurs, d'échapper à la triste géographie de leur pré, d'avoir des souvenirs de vacances à raconter au bureau. Il était les vaches de l'Ostriconni, dernière plage avant le sentiers des Agriates, en Haute-Corse.