Chandrika~Revati ☼ (A. CORDUAN)

"Madrigal" > <br />Que m'importe que tu sois sage ? <br />Sois belle ! et sois triste ! Les pleurs <br />Ajoutent un charme au visage, <br />Comme le fleuve au paysage ; <br />L'orage rajeunit les fleurs. <br /><br />La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur, <br />Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores, <br />Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur <br />Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores. <br /><br />Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur, <br />Ce monde rayonnant de métal et de pierre <br />Me ravit en extase, et j’aime à la fureur <br />Les choses où le son se mêle à la lumière. <br /><br />Elle est retrouvée. <br />Quoi ? - L'Eternité. <br />C'est la mer allée <br />Avec le soleil. <br /><br />Ame sentinelle, <br />Murmurons l'aveu <br />De la nuit si nulle <br />Et du jour en feu. <br /><br />Des humains suffrages, <br />Des communs élans <br />Là tu te dégages <br />Et voles selon. <br /><br />Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants, <br />De purs miroirs qui font toutes choses plus belles: <br />Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles ! <br /><br />Et quand descend le soir au manteau d'écarlate, <br />Tu poses doucement ton corps sur une natte, <br />Où tes rêves flottants sont pleins de colibris, <br />Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris. <br /><br />Pourquoi, l'heureuse enfant, veux-tu voir notre France, <br />Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance, <br />Et, confiant ta vie aux bras forts des marins, <br />Faire de grands adieux à tes chers tamarins ? <br /><br />Toi, vêtue à moitié de mousselines frêles, <br />Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles, <br />Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs, <br />Si le corset brutal emprisonnant tes flancs, <br /><br />Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges <br />Et vendre le parfum de tes charmes étranges, <br />L'œil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards, <br />Des cocotiers absents les fantômes épars. <br /><br />La mélancolie <br />C'est revoir Garbo <br />Dans la reine Christine <br />C'est revoir Charlot <br />A l'âge de Chaplin <br />C'est Victor Hugo <br />Et Léopoldine <br /><br />Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ; <br />Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !