Supra-mental

Nous avons toujours tendance à traduire de façon trop rigide ce que nous pouvons concevoir ou connaître de l'absolu dans les termes de notre propre relativité. Nous affirmons l'unique et l'identique en affirmant passionnément l'égoïsme de notre opinion et de nos expériences partielles en les opposant aux opinions et aux expériences partielles d'autrui. Il est plus sage d'attendre, d'apprendre, de croître et puisque la nécessité de notre propre perfection nous oblige à parler de choses qu'aucun langage humain ne peut exprimer, plus sage aussi de rechercher l'affirmation la plus vaste, la plus souple, la plus universelle, et de fonder sur elle l'harmonie la plus large et la plus intégrale. <br />Nous reconnaissons alors qu'il est possible à la conscience dans l'individu d'entrer dans un état ou la conscience relative semble se dissoudre et ou le Moi lui même paraît être une conception inadéquate. Mais ce n'est pas la totalité de notre expérience ultime, ni la vérité unique excluant tout le reste. Car nous trouvons que ce Nirvâna, cette ambition du moi, si elle donne intérieurement à l'âme une paix et une liberté absolues, est pourtant compatible en pratique avec une action extérieure sans désirs, mais efficace. Cette possibilité d'une impersonnalité totale et immobile, et d'un calme vide au dedans, accomplissant extérieurement les œuvres des vérités éternelles, de l'Amour, de la Vérité, de la Droiture participent à la véritable essence de l'enseignement du Bouddha. Transcender l'ego et la chaîne des œuvres personnelles et l'identification avec les formes et les idées impermanentes et non pas l'idéal mesquin d'une fuite hors de la souffrance et du tourment de la naissance physique. En tout cas, de même que l'homme parfait combinerait en lui même le silence et l'activité, de même l'âme pleinement consciente recouvrerait la liberté absolue du non-être, sans pour autant perdre contact avec l'existence et l'univers.